Top 10 des choses qui polluent nos adolescents : analyse du risque et conseil d’expert

«Les conduites à risque évoluent avec les mentalités. Elles ne sont pas les mêmes qu’il y a 50 ans. Mais, il faut distinguer avec discernement l’écart de conduite, le grand écart et la conduite de rupture qui amène à des comportements dangereux. Il faut mesurer l’intensité. Une fois le problème posé, les parents doivent s’associer au lieu de le mettre à l’écart comme un déviant. Il faut intégrer ce souci comme un problème familial. Il faut ouvrir un dialogue pour comprendre pourquoi il se soustrait à ces angoisses et surtout ne pas le mettre en accusation », résume au sujet des comportements à risque Xavier Pommereau, psychiatre, chef du Pôle aquitain de l’adolescent situé au Centre Abadie de Bordeaux.

La pornographie

L’espace public s’est sexualisé si bien qu’il n’est pas rare de voir un jeune oison aux saillantes tablettes de chocolat nous vendre un parfum, ou une femme à peine habillée faire la promotion des mérites d’une gamme de cosmétiques. Outre cet effeuillage publicitaire, la pornographie s’est également banalisée en raison de son accès facile et gratuit. Aujourd’hui, difficile en tant que parents d’interdire ou d’empêcher l’accès à ces médias sur les smartphones. Le visionnage du porno influence la sexualité de nos ados. En attestent les chiffres de l’IFOP qui mettent en exergue que l’épilation chez les femmes de 18-25 ans est de plus en plus radicale, ces dernières nourrissant l’idée du sexe plus joli ou plus propre directement influencée par la pornographie. Au-delà de cette influence directe, les effets de la pornographie peuvent devenir plus néfastes jusqu’à devenir même une addiction qui isole l’adolescent et qui lui donne une représentation erronée de sa future sexualité : esprit de domination, banalisation de pratiques considérées comme extrêmes. « Toute la question sur les comportements à risque est de savoir si le phénomène est isolé ou s’il est récurrent. Un dialogue doit dès lors s’engager si les pratiques sont répétitives », vulgarise Xavier Pommereau.

La malbouffe

Maladies cardiovasculaires, cancer, diabète, hypertension, obésité. Les risques de la malbouffe sont connus chez les parents mais pour l’adolescent, ces risques n’incarnent que de lointaines chimères.

Pourtant, une récente étude sur l’impact de la nutrition sur le cerveau réalisé par l’Université de l’Oregon Health and Science dévoile que les pratiques de malbouffe excessives peuvent avoir des conséquences néfastes sur le système nerveux. Dans la même veine, une étude de 2011 publiée dans le Journal of Epidemiology and Community Health souligne le fait qu’une alimentation faite d’aliments transformés industriellement, riches en graisses et en sucres, chez les jeunes enfants, affecterait le développement du cerveau et de l’intelligence.

Le tabac/l’alcool/les drogues …

« Qu’est ce que l’adolescent recherche ? Est-ce la prise de plaisir avec ses amis, ou est-ce l’envie de rompre avec ses problèmes ? Cela fait toute la différence », introduit Xavier Pommereau. L’alcool et certains psychotropes peuvent être utilisés à titre récréatif. Certes, vous ne cautionnez pas. Vous interdisez même. Mais, il importe de trouver les origines du mal avant de vouloir y remédier. Depuis plusieurs années, les ados développent une appétence pour ce que l’on appelle le « binge drinking », entendez l’ivresse effrénée. Le but est simple. Qu’importe le flacon pourvu qu’il y ait l’ivresse. Mais une ivresse qui doit être rapide et intense. « Ces épisodes d’ivresse aiguë se déroulent dès le jeudi soir pour les étudiants et le week-end pour les publics plus adolescents. Le but n’est pas d’interdire à vos enfants d’aller en soirée mais de comprendre leurs pratiques. Plusieurs points importent à ce sujet. L’âge d’apparition d’abord : ce n’est pas pareil de boire trois bières à 18 ans qu’à 14 ans. Communément, on fixe le facteur de gravité avec un seuil aux alentours des 15 ans. Le genre est également à prendre en compte. Les garçons sont amenés à davantage consommer ou à débuter plus tôt », relate Xavier Pommereau.

Les usages numériques : tablettes et smartphones

Nombreux sont les parents aujourd’hui à laisser leurs enfants en bas âge s’occuper les mains ou les yeux sur une tablette. Plus tard, le smartphone sera pour votre progéniture presque une prolongation de son propre corps tellement la dépendance sera grande. Les neurosciences et les progrès de la médecine ont permis de faire ressortir certains faits : certes un usage répété des appareils numériques permet de stimuler leurs savoir-faire visuo-spatiaux, leurs réflexes, leurs capacités de détection. En revanche, baignés perpétuellement dans les stimuli audio, visuels, ils auront du mal à exécuter une tâche s’il n’y a relance par un stimulus sur une courte durée. Chez les adolescents, l’Académie des sciences sur l’enfant et les écrans explique qu’« un usage trop exclusif d’Internet peut créer une pensée zapping […] appauvrissant la mémoire, la capacité de synthèse personnelle et d’intériorité ». Reste que le rôle des parents quant à leur recours aux outils numérique reste l’exemplarité. L’autorégulation ne se crée pas ex nihilo.

