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Protéger les mineurs sur les réseaux sociaux est un enjeu de société majeur. Entre contenus inappropriés, cyberharcèlement et exploitation des données, TikTok, Instagram ou Facebook sont régulièrement pointés du doigt. De quels leviers disposent ces plateformes numériques pour protéger les jeunes et limiter les risques en ligne ?

Selon une étude publiée par l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) en septembre 2025, 44 % des adolescents ont accès à une plateforme numérique avant 13 ans. La France suivra-t-elle la voie de l’Australie, qui a voté fin 2024 la première loi au monde interdisant aux moins de 16 ans l’accès aux réseaux sociaux, ou – plus récemment – celle du Danemark, qui a adopté des mesures similaires ? C’était en tout cas le souhait affiché par le président de la République, Emmanuel Macron en juin 2025. « On doit interdire les réseaux sociaux aux moins de quinze ans. Je nous donne quelques mois pour arriver à faire la mobilisation européenne. (…) On ne peut plus attendre », avait-il proféré lors d’une interview accordée à France 2. Si, depuis, le sujet a donné lieu à de nombreuses prises de parole, aucune mesure allant dans ce sens n’a – pour l’instant – été adoptée.

Les dangers des réseaux sociaux pour les mineurs

Pas moins de 83 % des jeunes âgés de 11 à 17 ans interrogés dans le cadre de l’étude menée par l’Arcom se  disent exposés régulièrement à au moins un risque sur les plates-formes. De quels risques parle-t-on ? « Sur les réseaux sociaux, les mineurs sont exposés à des contenus inadaptés, comme l’hypersexualisation, la  désinformation, le cyberharcèlement ou des défis dangereux. La structure des plateformes est dangereuse dans son essence, les algorithmes de recommandation créent des formes d’addiction qui exploitent la vulnérabilité des mineurs. Sans parler du risque de collectes massives de données dont on n’a pas toujours conscience », détaille Debora Cohen, avocate en droit du numérique. Les réseaux sociaux ont fait basculer notre société dans l’ère de l’économie de l’attention. « Au départ, l’objectif était d’instaurer une forme de démocratie directe. Très vite, le modèle est devenu celui de l’économie de l’attention : la source de revenus des réseaux sociaux ce sont les données personnelles des usagers. C’est facile de se rendre sur un réseau social, mais difficile d’en sortir », avertit Serge Tisseron, psychiatre et directeur de l’ouvrage Faut-il interdire les réseaux sociaux aux jeunes ?. Comme le dit l’adage : « Si c’est gratuit, c’est vous le produit ».

Or, les mineurs n’ont pas de capacité d’auto-régulation face à ces modèles économiques. Dans cette logique où tout s’accélère, une forme de consommation automatique de contenu s’est instaurée : le scrolling. Cela consiste à faire défiler du contenu sur un smartphone. Ainsi, on passe d’une vidéo de chat, à un reportage de guerre en  passant par des recettes de cuisine. Des études récentes ont démontré que le scrolling générait un manque d’empathie chez les utilisateurs.

Un cadre législatif flou et peu contraignant

En France, la loi du 7 juillet 2023 institue une majorité numérique à 15 ans. Un mineur ne peut pas s’inscrire seul sur un réseau social en-dessous de cet âge. « Les plates-formes sont censées vérifier l’âge de l’utilisateur. La loi de 2023 prévoit de leur imposer la mise en place d’un système de vérification d’âge, comparable à celui exigé pour les sites pornographiques », indique Debora Cohen. Or, aujourd’hui, il suffit simplement d’indiquer une fausse date de naissance pour pouvoir se créer un compte. En réalité, la loi de 2023 ne s’applique pas encore en raison de sa non-conformité avec le droit européen.

Juridiquement, se pose la question de l’applicabilité du droit français à des plates-formes étrangères. Même si TikTok est chinois et qu’Instagram est américain, ces entreprises restent soumises au droit français dès lors qu’elles s’adressent à des utilisateurs français. « Ce principe, issu notamment du Règlement général sur la protection des données (RGPD), permet aux autorités françaises d’imposer leurs exigences en matière de protection des mineurs, de modération des contenus ou de vérification de l’âge. » Concrètement, cela signifie que les plates-formes étrangères doivent adapter leurs pratiques pour être conformes à la législation française et européenne, sous peine de s’exposer à des sanctions administratives ou financières. En 2023, la Cnil irlandaise avait infligé une amende record à Meta de 1,2 milliard d’euros. Avant de se réjouir, « il faut se rappeler que les bénéfices des Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, ndlr) sont estimés à 400 milliards par an. Ces amendes sont dérisoires », pointe Serge Tisseron.

Les outils pour protéger les jeunes

En attendant l’applicabilité de la loi de 2023, qui prévoit un système de vérification d’âge, les experts encouragent deux mesures : le paramétrage et le découpage. Le premier consiste à définir, dès la création d’un compte, des réglages de sécurité et de confidentialité renforcés, comme le mode privé par défaut, la limitation des messages d’inconnus ou la désactivation du ciblage publicitaire. Le second, repose sur une adaptation des contenus et des fonctionnalités selon l’âge de l’utilisateur : un adolescent n’a pas accès aux mêmes publications, recommandations ou interactions qu’un adulte. Ces deux leviers sont aujourd’hui au cœur des obligations imposées par le Digital Services Act (DSA), qui vise à encadrer plus strictement les pratiques des grandes plates-formes numériques. Parmi les mesures déjà déployées, Instagram a lancé fin 2024 les « Teen Accounts » (comptes ados, ndlr), des comptes spécialement conçus pour les 13-17 ans. Ces profils activent plusieurs protections, comme le passage en compte privé par défaut et l’application de filtres pour bloquer les contenus sensibles ou choquants. Lorsqu’on pose la question : « faut-il interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs ? », l’expert psychiatre répond par la négative. « La prohibition de l’alcool aux États-Unis a conduit de multiples contournements. De plus, nous n’avons pas d’alternatives à proposer aux jeunes pour qu’ils puissent se retrouver et communiquer entre eux… Il faut les éduquer, leur montrer qu’ils se font avoir par les réseaux  sociaux », alerte-t-il. En attendant que l’Union européenne et la France imposent aux plates-formes des mesures concrètes, il revient aux parents de veiller à l’usage que leurs enfants font des réseaux sociaux.

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