La tyrannie infantile aux risques de l’adolescence : les 12/15 ans

0

Rufo décrit l’enfer de la fugue vécu par une patiente de 12 ans. Recordwoman de la fugue, elle a fait le tour de l’Europe. Séquestrée, violée en réunion, battue, prostituée, elle s’est inscrite dans la réitération compulsive des disparitions inquiétantes. Pour la jeune fille, ses fugues traduisent sa terreur d’exister. Pour ses parents, elles donnent lieu à de terribles angoisses : ils ignorent tout de ce qui se passe pour elle, lors des fugues, instrument de la tyrannie. La fugue est un trouble du comportement fréquent chez les adolescents tyranniques. En France, 50 000 mineurs ont disparu en 2017.

L’anorexie est une tyrannie absolue

L’anorexie se révèle, entre 14 et 17 ans, avec un pic épidémiologique à 16 ans. L’anorexie mentale sévère est une véritable tyrannie à l’encontre de soi, du corps propre et de la sphère familiale. L’anorexie et son mode opératoire tyrannique ne relèvent pas de processus comportementaux rares : 1,4 à 3,5 % des préadolescentes et adolescentes à Paris subissent et font subir cette tyrannie. Le taux de mortalité est compris entre 5 et 15 %. Tyrannie mortelle !
Toute-puissante, armée d’un symptôme qui la dépasse et qui bien souvent la tue, la jeune anorexique tyrannise son propre corps : perte de poids drastique, vomissements, diarrhée, hypokaliémie, troubles de la conduction et arrêts cardiaques. L’anorexique tyrannise à mort un corps qu’elle hait et tyrannise son entourage à coups d’angoisse de mort. Elle reste, avec un sourire d’ange, diaboliquement insensible à la morbidité de son comportement. Contre son corps, sa vie, ceux qui l’aiment. Marcel Rufo, hyperclinicien à la Maison de Solenn, propose ce désamorçage : ne pas rentrer dans la lutte proposée par les anorexiques. « Tu es malade, je soigne ton corps. Je ne lutte pas contre ta position. » « On s’occupera ensuite de la maladie psychique et du comportement tyrannique. » Ce comportement anorectique (qualificatif de l’anorexie – absence d’appétit), hétéro et autotyrannique, devient au mieux une pathologie chronique dès lors que l’on a sauvé la patiente (le patient) du risque mortel. Cette tyrannie psychique correspondrait à une psychose monosymptomatique. Avec pour symptôme cyclopéen (primitif) la dénégation de l’image de soi. Tout le reste de la personnalité fonctionne de façon normative. Duverger de synthétiser : « Oui, l’anorexie est la pire des tyrannies ! Paradoxale et donc incompréhensible. Pourquoi cette jeune fille se met-elle dans cet état alors qu’elle a tout pour être heureuse ? Pourquoi ne mange-t-elle pas alors qu’elle dispose de la meilleure des nourritures ? »

Tyrannie infantile, les clés ultimes

Rufo et Duverger, dans la réciprocité d’un échange alterné de vignettes cliniques, apportent des conseils diffusés à mesure. Le lecteur les reçoit par douce infusion. À l’issue de leur exploration clinique de la tyrannie infantile ordinaire en terres hostiles, ils engagent trois axes de réflexions, trois ressorts, trois notions-conseils aux parents d’enfants tyrans : l’autorité, la pudeur, la politesse.
Autorité sans rudesse. Autorité sereine. Autorité du « non » donné à l’enfant pour qu’il/elle finisse par dire « oui ». Autorité engageant à la sociabilité et refusant la toute-puissance. Pudeur, pour que l’enfant comprenne qu’il est seul propriétaire de son corps, premier apprentissage du respect de soi pour ensuite respecter l’autre. Politesse pour manifester à l’autre qu’il est un équivalent de soi-même, équivalent respecté.
Des clés simples pour se libérer de la tyrannie infantile.

Par Catherine Dunezat

Au Sommaire du dossier

L’enfant Tyran : il est né le devil enfant…

1. Baby tyrannie, de zéro à 3 ans

2. La tyrannie à l’âge de la maternelle : les enfants tyrans de 3 à 6 ans.

3. L’enfant tyran à l’âge du primaire, les 6/12 ans.

4. La tyrannie infantile au risques de l’adolescence : les 12/15 ans.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.