Les Petits Lutins de l’Art : quand l’art-thérapie aide les enfants à se sentir mieux

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L’odeur de la peinture fraîche flotte encore dans l’air. Depuis la Toussaint, le centre d’art-thérapie Les Petits Lutins de l’Art a déménagé de Bourg-la-Reine et s’est installé dans le XIVe arrondissement de Paris. Créé en 2011 par Jean Papahn, le fonds de dotation Les Petits Lutins de l’Art a pour mission d’aider et de contribuer à l’épanouissement psychique et à la socialisation d’enfants âgés de 3 à 12 ans et présentant des troubles comportementaux légers à modérés. Pour ce faire, il a souhaité développer la pratique de l’art-thérapie. Dans le centre des Petits Lutins de l’Art, l’équipe – composée d’art-thérapeutes diplômés spécialisés dans une médiation – propose aux enfants de nombreux ateliers : dramathérapie, musicothérapie, art-thérapie, arts plastiques, modelage et danse mouvement thérapie. Chaque séance dure une heure et a lieu le mercredi ou le samedi, en attendant que de nouveaux ateliers s’ouvrent après l’école. Mais attention, il ne s’agit pas d’un cours, le but n’est pas d’apprendre une technique mais d’aider l’enfant à exprimer ses difficultés par le détour d’une activité à la fois ludique et artistique. S’exerçant en très petits groupes de trois à quatre enfants, l’art-thérapie participe au développement des relations et de la confiance en soi au sein d’un cadre protégé et bienveillant permettant une expression libre. Les art-thérapeutes accompagnent l’enfant avec le soutien des parents dans un environnement stimulant leur créativité, tout en restant vigilants à leurs difficultés. L’équipe est supervisée par un pédopsychiatre spécialiste de l’art-thérapie qui intervient en tant qu’expert-conseil. L’art-thérapie est encore mal connue mais elle apparaît comme une alternative de soin très adaptée pour des enfants dont le langage verbal ou l’expression directe est difficile ou peu opérant(e). C’est aussi un mode de communication qui respecte l’intimité et le rythme d’évolution tant des parents que des enfants. Toutefois, « les parents n’ont pas la possibilité d’assister aux ateliers car tout ce que fait l’enfant dans le centre, il le fait pour lui, et non pour quelqu’un d’autre », explique Marie-Aude Götz, directrice du centre Les Petits Lutins de l’Art. C’est elle qui accueille la famille et propose, en concertation avec l’équipe, l’atelier qui sera le plus approprié pour l’enfant selon sa personnalité, sa problématique et la nature du groupe déjà existant. Il faut « s’engager pour un minimum de 12 séances pour évaluer l’évolution », souligne Marie-Aude Götz. Elle fait pour cela des points réguliers avec l’enfant et ses parents. Les parents qui pensent faire seuls avec leurs enfants de l’art-thérapie peuvent y renoncer. « Ce ne sont pas des exercices. Il s’agit d’un dispositif psychothérapeutique qui utilise une médiation artistique plutôt que la parole », précise-t-elle. C’est pour cela que l’art-thérapie ne peut se faire que dans un cadre spécifique. « Le cahier de coloriage n’est pas de l’art-thérapie ! », s’exclame-t-elle.