Les jeux vidéo

Est-ce que jouer à un jeu violent fait de votre ado une personne violente en puissance ? À cette question, Parenthèse vous propose deux éclairages à l’heure où le gouvernement reconnaît le statut de joueur professionnel aux sportifs férus de e-sport. Selon les dernières études, un consensus apparaît : non, les jeux vidéo n’amènent pas les ados à devenir plus violents. Leur apport est plus subtil : certaines recherches démontrent que la pratique « pourrait » – le conditionnel ici a toute sa place – augmenter les précurseurs psychologiques aux comportements violents. Autrement dit, un ado pourrait recourir entre autres à des comportements incluant de l’intimidation… qui peut ensuite mener à la violence. Cela dit, un consensus existe au-delà de ces pratiques qui questionnent : l’usage excessif répond en général à un défaut de surveillance, de dialogue ou de sollicitude parentale. À méditer.

Les défis ou phénomènes à la mode

Le selfie serait responsable de plus de décès que les attaques de requin. Derrière cette comparaison des plus absconses, se cache une vraie tendance : les défis à la mode ne sont pas exempts de tout danger. A l’image du dernier défi « Trump is coming », censé générer une cohue généralisée vers les sorties d’une pièce mais qui bien souvent provoque des chutes, des piétinements… De même avec le selfesse qui consiste à photographier son séant à côté d’un lieu touristique. Et les exemples sont pléthores : le bikini bridge, le A4 challenge, le thigh gap… Les dangers sont doubles : celui de proposer du contenu très personnel à une communauté sans pour autant peser les retombées sur les réseaux sociaux… Mais également celui de s’exposer à déclencher un désordre psychologique, le thigh gap ou le A4 challenge étant supposés mettre en exergue une image de la féminité stéréotypée.

La cyberviolence

Thème des plus actuels pour les parents, les violences issues du numérique sont difficiles à circonscrire. D’une, parce que l’école française est une institution qui a très peu recours au numérique faute de moyens et d’importance dans ces programmes. De deux, parce que cela demande aux parents un dialogue constant sur ce risque même lorsque rien n’est arrivé à leurs enfants. Aujourd’hui, force est de reconnaître que le législateur a œuvré pour mieux punir les maîtres chanteurs de tout bord notamment en ce qui concerne le « porn revenge », pratique qui consiste à mettre sur des sites pour adultes et/ou les réseaux sociaux des moments d’intimité filmés ou pris en photo.

Le harcèlement

Tout le monde a le souvenir « du petit gros » du collège, de la « rouquine », du mec avec son appareil dentaire… Chaque époque a ses boucs émissaires, souvent sujets de railleries. Outre l’importance de sensibiliser vos enfants à ne pas faire partie de la meute, il importe de prévenir et d’agir quand votre enfant est sujet à ce type de violence. D’autant que, selon les années, 10 à 15 % des enfants seraient victimes de ces comportements selon le ministère de l’Education nationale. Souvent l’adolescent va essayer de régler le problème tout seul. Il faut donc s’inquiéter de toute modification de comportement dans le domaine scolaire : arrivée en retard systématique par modification du trajet habituellement emprunté, allégation d’oubli de matériel, qui en réalité est détérioré par le ou les harceleurs, et surtout isolement.

Le manque de sommeil

Si votre ado n’éprouve aucun trouble en particulier, le manque de sommeil est souvent imputable à l’irruption du numérique dans chaque instant de votre adolescent ainsi qu’à ses velléités d’émancipation. Deux enquêtes de l’Inpes (Health Behaviour in School-aged Children 2010 et le Baromètre santé jeunes 2010) mettent en relief des ados en manque de sommeil pour 30 % pour les 15-19 ans. Selon ces études, 25 % des adolescents dorment moins de sept heures par nuit. Une dette de sommeil importante au regard d’un rapport du ministère de la Santé de 2006 qui évoquait un nombre minimal situé entre huit et neuf heures de sommeil. Un challenge qui semble insoluble à un âge auquel se coucher tard est gage d’expérience rituelle car échappant au contrôle parental.

L’isolement

L’isolement social n’est pas seulement un sort réservé aux personnes âgées. L’adolescent, serré dans l’étau de l’affirmation de soi, son éducation et sa confrontation au monde, peut parfois décider d’abandonner et se dire que le monde n’est pas fait pour lui. Concrètement, les comportements annonciateurs sont nombreux : violence, manque de confiance, comportement imprudent, addiction, trouble alimentaire, fugue, problèmes scolaires… « Quelle que soit la pratique, la question que doivent se poser les parents est la suivante : dans quelle mesure mon enfant est-il en train de rompre avec son environnement ? », questionne Xavier Pommereau.

Geoffroy Framery

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