Héraclite d’Éphèse :

« Rien n’est permanent, sauf le changement »

Le ré-enchantement du monde n’est pas une manière d’édulcorer la vie pour la rendre plus supportable. Il passe par l’action et des choses bien concrètes. Celles qui permettent d’échanger et d’apprendre et de changer le monde dans lequel nous vivons. Ce faisant, quel rôle, nous – parents – avons-nous à jouer pour que nos enfants aient envie de faire leur propre récit du monde et ainsi de dépasser le pessimisme ambiant, le nihilisme, l’obscurantisme religieux qui paralysent ? Pour les mettre à l’action, encore faut-il leur donner les moyens d’être combatifs. En tant que parents, nous avons donc un devoir de transmission mais celui-ci ne doit jamais consister en un fardeau mais être plutôt comme une boîte à outils pour leur autoriser les sentiments de liberté et d’optimisme. Cette idée de transmission positive est une donnée clé pour leur donner l’envie de changer le monde mais surtout de le faire de manière très concrète. Ré-enchanter le monde face au réel commence dès lors d’abord par véhiculer un message d’espoir. Non, nous ne courons pas à notre perte. Et non voir le bon côté des choses n’est ni vain ni niais. Les périodes sombres s’accompagnent toujours d’un esprit de résilience porté par la jeunesse. Songeons par exemple au discours de Donald Winnicott, pédiatre et psychanalyste qui intimait ses contemporains d’agir pour que chaque intervention auprès des enfants soit une manière de leur faire penser que la vie vaut la peine d’être vécue. Discours qui a trouvé un écho certain en plein deuxième conflit mondial. Quel que soit le contexte, de nombreuses initiatives méritent le détour. En voici un digest.

L’exemplarité peut venir de la jeunesse

Entre autres, Olivia Bouler, alors âgée de 11 ans, a décidé de vendre ses aquarelles pour ensuite reverser les gains à une association de protection de l’environnement suite à des vacances près du bord de mer qui lui ont fait constater les effets néfastes du dégazage sur la faune et la flore ambiantes. À 10 ans, Cassandra Lin prend conscience d’une partie de la population qui n’arrive pas à subvenir à ses besoins en matière de chauffage et d’énergie. Suite à une exposition sur les biocarburants, elle démarche avec cinq de ses amis pour créer un dispositif de recyclage énergétique et récolter les huiles et graisses de cuisine des particuliers pour en faire du biodiesel. La démarche prend de l’ampleur et très vite les restaurateurs prennent le pli tandis que la mairie fait construire un réservoir pour la collecte de ces matières usagées. Ondine Elliot, 12 ans, a monté une exposition sur les requins pour sensibiliser les personnes sur l’importance des squales dans les écosystèmes marins. Par ailleurs, le magazine Phosphore se faisait l’écho du parcours de cinq ados qui changeaient le monde et formaient une « dream team » du futur parmi laquelle nous retrouvons Arnault, 19 ans, féru de musique qui a décidé de faire de sa passion un moyen d’accéder à la culture pour tous ou encore Fhama, 17 ans, qui est devenu le porte-voix des femmes victimes d’excision. Que penser également de Nans et Mouts, pas encore 30 ans, connus pour leur émission « Nus et culottés », mue par un esprit de sobriété heureuse, qui mettent en valeur les liens de solidarité et d’entraide à partir de défis que l’on pourrait qualifier de puéril ou d’adolescents – comme celui de partir de France pour devenir orpailleur en Suisse ?

Des formations concrètes pour changer le monde

Le changement, c’est bien maintenant. Et il émane de vous et de vos enfants. D’autres idées jaillissent dans cette perspective pour nous faire prendre conscience que le changement à l’échelle de l’individu n’est pas qu’un grain de poussière à l’échelle de notre monde. Si vous, parents, ne savez pas par où commencer, sachez que des initiatives fleurissent en dehors des sentiers battus du milieu associatif ou de l’Education nationale.

Ce faisant, HEC et « Ticket for change » ont lancé l’année dernière le MOOC pour changer le monde. Rappelons que le MOOC est une formation en ligne gratuite et en libre accès. « Ticket for Change » s’était notamment fait connaître par son tour du monde inspirant qui avait emmené 50 jeunes rencontrer des pionniers charismatiques dans leur façon de vouloir faire changer le monde. Aujourd’hui hébergé sur Coursera, le programme souhaite toucher le public le plus large possible et aider ceux qui croient à l’entrepreneuriat social mais qui ne savent pas comment s’y prendre. Ou en d’autres termes, faire d’une cause noble un projet professionnel. Des ambassadeurs tels que des Prix Nobel de la paix, Pierre Rhabi ou Thierry Marx témoignent ainsi de leur expérience. HEC, en parallèle est chargé de fournir du contenu académique en lien avec les expertises des ambassadeurs.

Ré-enchanter le monde par l’action ne signifie pas être béat ou inconscient de l’injustice et des malheurs du monde. Cela passe au contraire par leur intégration et leur digestion pour accoucher de quelque chose de nouveau. Le philosophe Marcel Conche expliquait ainsi que chaque société « fait subir » des violences considérées comme nécessaires à l’enfant pour qu’il passe à l’âge adulte. Pour notre société actuelle, cette violence passerait par la prise de conscience des enjeux écologiques, géopolitiques ou encore sociétaux sur lesquels ils devront agir plus tard en tant qu’adultes. La fin de l’insouciance…

Cela dit, pour le créateur de la clinique transculturelle, Georges Devereux, c’est la psychologie de l’enfant qui permet le progrès et ce supplément d’âme pour changer les choses. Il importe donc de ne plus seulement mesurer nos enfants et nos adolescents à l’aune de leur esprit transgressif et de révolte caractérisé par l’utopie et l’excès. Cette énergie qui remet en cause les modèles établis permet naturellement de faire émerger de nouvelles façons de faire et de modifier les hiérarchies comme en attestent les exemples d’adolescents cités plus haut. Être parent revient donc à assumer ces chimères adolescentes et à les cultiver pour faire de l’avenir un champ ouvert au progrès et au changement.

Geoffroy Framery

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