Xavier Dolan :
« Accrochons-nous à nos rêves, car nous pouvons changer le monde par nos rêves, nous pouvons faire rire les gens, les faire pleurer. Nous pouvons changer leurs idées, leurs esprits. Et en changeant leurs esprits nous pouvons changer le monde. »

Devant nos enfants, doit-on plutôt jouer le clown triste et cynique ou l’auguste ? Ni l’un, ni l’autre, nous répond François Rollin, humoriste, comédien, réalisateur et administrateur de la SACD (sociétés de perception et de répartition des droits d’auteur) qui exhortait en janvier ses confrères sur l’impérieuse nécessité de ré-enchanter le monde.

L’humour, plus qu’un rempart, le meilleur vecteur pour ré-enchanter


Evidemment nos enfants ne sont pas dupes. Julien V., 36 ans, père de deux enfants, doit déjà expliquer à son fils de quatre ans, Léopold, « qui sont les méchants ? » suite aux différents attentats qui nous ont frappés. Face à ces interrogations grandissantes avec l’âge, l’humour n’est pas censé être une pilule qui fait voir la vie en rose, malgré son rôle cathartique manifeste. « J’ai réagi après les événements de janvier et de novembre. Le meilleur ami de mes enfants était à la Belle équipe et s’est fait abattre… Vous imaginez le sentiment des jeunes suite à ces événements. J’ai voulu m’exprimer face au climat de peur, d’anxiété et de désenchantement suite aux attentats. Nous avons une responsabilité, nous humoristes, semblable à celle des acteurs de la vie publique. L’humour, bien évidemment est un vecteur, par lequel il est facile de communiquer, de faire passer ses désirs, ses idées, la philosophie, des valeurs d’altruisme et de générosité », explique François Rollin.
Bien sûr, il y a « l’humour thérapie ». Ou même celui qui aide à la thérapie comme celui véhiculé par les Clowns de l’Espoir qui améliorent sensiblement la qualité de vie des enfants hospitalisés. Mais François Rollin reste convaincu qu’une autre forme d’humour a sa place au sein de nos foyers et en dehors : « Nos enfants n’ont pas peur de fantômes. Ils ressentent cette peur de façon pragmatique. Notre premier devoir revient à dissiper cette inquiétude coûte que coûte. Si nous n’y croyons pas, nos enfants n’y croiront pas non plus. Puis, il faut essayer autant que possible de repointer la lorgnette sur les jolies choses qui vous grandissent : la spiritualité et les arts, et montrer à nos enfants que nous passons à l’action. »

Instiller cette conscience dans chacun de ses actes

Professionnellement, l’humoriste n’a pas la prétention de vouloir faire évoluer le contenu et la production de ses confrères même si dans les faits, François Rollin envisage autrement sa profession et son rôle de père : « Ce n’est pas tant dans la manière que j’ai évolué mais plutôt dans le fond et dans ce qui m’anime. On ne peut plus ignorer ce qui se passe, ni détourner le regard. On ne peut pas parler à ses contemporains sans cette prise de conscience. Mon public c’est comme mes enfants, je leur donne des outils pour se débarrasser de la peur ». Une manière de faire évoluer la perception de l’humour qui n’est plus seulement un exutoire, une arme de contestation politique ou le bras armé de la liberté d’expression. « Je fais davantage appel à une espèce de conscience supérieure. La voix des humoristes y gagnerait si chacun, à sa manière, en toute liberté et autonomie, s’efforçait d’imprimer une forme de conscience politique et d’implication sociale, en se gardant bien entendu des écueils du prêchi-prêcha ou du prosélytisme », ajoute-t-il. Un effort collectif que le comédien compare à la conscience écologique. « Le but n’est pas d’en faire l’objet du spectacle ou d’une chronique mais cette idée doit toujours planer au-dessus de nos claviers », conclut François Rollin.

Geoffroy Framery

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