L’art-thérapie pour soutenir le développement de l’enfant

Dans l’atelier de dramathérapie les enfants peuvent s’exprimer comme bon leur semble. Chaque atelier est séquencé. « Il y a un temps d’accueil, de relaxation, d’échauffement, de jeux théâtraux et finalement un temps d’improvisation », explique Grégory Renault, dramathérapeute. Cependant, il n’y a jamais d’atelier-type. Ils sont tous différents. Si les enfants veulent jouer, ils jouent, sinon ils peuvent être spectateurs. Car en regardant l’autre, on se construit également. Grégory Renault utilise souvent les marionnettes dans l’atelier. « Chaque enfant peut s’approprier une marionnette – qui sert de facteur déclencheur à l’expression – et lui construire une histoire propre. En jouant des personnages différents d’eux, les enfants découvrent d’autres facettes d’eux, comprennent mieux leurs sentiments et ceux des autres. Cachés derrière un castelet, ils peuvent faire dire à leur personnage ce qu’ils n’osent pas dire eux-mêmes », indique Grégory Renault. Il n’est pas question d’apprendre la technique théâtrale. « Nous sommes tout de suite dans le jeu car qui dit jeu, dit expression », précise-il. En effet, la dramathérapie participe au développement des relations et de la confiance, et offre ainsi à l’enfant un cadre rassurant, un espace de liberté protégé pour exprimer ses émotions.
De la salle d’à côté, on entend des notes de musique qui s’échappent. C’est l’atelier de musicothérapie. Il s’agit d’utiliser la musique ou ses éléments (son, rythme, mélodie et harmonie) afin de faciliter la communication et les interactions. La musicothérapie favorise l’apprentissage, la mobilisation et l’expression. Ici le son intervient à travers le jeu comme médiateur dans un processus favorisant le développement harmonieux de l’enfant. « On y travaille sur l’»être-ensemble» et on interagit avec les autres », précise Fanny Ingrassia, musicothérapeute. « La musique est une autre manière de s’exprimer. Le son a la forme d’un langage. Les enfants ne sont pas obligés de savoir jouer de tel ou tel instrument. Nous ne sommes pas du tout dans la technique », prévient Fanny Ingrassia. Et d’ajouter : « Nous sommes dans une expression, c’est du jeu. On y voit l’impact de ce qu’on produit. Qu’est-ce que ça donne dans le groupe ? Qu’est-ce que ça renvoie ? » La musicothérapie peut plus particulièrement aider les enfants ayant des difficultés d’apprentissage, de l’attention, des habilités motrices et également des troubles du comportement et du développement.

Les pots de peinture, les pinceaux, les crayons, les feuilles blanches… On comprend vite que nous sommes dans l’atelier d’art-thérapie à médiation plastique. Cependant, ici, « ce qui compte, c’est le processus et non le résultat », remarque Nelly Nahon, art-thérapeute arts plastiques. Tout ce qui est produit en atelier reste au centre jusqu’à la fin de la prise en charge. « Cela nous permet de travailler la séparation, de faire comprendre à l’enfant que c’est un lieu de sécurité pour ses productions et donc pour lui aussi », explique Nelly Nahon. C’est un espace d’intimité réservé à l’enfant. Aucune consigne n’est donnée aux enfants. L’enfant est maître de ses décisions. « On travaille l’autonomie, l’espace à soi, l’espace de réflexion, la frustration, la capacité à être concentré, la spontanéité, le fait d’être en groupe et le fait de faire confiance à un autre adulte », détaille l’art-thérapeute. Dans cette même salle se déroule également l’atelier modelage. « On y travaille dans la tridimensionnalité contrairement à l’art plastique. On est dans une action directe avec l’argile », explique Nathalie Drouault, art-thérapeute modelage. Et de poursuivre : « Le modelage, qui vient parler du corps, peut être particulièrement adapté à des enfants qui ont une problématique autour des représentations corporelles, de leur image du corps, qui ont des troubles alimentaires ou ont des épisodes dépressifs. » « Cet atelier propose à l’enfant une autre manière d’exprimer et d’identifier ses émotions », conclut Nathalie Drouault.

Les Petits Lutins de l’Art proposent également un atelier qui utilise comme médiation la danse et le mouvement dans une visée psychothérapeutique et de mieux-être. Il s’agit de la danse mouvement thérapie (DMT). « La DMT reconnaît la relation étroite et indissociable qui existe entre le corps et la psyché. C’est à travers des jeux, des propositions d’explorations dansées, des danses libres, que le danse mouvement thérapeute accompagne les enfants pour explorer leur monde imaginaire, l’enrichir et se reconnecter avec celui-ci dans le but de promouvoir leur épanouissement et de contribuer à l’amélioration de leur qualité de vie », explique Paula Martinez, thérapeute de DMT. L’enfant est ainsi invité à exprimer d’une manière ludique et créative ce qui le traverse, ce qui l’inquiète ou le perturbe. Le processus créatif et thérapeutique l’amène alors à dépasser les blocages psychiques, à faire face à des situations douloureuses ou difficiles, mais aussi à reconnaître son potentiel et ses ressources. Il peut ainsi atteindre des nouveaux points d’équilibre et un mieux-être.

Par Anna Ashkova

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