Temps de lecture estimé : 4 minutes

Fatigue, charge mentale, éducation, financement…Les responsabilités des mamans solos sont nombreuses. Une mission d’équilibriste pour ces femmes qui doivent ainsi jongler entre vie professionnelle et vie personnelle.

« Mamans solos : les oubliées de la République », voilà le titre du documentaire de Réjane Varrod. Une immersion auprès de mères célibataires qui élèvent seules leurs enfants et qui ont la charge de la vie quotidienne. Avec tous les défis qui l’entourent.

En France, une famille sur quatre est monoparentale, et 82 % de ces parents isolés sont des mères, soit 1,5 million de femmes élevant seules leur(s) enfant(s), selon l’Insee.

Ce modèle monoparental, qu’il soit voulu ou subi, s’inscrit dans un contexte de mutation du modèle familial dit traditionnel. Un processus historique assez long mais qui est entré en phase dans les années 60 et notamment en Mai 68. « L’arrivée de la génération des baby-boomers qui accède aux études supérieures, à une époque où de nombreux écrits apparaissent, c’est le moment clé de ce basculement », explique Gérard Neyrand, sociologue et professeur émérite à l’université de Toulouse.

De nouveaux modèles de relation s’ouvrent alors. Avec pour conséquences la hausse des séparations et des divorces. S’ensuivent ensuite la promulgation du travail féminin et la présence plus régulière de l’homme dans l’éducation de l’enfant. Progressivement le couple n’est plus considéré comme quelque chose de sacré. La monoparentalité s’installe et devient de plus en plus courante. Alors la relation parent/enfant prend le dessus, pour devenir une priorité.

De nombreuses responsabilités

Éduquer son enfant seul relève d’un défi au quotidien et notamment pour les femmes qui sont majoritairement plus concernées. À la question des responsabilités des mères isolées, Sarah Lebailly, mère, militante pour le droit des femmes et membre du groupe Mères Déters, répond : « Il y en a trop ! »

Entre les devoirs, l’éducation, les activités, la gestion des repas et les tâches ménagères…
Le quotidien des mamans impose un rythme incessant. Sans oublier l’aspect financier qui constitue une source de stress quotidien.

D’autant plus pour les femmes en situation de précarité : elles seraient un tiers à être en dessous du seuil de pauvreté. Des mères qui doivent également assumer la fatigue et le poids de la charge mentale.

« On a l’impression de courir après le temps, il n’y a pas une minute qui doit nous échapper », confie Sarah Lebailly. Elle poursuit en évoquant le terme de « surcharge mentale » pour définir le fait qu’on en demande toujours plus. Alors comment faire pour sortir de cette spirale infernale ? « On fait parce qu’on n’a pas le choix ! Même dos au mur, ce qui reste viscéral, c’est de protéger nos enfants ! », s’exclame-t-elle.

Un système peu adapté ?

Pour les deux experts du sujet, le système du travail reste mal adapté pour les mamans solos. Mais cela dépend de l’entreprise et du travail qu’elles exercent. « On observe des conjonctures différentes selon les caractéristiques socio-économiques, les femmes cadres par exemple ont l’avantage, dans certaines entreprises, d’avoir des structures de gardes d’enfants », note le professeur émérite.

Le premier obstacle : les horaires. Certains métiers permettent le temps partiel ou un emploi du temps flexible, mais ce n’est pas le cas de tous. « Le monde de l’entreprise doit évoluer et la société aussi. C’est pour cela que je milite pour la création du statut de parent isolé », explique Sarah Lebailly. Autre question : celle de l’accompagnement. Les structures proposées sont-elles suffisantes ?

Il existe des aides financières de l’État mais aussi des associations telles que Mères Déters,
des lieux d’accueil parents/enfants comme le Secours Catholique ou encore des groupes de paroles. « Nous avions réalisé avec une collègue tout un travail qui montrait l’importance de l’écoute des femmes isolées par des professionnels. On constate que ça leur permet de prendre du recul sur leur situation et de sortir d’une précarité psychique et relationnelle », indique Gérard Neyrand.

Garder le contrôle de sa vie de femme

Devenir mère n’est pas synonyme de l’arrêt total de sa vie de femme. Et pourtant « c’est l’une des grandes caractéristiques de la monoparentalité précaire : la femme sacrifie sa vie personnelle pour ses enfants », détaille le sociologue. Dans bon nombre de cas, elles abandonnent toute vie amoureuse, amicale et restreignent leurs loisirs. Elles vont attendre quelques années que l’enfant grandisse pour s’occuper d’elles.

Mais attention : ce n’est pas le cas de toutes les mères ! « Tout est une question de priorité. Moi je sais que j’ai besoin de faire du sport, donc je m’adapte », confie la militante de Mères Déters.

Conserver ses activités « extra-familiales » dépend aussi du mode de garde, de la famille, des amis qui peuvent épauler. Sinon, il existe des associations comme Môm’artre qui propose un accueil des enfants et divers ateliers avec un tarif adapté en fonction des revenus.

Mère célibataire par choix

L’ouverture à la PMA pour toutes en 2021 redistribue les cartes en matière de parentalité. « Le modèle c’est toujours d’avoir des enfants à deux, mais l’évolution des représentations sociales, l’affirmation du féminisme et la fragilisation du couple font qu’il y a de plus en plus de personnes qui envisagent de faire des enfants seuls », affirme Gérard Neyrand.

C’est le cas de la journaliste Johanna Luyssen qui raconte dans son ouvrage Si je veux : Mère célibataire par choix (Grasset), son parcours pour imposer sa volonté de devenir mère.

Elle met l’accent sur la dévalorisation des célibataires dans la société et l’accomplissement absolu de finir sa vie à deux. Pour de nombreuses femmes et mères, il s’agit de dépasser ces diktats et ces pressions qui pèsent sur leurs épaules. La maternité choisie est une forme de liberté qui se développe doucement, encore retenue par un schéma patriarcal que promeut le couple.

« Je ne permettrais jamais de donner des conseils. Mais je peux simplement dire aux femmes : soyez libres, ce sont vos choix ! », conclut Sarah Lebailly.

CLARA SEILER

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

J’accepte les conditions et la politique de confidentialité

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.