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Lieu favorable pour se sociabiliser, grandir et apprendre, l’école constitue un cadre privilégié pour promouvoir le bien-être mental des jeunes. Ponctuée ces dernières années par des cas de harcèlement, d’anxiété sociale ou de phobie scolaire, l’école est plus que jamais au centre de l’attention.

Alors que la rentrée scolaire débute, le sujet de la santé mentale est sur toutes les lèvres. Depuis quelques années, les signaux d’alerte quant à l’état mental des jeunes se multiplient, entre harcèlement scolaire, anxiété, phobie scolaire, trouble psychique… Aujourd’hui, l’école fait face à de nombreux défis et ce, notamment dans la détection des signaux faibles, dans l’accompagnement et dans la mise en place d’actions concrètes. Pour y faire face, l’ancienne ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Élisabeth Borne, a rappelé dans un communiqué du gouvernement, l’importance de « réaffirmer les trois piliers de la santé scolaire : la prévention, la détection et la promotion de la santé. » En ce sens, dès la rentrée 2025-2026, chaque enfant de six ans passera un bilan de santé personnalisé, contre seulement 20 % d’entre eux aujourd’hui. Autres mesures phares, un accès prioritaire aux centres médico-psychologiques pour les élèves en fragilité, la nomination de 100 conseillers techniques en santé mentale pour chaque département, le développement d’un partenariat avec la maison des adolescents ou encore une meilleure formation des personnels de l’école à la santé mentale.

Santé mentale : où en est l’école ?

L’école fait l’objet de nombreuses critiques dans sa prise en compte des sujets liés à la santé mentale des jeunes. En fait-elle assez ? À cette question Johanna Dagorn, sociologue et chercheuse associée à l’université de Bordeaux est catégorique, « non bien sûr que non, il n’y a qu’à voir le manque de personnels médicaux et la formation des équipes éducatives sur les signaux faibles ». En effet, selon Élisabeth Borne, en 2025, 50 % des postes de médecine scolaire sont vacants. En France, on compte moins de 900 médecins scolaires pour 12 millions d’élèves, des chiffres en forte baisse par rapport aux dix dernières années. Tout comme les infirmières dont le nombre reste nettement inférieur aux recommandations européennes. Un manque de moyens qui entrave ainsi l’accompagnement des élèves alors que les jeunes générations en ont besoin ! « C’est vrai que depuis la crise covid, il y a eu une explosion d’un mal-être chez les jeunes et qui s’est manifesté par une augmentation des cas de phobie scolaire et des consultations pédopsychiatriques. Même si ce mal-être existait avant, j’ai l’impression qu’on en parle un peu plus », explique Virginie Landemaine, auteure de plusieurs livres dont Phobie scolaire, mon enfant n’arrive plus à aller à l’école (Eds. Bateau Vert Et Blanc) et également mère de deux enfants.

L’importance du bien-être à l’école

La prise en compte des sujets liés à la santé mentale à l’école est en hausse comparée aux dernières années. Un point positif qui demande tout de même aux personnels éducatifs de mettre en place des solutions concrètes pour sensibiliser à ce sujet. Mais lesquelles ? Quels programmes appliquer, en sachant que les sources du mal-être peuvent être multiples ? Climat anxiogène, harcèlement, maladie propre à l’élève, violences familiales ou encore orientation sexuelle. Tant d’éléments qui complexifient la tâche de l’école, alors que celle-ci représente un cadre privilégié pour le développement de l’enfant, en façonnant son apprentissage intellectuel, sa socialisation et son ouverture d’esprit. « L’approche du climat scolaire montre bien qu’il y a une corrélation entre le bien-être à l’école et les résultats scolaires. Si le jeune se sent bien, l’élève se sent bien également », précise la sociologue et chercheuse associée à l’université de Bordeaux. Une source d’épanouissement qui peut être encore plus notable pour un enfant qui ne bénéficie pas d’un cadre familial stable.

Le changement se fera collectivement

L’action en faveur de la santé mentale doit s’accroître et cela passe par des changements significatifs, non seulement du côté de l’école mais aussi du côté de l’état d’esprit. « Il faut changer l’image de l’école et en faire un réel lieu de vie. Actuellement, c’est perçu comme d’aller au bagne ! », martèle la spécialiste. Tout comme la pression ressentie par les élèves quant aux résultats scolaires attendus, la peur de l’échec scolaire et ce notamment en France. « Les évaluations, dès la maternelle, créent du stress chez les enfants et c’est la même chose pour Parcoursup », ajoute-t-elle. En outre, les classes surchargées qui rendent difficile l’accompagnement personnel des élèves, les programmes denses mais aussi le manque de connaissances et de compétences sur les sujets liés à la santé mentale sont également à prendre en compte. Mais pour faire bouger les lignes, il faut avoir la volonté de le faire. C’est un travail collectif, une approche plus globale qui inclut tous les acteurs de l’école. « Si on veut réellement régler la question de la santé mentale, il faut former toutes les équipes éducatives et augmenter le nombre de personnels dédiés à la santé mentale. La prévention est avant tout humaine, pas situationnelle ! », argumente Johanna Dagorn. En somme, trois piliers indiscutables : la formation, la sensibilisation et l’information.

On en parle !

La parole se libère. De plus en plus de jeunes expriment leur mal-être, en se confiant à leurs proches, aux personnels médicaux, aux personnels éducatifs ou en se livrant sur les réseaux sociaux. Les témoignages se succèdent mais combien d’entre eux restent encore silencieux ? « La priorité maintenant c’est de laisser parler les jeunes, qu’on entende leur voix parce qu’on ne sait pas ce qu’ils vivent. Il faut pouvoir libérer davantage la parole et crever l’abcès. On avance en parlant », souligne Virginie Landemaine. L’école est sensiblement l’endroit où l’enfant passe le plus de temps. Il se fait des amis avec lesquels il sera peut-être plus à l’aise de se livrer sur ses ressentis, ses peurs, ses doutes. Tout comme le personnel de l’école qui peut devenir une oreille attentive pour celui qui a peur d’en discuter avec ses parents. Et c’est le cas de beaucoup d’étudiants en situation de mal-être. Briser le silence devient alors une priorité dans une école encline aux changements mais qui reste encore bien loin de ses objectifs sur la santé mentale.

CLARA SEILER

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