Addictions et santé mentale chez les jeunes, comment les aider ?
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Alors que la consommation d’alcool et de tabac diminue chez les jeunes ces dernières années, de nouvelles formes de dépendance émergent. Des pratiques étroitement liées à la dégradation de leur santé mentale.

Écrans, alcool, tabac, psychotropes, médicaments… l’addiction revêt plusieurs formes et s’installe de façon insidieuse. À l’approche du Forum National de la Santé Mentale qui se tiendra le 11 avril 2025, en partenariat avec Parenthèse, il est vital de savoir détecter les signaux d’alarme avant qu’il ne soit trop tard.

Entre 2017 et 2025, le professeur Amine Benyamina, chef du service de psychiatrie et d’addictologie de l’hôpital Paul-Brousse (Val-de-Marne), a observé une évolution des addictions chez les jeunes. Leur consommation d’alcool, de tabac et de cannabis, diminue, au profit de l’ecstasy, des médicaments détournés, des psychos stimulants, du protoxyde d’azote et des écrans. Comment prévenir un comportement addictif et repérer les premiers signes chez son enfant ?

Détecter les signes

L’American Psychiatric Association a regroupé les comportements addictifs en onze critères, qui font autorité aujourd’hui partout dans le monde. « Nous pouvons citer la perte de liberté de s’abstenir, c’est-à-dire l’obsession de la consommation du produit, la modification de l’espace personnel et environnemental, l’émergence de dommages physiques et psychologiques, qui peuvent aller jusqu’à l’isolement », détaille le psychiatre spécialiste en addictologie.

Pour ce qui est du terrain addictif, le professeur distingue trois formes de vulnérabilités : une dépendance liée à la nature même du produit, une vulnérabilité liée aux traits de caractère du consommateur, par exemple vouloir expérimenter sans cesse, ne pas avoir peur du danger. Enfin, il identifie les vulnérabilités liées à l’environnement climatique, politique et au niveau socio-économique. « Par exemple, en France, l’alcool est banalisé tandis que, dans d’autres sociétés, il est interdit ou limité », relève le professeur Benyamina.

Le fléau qui touche massivement les jeunes, mineurs et jeunes adultes, est l’addiction aux écrans, classée dans la catégorie des « addictions sans produit », au même titre que la pornographie ou les jeux de hasard. Le psychiatre recommande aux parents d’être particulièrement vigilants vis-à-vis du comportement de leur enfant : une attitude agressive, la multiplication de conflits, une fatigue anormale, peuvent être les signes d’une dépendance. Face à ces troubles du comportement, le professeur Benyamina conseille aux parents d’imposer des règles, sans agir de manière violente. Cela doit se faire progressivement. Par exemple, s’il s’agit d’une addiction aux écrans, il est nécessaire d’interdire le téléphone à table, ou pendant les vacances, et vivement recommandé d’installer un contrôle parental. « Il faut aussi respecter la minorité numérique, visant à interdire tout réseau social à des enfants de moins de 15 ans, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui », déplore-t-il.

Accompagner son enfant dans une démarche de soins

L’établissement dans lequel Amine Benyamina exerce, dispose d’un hôpital de jour pour les « jeunes adolescents » âgés de 15 à 23 ans. « Nous accueillons les jeunes qui souffrent de dépendances accrues et qui sont souvent en rupture scolaire ou familiale. Nous avons un accompagnement riche, avec une dizaine de soignants pour 14 places ». L’hôpital met en place des consultations individuelles avec un éducateur, un infirmier, un psychologue, un psychiatre et un addictologue. Des séances de thérapie collectives et des sorties culturelles sont également organisées.

Il est nécessaire pour les parents qui observent une dégradation de la santé mentale chez leurs enfants, liée à une addiction ou non, qu’ils entament les démarches auprès d’un psychologue ou psychiatre. Seuls des professionnels peuvent leur apporter le soin et l’accompagnement nécessaires.

Alerter les pouvoirs publics

Dans son ouvrage Addictions [sortie prévue le 9 avril], Amine Benyamina déplore le fait que, les addictions ne figurent pas dans les quatre objectifs prioritaires définis par le gouvernement dans le cadre du plan « Grande cause nationale 2025 » sur la santé mentale. « Nous avons beaucoup de difficultés à faire soigner les enfants. Les services pédopsychiatriques sont débordés. Nous sommes en dessous de l’enjeu que représente la maladie mentale et la souffrance psychologique chez nos enfants. Les parents doivent s’armer de patience, ils peuvent avoir recours à des médecins généralistes avant d’obtenir un rendez-vous chez un psy », préconise le spécialiste en addictologie.

Amine Benyamina en appelle à l’action des pouvoirs publics : « il faut soutenir la psychiatrie de proximité, réfléchir à des alliances entre le public et le privé, encourager le transfert de compétences auprès des personnels non qualifiés pour le soin, notamment les enseignants. » La prévention reste la clé pour anticiper les troubles et mieux s’y préparer, en particulier dans les écoles, les lycées et les facultés.

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