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Habiter au cœur des cités et quartiers populaires français pour accompagner les jeunes et leurs familles, c’est le choix des membres de l’association Le Rocher Oasis des Cités. Un choix qui n’a pas été remis en cause avec la crise sanitaire, laquelle a fortement impacté la vie des habitants des cités (logements petits et surpeuplés, sous-équipement numérique, mauvaise compréhension des consignes gouvernementales, montée des tensions…). Parcours admirable.
Le Rocher est une association catholique loi 1901 et citoyenne créée en 2001 qui déploie des antennes dans neuf cités en France (Bondy, Les Mureaux, Paris, Grenoble, Marseille, La Beaucaire, Sainte-Musse, Rillieux-la-Pape, Nîmes). Elle y met en place – par le biais de l’immersion, de la prévention et de la transmission de valeurs – des actions éducatives, sociales et culturelles qui développent et valorisent le savoir-être, le mérite, le goût de l’effort, la responsabilisation et l’autonomie. Vivre avec, bâtir avec et grandir avec les habitants des cités, c’est la mission de l’association : oser la rencontre au travers d’un accueil inconditionnel de chacun, dans sa culture, sa différence, sa dignité, le soutien aux familles et aux enfants en particulier. Comme de nombreuses autres associations, Le rocher Oasis des Cités a dû se réinventer pour répondre au mieux aux besoins des cités durant le confinement. Une mission qu’elle a relevée haut la main !
La crise sanitaire, catalyseur des inégalités sociales
La « crise des banlieues », la « fracture sociale », rien de nouveau sous le soleil d’au-delà
La crise sanitaire liée à la covid-19 a touché d’abord les plus démunis. À la précarité et à l’insécurité structurelles préexistantes s’est ajoutée la peur de la maladie et de la mort. Une grande détresse physique et psychologique a frappé les habitants. Parce que nombreux sont ceux.celles qui ne maîtrisent pas ou peu le français, le confinement a provoqué épuisement, découragement et panique. L’école est devenue un immense défi pour les familles (surtout celles qui n’avaient ni ordinateur ni Internet à domicile) ! Les plus modestes peinaient et peinent encore à se nourrir. Philippine : « Par exemple, en Seine-Saint-Denis, l’aide d’urgence alimentaire a concerné environ 25 000 foyers pour 2,6 millions d’euros. » À quoi se sont ajoutées la crainte ou la réalité d’avoir perdu son travail.
Accompagner tout en restant confinés, un défi de taille
Si, avant, l’accompagnement scolaire se passait en présentiel, durant la quarantaine il a été remplacé par un suivi pédagogique. « Les bénévoles du Rocher appelaient les enfants, une heure par jour. Grâce aux partenariats avec les autres associations, nous avons pu fournir des ordinateurs aux élèves qui n’en avaient pas à la maison afin qu’ils poursuivent leur scolarité à la maison », précise Philippine Le Brethon. À Marseille, les membres de l’association lisaient le soir des contes aux enfants par téléphone. Pour les « grands jeunes » à Paris, l’association a mis en place des cours de cuisine par vidéoconférence. Les équipes dédiées à l’insertion des grands jeunes ont gardé contact avec eux.elles via les réseaux sociaux et ont continué d’en accompagner certain.es dans leur recherche d’emploi. Des bénévoles appelaient aussi les habitant pour les soutenir et échanger avec eux. De nombreuses relations profondes ont ainsi pu être tissées.
Un grand élan de solidarité qui a rapproché les gens
Mais le confinement a aussi révélé un grand élan de solidarité. Philippine Le Brethon : « Au-delà du Rocher, nous nous réjouissons de la mobilisation exceptionnelle de tous, élus, associations, entreprises, qui montrent qu’une solidarité nouvelle est possible. C’est un espoir ! »
Pour la jeune femme, « La crise, c’est l’opportunité de porter un regard nouveau : du monde extérieur vers les cités et inversement. Ce regard est clé d’un lien social en danger qui est pourtant vital pour le bien commun. Lutter contre la fragmentation, entre les personnes, entre des sphères qui ne travaillent pas assez ensemble, entreprises, associations, collectivités, est la clé d’un monde plus humain, plus fraternel, plus solidaire, dans lequel chacun soit reconnu dans sa dignité et ainsi capable de devenir pleinement acteur du “monde d’après”. C’est notre devoir et notre responsabilité historique. »
L’après confinement…
Le confinement a laissé des séquelles. « Beaucoup de familles ne sont pas du tout sorties durant le confinement. Les problématiques alimentaires persistent notamment à cause de la perte de travail. Les enjeux sont donc de nature psychologique, pédagogique et financière », explique Philippine Le Brethon.
Depuis le déconfinement, l’association poursuit son soutien à la continuité pédagogique des enfants (en restant en lien avec les écoles et les sous-préfectures) car tout le monde n’a pas pu reprendre le chemin de l’école. « Nous reprenons les visites à domicile et les tournées de rue, autrement, en respectant les gestes barrières. Dans nos antennes, nous recommençons à accueillir des personnes de manière individuelle ou dans la limite de dix. » En revanche, l’association ne renoue pas encore avec les animations de rue ni les accueils collectifs de mineurs. Beaucoup de choses restent encore à faire et à imaginer, mais une chose est sûre, les cités peuvent s’arrimer au Rocher et s’abreuver à l’Oasis des Cités.
