Conseiller secret, l’intelligence artificielle

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Un chercheur et ses collègues confirment que les gouvernements fondent leurs décisions sur l’analyse des données.

Le Parisien a publié le 1er mai une interview documentée titrée Déconfinement : l’intelligence artificielle va orienter la stratégie du gouvernement. Vraiment ? En voici la synthèse, à partir des réponses de Theodoros Evgeniou, professeur de Technology management à lInsead.

L’intelligence artificielle prédictive n’a pas « prévu » la pandémie. Or les modèles mathématiques des épidémiologistes servent à ça, anticiper l’émergence de maladies planétaires. Le Sars-CoV-2 est passé à travers. Mais les experts ont les moyens d’impliquer l’IA dans la pandémie. Elle a d’abord séquencé l’ADN du virus. Les scanners pilotés par l’IA ont diagnostiqué la maladie. Et les Coréens du Sud comme les Taïwanais, souligne Theodoros Evgeniou, ont assuré le traçage numérique ou les tests de dépistage rapide à partir d’algorithmes issus de cette recherche. Des ingénieurs suisses ont même, par le machine learning, appris à un ordinateur à détecter le coronavirus par le simple son émis par le malade qui tousse !

Un déconfinement graduel faute de tests systématiques ?
Mais les données qui nourrissent ces modèles deviennent des informations exploitables par les décideurs politiques : quels individus sont-ils les plus sûrement infectés ? Quel médicament pourrait se révéler le plus efficace ? Quel type de population se montre-t-il le plus fragile – le séquençage de l’ADN des malades va le montrer ?
De là à penser que l’IA, par l’analyse des données d’une population, va jouer son rôle dans la construction d’une immunité collective, option politique…

Dès lors que 99 % de la population seront asymptomatiques ou légèrement touchés, 1 % seraient à isoler. Des données utiles pour un gouvernement qui déciderait de l’isolement forcé de cette tranche de malades. Idem pour le déconfinement : les décisions se fonderont sur des données d’intelligence artificielle. Evgeniou, Hardoon et Ovchinnikov, signataires d’un article dans la Harvard Business Review, montrent que « les gouvernements font des paris avec deux options sur la table, basées sur des modèles mathématiques de prédiction dont il est impossible de présager à cet instant l’efficacité ».

Option optimiste quand les nouveaux cas baissent et où des tests en temps réel mesurent le taux d’infection : on privilégiera une technologie d’analyse des mouvements de population, des tests, en continu. Le taux d’infection remonte vite ? La décision d’un nouveau confinement se profile.

Option moins favorable, la recherche d’une immunité collective. Les autorités décideront dans ce cas d’un assouplissement graduel des contraintes, en fonction des risques pour la population. « Plus cette évaluation du risque sera précise, plus prudent et efficace sera le déconfinement », affirme Theodoros Evgeniou. Les décideurs ne montrent-ils pas que le scénario le plus probable suit l’option la moins favorable ?

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