Site icon Parenthèse Magazine

Les petits Français sont-ils moins bons qu’avant ?

Prepared reading. A young girl doing prepared reading at the front of the class.

Temps de lecture estimé : 4 minutes

On la fréquente pendant les vingt premières années de sa vie, et parfois plus pour certains. Tantôt temple du savoir, tantôt machine à reproduire les inégalités, l’école a toujours fait couler beaucoup d’encre. Quel constat peut-on tirer sur l’école française ? Le niveau y est-il plus faible que par le passé ?

En 2024, le budget de l’Éducation nationale atteint 63,6 milliards d’euros. C’est tout simplement le premier poste de dépense de l’État. Difficile donc de dire que la France n’investit pas dans son École… Cependant, dans le détail, comment l’argent est-il investi ? Si l’on regarde les chiffres du rapport « Regards sur l’éducation » de l’OCDE révélé début septembre : « La dépense est très élevée dans le secondaire, 30 % supérieure à la moyenne de l’OCDE pour les lycéens, alors qu’elle est insuffisante dans le primaire, 9 % inférieure à la moyenne. Ce déséquilibre nuit à la performance globale du système éducatif. Malgré ces dépenses, les enseignants français demeurent moins bien payés que leurs homologues européens, surtout en milieu de carrière. En début de carrière, il y a eu un rattrapage, mais à mi-carrière, ils gagnent 16 % de moins que la moyenne de l’OCDE. Donc, il faut vraiment aujourd’hui faire un effort de revalorisation pour les milieux de carrière », analyse Eric Charbonnier, expert en éducation à l’OCDE. Si les fondations ne sont pas solides, difficile de compenser ensuite, peu importe les moyens mis sur la table, aux échelons suivants.

Un niveau plus faible, et
notamment en mathématiques

UNE BAISSE DE NIVEAU INDÉNIABLE

Le classement Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) est devenu l’une des références pour mesurer les performances d’un système éducatif. Il s’agit d’une vaste étude menée par l’OCDE qui compare les compétences en sciences, en mathématiques et en compréhension de l’écrit des élèves de 15 ans, entre 81 pays du monde entier, et 29 millions d’élèves. Quels résultats ? La France, par rapport aux autres pays de l’étude, se classe désormais entre la 15e et la 29e place en mathématiques et en sciences, et entre la 11e et la 29e place en compréhension de l’écrit. Globalement, sans tourner autour du pot, les chiffres ne sont pas bons, et l’étude souligne une baisse inédite des performances des élèves français. Un niveau plus faible, et notamment en mathématiques. Pisa avance une baisse de niveau en mathématiques entre 2012 et 2022. Il y a deux ans 29 % des élèves étaient en difficultés en maths… Seuls 7 % apparaissaient très performants ! Note positive tout de même, toujours selon ce même classement Pisa, les élèves sont moins anxieux vis-à-vis des mathématiques en 2022 qu’en 2012.

La discipline des élèves reste un problème en France : « comme lors du dernier classement Pisa en 2018, cette indiscipline reste préoccupante en France, surtout dans les cours de maths : bruit et agitation, déficit d’attention, temps nécessaire à la mise en route pour le travail, etc. », précisent nos confrères de France Inter. En parallèle plus d’un élève sur quatre déclare être distrait par des appareils numériques… Cela nuit forcément à la concentration en classe.

En Français, certains professeurs remarquent des lacunes en termes de maîtrise de la langue : « Les phrases qu’ils écrivent n’ont aucun sens, avec un usage très aléatoire de la ponctuation. Un élève de seconde ne sait pas reconnaître un sujet d’un verbe ! S’ajoute à ce tableau un manque de vocabulaire abyssal », déclare Fanny Capel, enseignante en français au lycée Paul Eluard de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), dans les colonnes de L’Etudiant – Educpros.

Des différences de réussite liées à
l’origine sociale des enfants

UNE RÉUSSITE SCOLAIRE LIÉE À L’ORIGINE SOCIALE

Tous les élèves ne sont évidemment pas en difficulté ou même en échec scolaire. Mais il se trouve que l’on observe des différences de réussite liées à l’origine sociale des enfants. Selon un rapport de France Stratégie, des trois variables que sont l’origine sociale, l’ascendance migratoire et le genre, c’est bien l’origine sociale qui a le plus de conséquences sur les trajectoires scolaires. « Même à niveau scolaire équivalent, les élèves n’auront pas les mêmes parcours selon leur origine », analysent Johanna Barasz et Peggy Furic, auteures du rapport de France Stratégie pour le journal Le Monde. Bref, plutôt que réduire les inégalités, l’école fait réussir les enfants issus des catégories professionnelles supérieures alors que les enfants d’ouvriers ou d’employés auront plus tendance à échouer.

« Au collège, les enfants de cadres et d’ouvriers représentent la même proportion de l’ensemble des élèves (23 %), selon le ministère de l’Éducation nationale (données 2021-2022). Au niveau du lycée, les enfants d’ouvriers sont surreprésentés dans les filières professionnelles et techniques. Ils regroupent 32 % des élèves de CAP, six fois plus que les enfants de cadres. En revanche, en première et terminale générales, on compte plus de deux fois plus d’enfants de cadres (36 %) que d’ouvriers (15 %) », peut-on lire sur le site du Centre d’observation de la société. Sans surprise, les effectifs de fils d’ouvriers dans l’enseignement supérieur fondent comme neige au soleil au fur et à mesure que le niveau de diplôme s’élève. Nos élites performent, certes. Mais derrière, nombre d’élèves voient leur niveau baisser par rapport aux années précédentes.

GEOFFREY WETZEL

PENDANT CE TEMPS-LÀ… CERTAINS ÉTABLISSEMENTS DU SUPÉRIEUR CARTONNENT !

N’est-ce pas un paradoxe français ? Des jeunes en grande difficulté dans le système éducatif pendant que d’autres, les meilleurs, brillent à l’international. Si l’on se penche sur le dernier classement du Financial Times – le classement mondial de référence des meilleurs Masters en Management – notre pays s’en sort plutôt bien. Même très bien ! En outre on retrouve six établissements français au sein du top 10 : HEC Paris, l’Insead, Edhec Business School, ESCP Business School, EMLyon Business School, et enfin l’Essec Business School. Evidemment, tous les classements ne mesurent pas la même chose, puisque celui-ci s’appuie entre autres sur le niveau de salaire trois ans après l’obtention du Master et l’évolution de carrière, mais il démontre tout de même que des choses fonctionnent en France. Simplement pas à tous les étages.

Quitter la version mobile