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TRIBUNE. La santé mentale des jeunes est devenue une préoccupation majeure de notre société. Anxiété, isolement, perte de confiance en soi : les signaux d’alerte se multiplient. Mais au-delà des dispositifs de prévention, une question se pose : et si la fragilisation des jeunes générations était aussi le produit de leur environnement quotidien ? Entre hyperconnexion, sédentarité et raréfaction des expériences réelles, notre modèle de jeunesse interroge. Par Sabine Bonnaud, déléguée générale de l’Union Nationale des Organisations de Séjours Éducatifs et Linguistiques (Unosel).
La santé mentale a été désignée comme Grande Cause Nationale pour 2025 et 2026, signe d’un enjeu désormais central. Les données récentes confirment une dégradation du bien-être psychologique des jeunes. 47 % des 18-24 ans déclarent avoir déjà connu un épisode de détresse psychologique. Au-delà des chiffres, une tendance de fond s’installe : les troubles anxieux et dépressifs progressent depuis plusieurs années. Jamais les jeunes n’ont été aussi connectés et encadrés, pourtant jamais leur santé mentale n’a semblé aussi fragile.
Une enfance de plus en plus confinée au monde intérieur
Cette évolution ne peut être dissociée des transformations profondes du quotidien. Les adolescents passent en moyenne 4 à 5 heures par jour sur les écrans. 38 % des 15-25 ans se disent addicts à leur téléphone, et 34 % décrivent une relation négative, voire toxique.
Dans le même temps, les modes de vie deviennent plus sédentaires, les espaces d’autonomie se réduisent et les expériences extérieures se raréfient. À cela s’ajoute une autre évolution plus silencieuse : l’hyperprotection. Par souci légitime de sécurité, les enfants sont davantage encadrés et expérimentent moins les situations nouvelles ou les environnements non maîtrisés. Peu à peu, l’enfance s’est déplacée vers des espaces intérieurs (physiques comme numériques) où l’exposition au réel est plus limitée.
Le réel comme facteur central de santé mentale face à cette situation, un constat reste encore sous-estimé : la santé mentale des jeunes ne dépend pas uniquement du soin, mais aussi de la nature des expériences vécues au quotidien. Les compétences psychosociales (autonomie, confiance en soi, coopération, gestion des émotions) ne se développent pas de manière théorique. Elles se construisent dans des situations concrètes : vivre en groupe, sortir de ses repères, s’adapter à un nouvel environnement, apprendre à gérer l’imprévu.
C’est ce que permettent notamment les colonies de vacances, séjours linguistiques et voyages scolaires. Pour de nombreux enfants, ces expériences constituent une première confrontation concrète à l’autonomie. Plusieurs travaux en psychologie du développement montrent que les expériences de mobilité et de vie collective contribuent à renforcer les compétences psychosociales des jeunes et à diminuer le sentiment d’anxiété sociale.
Un projet de loi pour garantir l’accès de tous aux voyages scolaires
Aujourd’hui, les inégalités de mobilité entre les jeunes se creusent fortement. Certains grandissent en voyageant régulièrement ; d’autres ne quittent presque jamais leur environnement proche. Pour beaucoup, le voyage scolaire reste la seule occasion de découvrir un autre territoire. C’est pourquoi les voyages scolaires et les classes de découverte doivent être pleinement intégrés au parcours éducatif des élèves, comme le prévoit notamment la circulaire du 16 juillet 2024, du Ministère de l’Education Nationale, et non considérés comme des activités accessoires.
Le projet de loi visant à relancer l’organisation des classes de découverte constitue une avancée essentielle. La création d’un fonds national d’aide au départ ainsi qu’un meilleur accompagnement des enseignants permettraient enfin de lever des freins identifiés depuis des années. Pourtant, sa mise en œuvre continue de tarder. Alors même que la santé mentale des jeunes est une priorité nationale, qu’attend-on pour donner à tous les élèves un accès réel à ces expériences pourtant reconnues comme structurantes ? À force de vouloir réduire tous les risques, nous avons parfois réduit les expériences. Et c’est là que réside l’un des paradoxes les plus préoccupants de notre époque : une génération sécurisée dans son quotidien mais fragilisée dans sa capacité à affronter le monde.
Redonner aux jeunes l’accès à ces expériences n’est pas seulement une question éducative. C’est aussi un enjeu de santé mentale.

























