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On a tendance à penser que la politique est un domaine réservé aux adultes. On ne peut pas plus… avoir tort ! Dès l’âge de dix ans, les enfants commencent à s’interroger sur la société dans laquelle ils vivent. Par « politique », il ne faut pas entendre la politique politicienne mais prendre le terme dans son sens étymologique : « les affaires de la cité. » Celles qui nous entourent et nous concernent tous. Les enfants y compris.
D’après une étude menée par l’Ifop pour Bayard Jeunesse en 2022, 70 % des parents discuteraient de politique avec leurs enfants. Ainsi, la politique ne serait pas un sujet tabou au sein des familles françaises. Mais comment répondre aux interrogations d’un enfant sans que notre regard d’adulte interfère ? Faut-il éviter le sujet ?
Rester factuel
Tout d’abord, selon Denis Langlois, avocat et auteur de La politique expliquée aux enfants, il n’y a pas d’âge pour aborder la politique avec les enfants. Bien que, comme le souligne Caroline Delage, animatrice et productrice de l’émission « Au Tableau », « en moyenne c’est autour de dix ans que les premières interrogations surviennent ». L’émission, dans laquelle des enfants âgés entre huit et douze ans ont posé des questions aux candidats des élections de 2017 et 2022, a vu le jour parce que la fille de Caroline Delage l’assaillait de questions sur le sujet. Chaque enfant est différent, les questions peuvent arriver avant ou après. Il est important de ne pas les devancer ! Comment aborder le sujet avec eux ? Caroline Delage recommande de s’appuyer sur des exemples concrets, des illustrations parlantes et, surtout, un langage simple. « Il faut rester factuel : revenir aux faits, aux chiffres, aux événements. » Un conseil partagé par Claire Leconte, professeur émérite de psychologie de l’éducation. « On peut parler du sujet en se basant sur ce que les enfants voient, sur la vie de tous les jours. On peut, par exemple, dire qu’un ministre de l’Économie décide d’augmenter le prix de certaines choses pour faire entrer de l’argent dans les caisses de l’État. » Sans pour autant s’adresser à eux comme des adultes, il faut s’adapter à leur âge et à leur compréhension du monde. « Ils ont besoin de comprendre, de participer au monde qui les entoure. Les enfants sont les citoyens de demain », appuie la productrice et animatrice de l’émission « Au Tableau ».
Ne pas tomber dans le piège de l’idéologie
Deux tiers des enfants ont les mêmes opinions politiques que leurs parents lorsqu’ils sont adultes. Un phénomène qui s’inscrit dans ce que le sociologue reconnu Pierre Bourdieu avait nommé « reproduction sociale ». Un habitus – soit ne pas agir par des déterminations personnelles, subjectives, mais par des déterminations collectives et cachées qui s’inscrivent dans le corps – qui se construit dès le plus jeune âge. « Ma plus jeune fille va avoir neuf ans. En 2022, dans la cour de récréation, les enfants parlaient de la guerre en Ukraine. Cela reste assez binaire : “untel est méchant ou gentil”, mais ce sont des sujets qu’ils abordent entre eux ! », témoigne Caroline Delage. Les enfants entendent tout : les discussions entre adultes, la télévision, la radio… Ils observent leurs parents et ont tendance à calquer leurs émotions sur les leurs. « On ne peut pas aller contre cette influence, et ce n’est pas grave. En revanche, (…) on se doit, en tant que parent (…), de présenter nos positions comme des idées personnelles, pas des vérités absolues », énonce Denis Langlois. Il ne faut pas dire aux enfants ce qu’ils doivent penser, « ne pas tomber dans le piège de l’idéologie », insiste Caroline Delage. L’émission « Au Tableau » a permis aux Français de découvrir les candidats loin des formats classiques des débats politiques, grâce aux questions spontanées, parfois naïves, des enfants. « Le regard des enfants sur la société est précieux et enrichissant », conclut la productrice. Et si c’étaient eux qui avaient le plus de choses à nous apprendre ?
LISA BEGOUIN
