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Les constats sont posés : l’augmentation de l’obésité et de la sédentarité chez les jeunes n’est plus à démontrer. Face à cela, l’école joue un rôle essentiel. L’éducation physique et sportive (EPS) en tête.

 

Jeudi 3 avril 2025, la ministre de l’Éducation nationale, Élisabeth Borne, a annoncé qu’un test sportif pour les élèves qui entrent en 6e sera « généralisé à l’ensemble des collèges », à partir de septembre. Ces tests sont facultatifs, leur mise en place sera laissée à l’appréciation de chaque établissement. À noter : depuis 2020, les écoles volontaires pouvaient instaurer une activité physique quotidienne (APQ) de 30 minutes par jour en primaire. Depuis 2022, l’APQ est généralisée à l’ensemble des élèves de la maternelle au CM2. Pour quels résultats ? Comment l’école peut contribuer à revaloriser la place du sport chez les jeunes ?

L’EPS : Une discipline fondamentale

Entre les matières « classiques », l’EPS fait figure de discipline à part. « C’est la seule matière où les élèves ne sont pas assis », précise Guillaume Dietsch, enseignant en Staps et agrégé d’EPS à l’université Paris-Est Créteil. « L’EPS est aussi le seul moment où les élèves se retrouvent de façon différente », ajoute Coralie Benech, professeure d’EPS dans l’académie de Paris et secrétaire générale du syndicat des enseignants d’EPS (SNEP-FSU). L’activité sportive à l’école est un moyen pour les élèves de s’exprimer autrement, en développant l’esprit d’équipe et la confiance en soi. Si les études montrent que l’obésité est en augmentation chez les jeunes, ils sont nombreux à se montrer enthousiastes à l’idée d’exercer une activité physique et sportive. Une enquête menée par le SNEP-FSU en 2022 auprès de milliers d’élèves révèle que 90 % d’entre eux apprécient l’EPS. Une bonne nouvelle lorsqu’on sait que le sport contribue à renforcer l’activité cérébrale. C’est ce que révélait une étude publiée en 2024 dans la revue Medicine & Science in Sports & Exercise : « les enfants qui pratiquaient régulièrement un sport étaient plus susceptibles d’obtenir de meilleures notes et moins sujets à abandonner l’école (…) par rapport à ceux qui ne faisaient que peu ou pas de sport ». Les bienfaits du sport sur la santé physique et les capacités cognitives des élèves ne sont plus à démontrer. Paradoxalement, sur le terrain, l’EPS se heurte à plusieurs obstacles.

…Pourtant dévalorisée

« Faire du sport serait bon pour la santé ? Sans doute, mais à condition d’avoir des heures d’EPS tout au long de sa scolarité. Dès le primaire, le constat est triste : les heures hebdomadaires de sport se réduisent comme peau de chagrin par rapport aux matières dites ‘sérieuses’ », indiquait Christophe Lalouette, professeur, dans les colonnes de Ouest-France, en avril 2025. Difficile de lui donner tort. En primaire, les élèves ont trois heures de sport par semaine, qui passent à quatre en 6e, à trois de la 5e à la 3e et à deux au lycée. En réalité, une partie de ces heures réglementaires est absorbée par les temps de trajets, l’installation du matériel et le passage aux vestiaires. « Sur les trois heures prévues dans l’emploi du temps, la moyenne c’est plutôt 1 h 50 », dévoile Guillaume Dietsch. Depuis des années, le SNEP-FSU tire la sonnette d’alarme et revendique quatre heures de sport de la 6e à la Terminale. « Pas au détriment des autres disciplines », insiste Coralie Benech. Loin de l’adage « un esprit sain dans un corps sain », les enseignants observent une dévalorisation de leur discipline qui se traduit par une opposition entre le corps et l’esprit. À l’école, l’EPS est perçue comme « un défouloir pour les élèves », une matière « pas noble ». « Ce n’est pas valorisé d’avoir 18/20 en EPS. Pourtant, la question de la réussite en sport est importante, en particulier pour les élèves issus des milieux défavorisés ».

Le sport à l’école, levier de réduction des inégalités

Si l’EPS contribue au bien-être physique, elle joue aussi un rôle clé dans la promotion de l’égalité des chances. Malgré les stéréotypes selon lesquels le sport contribue à asseoir la domination masculine, l’école a connu des évolutions significatives. Tout d’abord, dans la diversité des modules proposés. Ces dernières années, de nouveaux sports sont proposés au collège et au lycée, comme la danse, la musculation, le step, le yoga ou le cross-fit. Un moyen de réduire les inégalités entre les garçons et les filles, mais aussi de s’ouvrir à une autre forme de culture sportive, avec des pratiques axées sur le bienêtre. « Comme l’école, la discipline évolue avec la société. Aujourd’hui, il y a des réflexions sur la question climatique. Nous réfléchissons à la manière de sensibiliser les élèves par le corps », affirme Guillaume Dietsch. La diversité des activités se heurte cependant à un obstacle : le fait de disposer ou non des équipements nécessaires à la pratique. L’EPS est dépendante de cette perspective structurelle. « Notre métier contribue aussi à donner à tout le monde l’accès à la culture du sport. Notre mission ne s’arrête pas à la santé. En-dehors de l’école, tous les élèves ne pratiquent pas une activité physique, par manque de moyens. L’accès à la culture sportive pour tous fait aussi partie de la réduction des inégalités », développe Coralie Benech. Pour le SNEP-FSU, le sport est une source d’émancipation.

Tests d’aptitude physique : « Un effet de communication »

Pour les enseignants, la mise en place de tests d’aptitude physique n’est rien d’autre que de la poudre de perlimpinpin… « C’est de la communication », fustige Guillaume Dietsch, appuyé par sa collègue : « ils arrivent comme un cheveu sur la soupe. » Les enseignants ajoutent qu’en réalité, ces tests ont été mis en place depuis deux ans déjà à l’école, mais que « ça ne fonctionne pas. Nous avons des chiffres sans savoir quoi en faire ». Comment accompagner les enfants ? Si le gouvernement peine à répondre à la question, les enseignants ont quelques suggestions… Selon eux, il faut abroger l’APQ (activité physique quotidienne), obligatoire en primaire, venue empiéter sur le temps d’EPS dans les programmes. Autre enjeu central : garantir les heures effectives d’EPS au collège et lycée, mais aussi « mieux former les professeurs des écoles et leur donner les moyens de leur ambition », insiste Guillaume Dietsch. Au lycée, le sport est considéré comme une option. C’est une discipline peu valorisée dans les études supérieures, mais aussi dans le monde du travail. « Dans le CV, le sport est associé à un loisir. Il n’est pas valorisé pour ses compétences psychosociales comme la confiance en soi, l’esprit d’équipe… Cette hiérarchie persiste dans le monde professionnel », pointe l’enseignant. Les mentalités doivent évoluer pour que le sport occupe une plus grande place en France, de l’école à la vie professionnelle.

LISA BEGOUIN

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