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Les jeunes Français ne vont pas très bien. Et leurs parents sont très anxieux. Papa et maman veulent le meilleur pour leur enfant, un avenir heureux et serein… Est-ce vraiment conciliable avec les guerres qui sévissent à travers le monde et les conflits qui s’aggravent ? Avec cette planète qui se dérègle et se réchauffe ? Avec ces inégalités économiques qui ne faiblissent pas – bien au contraire ? Ou encore ces écrans qui menacent de briser des vies ?
Non le tableau n’est pas très reluisant. Mais être parent aujourd’hui n’a rien d’une sinécure. Si bien que nombre de jeunes y renoncent. Au premier semestre 2025, 317 340 enfants sont nés en France, soit 2,2 % de moins qu’en 2024 à la même époque, selon les données publiées fin juillet par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). La chute des naissances se poursuit donc dans l’hexagone et devient un sujet d’inquiétude pour le pays – en janvier 2024 le Président de la République Emmanuel Macron employait même le terme de « réarmement démographique ». Doit-on reprocher à ces jeunes qui ne vont déjà pas très bien eux-mêmes de ne pas vouloir donner la vie ? Devenir parent – et même si cela reste l’une des plus belles choses qui soient – c’est aussi accepter de ne plus jamais dormir sur ses deux oreilles.
De quoi les parents ont-ils le plus peur ?
80 %. Voilà la proportion de parents qui se disent inquiets pour l’avenir de leurs enfants, à en croire les données du baromètre de la parentalité publié en 2023 (OpinionWay/MAE). Dans le détail, 25 % des parents mentionnent le réchauffement climatique comme la première menace, devant les conflits armés (22 %) et la montée des inégalités économiques (22 %). Si l’on se penche ensuite sur les inquiétudes des parents liées à la vie quotidienne : le harcèlement arrive en tête. Et celui-ci ne se cantonne plus aujourd’hui aux salles de classe, mais s’étend sur les réseaux sociaux, à la maison, dans la chambre des enfants : là où ils sont censés se sentir protégés. En outre 56 % des parents interrogés craignent que leurs enfants soient victimes de (cyber)harcèlement, confirme en plus du baromètre cité, un sondage réalisé par Selvitys pour Sherpas. L’échec scolaire est aussi une source d’inquiétude, tout comme le fait de penser à la vie scolaire de son enfant au sens large. Les écrans ne rassurent pas. Face à une violence qui se banalise à travers les écrans, les parents ne peuvent qu’être inquiets – en dépit de tous les bienfaits et avancées que les écrans ont pu faire naître. En parallèle de ces humiliations gratuites, le débat sur l’exposition des enfants à la pornographie se poursuit. Encore trop de plates-formes n’en font pas assez pour empêcher aux enfants l’accès à des vidéos inappropriées. Rappelons-le : à 12 ans seulement près d’un enfant sur trois a déjà été exposé à du contenu pornographique (OpinionWay). Imaginez les risques qui peuvent découler d’une accoutumance précoce au porno dans la fabrication de la sexualité des jeunes enfants – et l’image dégradante des femmes qui est véhiculée sur ces plates-formes.
Une injonction à être les « parents parfaits »
Et face à toutes ces menaces, les parents tentent de faire au mieux – tout n’est pas parfait, et alors ? Les livres et guides sur comment être de bons parents se multiplient, les influenceurs qui donnent des conseils « famille » sont très visibles, au risque de jouer le rôle d’experts ? Chacun y va de sa petite touche personnelle sur les réseaux sociaux (éducation positive, nouvelles méthodes d’éducation, etc.). « Tout ceci participe à une saturation de l’information et crée une confusion […] Les parents sont inondés de messages contradictoires et se retrouvent perdus au milieu de ces controverses », explique Claude Martin, sociologue et directeur de recherche émérite au CNRS et auteur du livre Être un bon parent : une injonction contemporaine, auprès de nos confrères de Ouest-France. Toutes ces informations, contradictoires, contribuent à ce que la psychologue Héloïse Junier appelle « le burn out parental ». Au fond, les parents ne feront jamais assez bien en matière d’éducation de leurs enfants. Parviendront-ils à ce que leur enfant trouve sa juste place à l’heure où une admission Parcoursup sonne comme un vrai soulagement… Et à force de vouloir faire bien, de limiter les risques, n’a-t-on pas tendance à surprotéger nos petits ? « L’état du monde pèse sur les parents par sa violence dont ils voudraient préserver leur enfant (faut-il lui dire qu’une bombe, en Ukraine, est tombée sur une école comme la sienne ?). […] Par le fait que l’on sait désormais […] qu’un enfant peut être une proie sexuelle ; et par la conscience de l’individualisme ambiant. Tout cela majore les craintes que suscite toujours chez eux son autonomie : que peut-il lui arriver, s’il va seul à l’école, et qui lui viendra en aide ? », s’interrogeait très justement en 2022 Claude Halmos, psychanalyste, dans le journal Le Monde.
GEOFFREY WETZEL


































