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Aujourd’hui, le verbe « adopter » est entré dans le langage courant. On adopte une loi, on adopte une attitude… et on adopte un enfant ! L’adoption ne doit plus être taboue. Ne sont-ce pas les liens du cœur qui font la famille et non les liens du sang ?

Selon le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, 103 enfants ont été adoptés à l’étranger par des ressortissants français ou étrangers résidant en France en 2024, contre 176 en 2023. En France, l’adoption est ouverte aux couples hétérosexuels et homosexuels mariés, pacsés ou vivant en concubinage. Pour cela, il faut apporter la preuve que le couple vit sous le même toit depuis au moins une année, ou bien que les conjoints soient âgés d’au moins 26 ans. Depuis la loi du 21 février 2022, l’adoption est également ouverte à toute personne célibataire âgée de plus de 26 ans. Quelles sont les démarches à entamer ? Les principales difficultés ? Comment bien accueillir son enfant ? Parenthèse vous répond.

Le parcours du combattant

Lorsque l’on souhaite adopter un enfant, il faut avoir en tête que la procédure peut prendre trois ans en moyenne, entre l’octroi de l’agrément d’adoption et le placement de l’enfant dans le foyer. Par quoi commencer ? Tout d’abord, il faut écrire à son conseiller départemental pour émettre une demande d’agrément. Il s’agit d’un courrier rédigé par le ou les personnes qui souhaitent adopter, détaillant leurs motivations pour entamer la procédure. « Les parents qui ont des enfants naturellement ne demandent l’autorisation à personne. Nous, on doit demander l’autorisation du département pour savoir si on peut avoir des enfants ! », ironise Thierry Garot, papa adoptif de quatre enfants, et auteur du livre Adoptez-vous.

Un délai de neuf mois s’écoule durant lequel les parents sont testés sur leur capacité à éduquer des enfants, rencontrent des psychologues et des assistantes sociales et des visites à l’improviste sont effectuées au domicile. « Tout est étudié à la loupe. Voir une assistante sociale débarquer chez vous et vous dire “je ne comprends pas pourquoi votre terrain n’est pas clôturé” alors qu’elle a 22 ans et pas d’enfant, c’est surprenant. Nous le vivons bien, car nous savons que c’est la procédure qui nous mènera à notre enfant. »

Après neuf mois, les futurs parents passent en commission où ils reçoivent une notice explicative de jugement. C’est ce document qui leur indique s’ils sont agréés pour adopter un ou deux enfants. Les parents peuvent aussi préciser dans cette notice certains critères de préférences comme l’âge, le sexe de l’enfant ou le pays d’origine.

D’après les derniers chiffres disponibles sur le sujet, en 2021, l’Observatoire national de la protection de l’enfance (ONPE) a reçu 4 191 nouvelles demandes d’agrément, accordé 2 445 agréments et 359 refus. Une fois l’agrément obtenu, les futurs parents se tournent vers un organisme autorisé pour l’adoption (OAA). Certains OAA ont des spécificités : religion, durée du mariage, pays d’origine de l’enfant… C’est aux futurs parents de se renseigner pour se tourner vers l’organisme qui leur correspond le plus.

« En France, plusieurs rencontres sont organisées entre les parents et l’enfant avant qu’il ne reparte avec eux. À l’étranger, cela dépend complètement des pays. Selon certaines juridictions, les parents sont obligés de rester sur place pendant un mois ou deux, le temps d’effectuer les démarches administratives nécessaires. Dans d’autres pays, les parents se rendent devant le juge et on leur confie l’enfant du jour au lendemain », éclaire le Docteur Fanny Cohen-Herlem, pédopsychiatre et membre de la structure spécialisée en accompagnement des parents adoptifs, Alpa Le Fil d’or.

« La Colombie exerce un droit bien plus rigide qu’en France en matière de déchéance de parentalité. Sauf que les autorités colombiennes réalisent un vrai suivi psychologique des enfants pour mieux les préparer à l’adoption, y compris lorsque nos enfants étaient en France », confiait il y a quelques années pour Parenthèse, Henri, père adoptif de deux enfants originaires de Colombie.

S’apprivoiser mutuellement

Selon les pays, à partir d’un certain âge, l’enfant consent ou non à son adoption. En France, c’est à partir de 13 ans. Les autorités lui posent alors la question « est-ce que tu veux partir avec ton papa et ta maman ? ». « Soit les minutes les plus longues de notre vie », se souvient Thierry Garot.

Première difficulté lorsque l’on adopte un enfant à l’international : la barrière de la langue. Deuxième difficulté : établir un contact physique et émotionnel avec l’enfant peut prendre du temps. « Les enfants adoptés ressentent une méfiance vis-à-vis de l’adulte. Il faut les rassurer, les sécuriser. Ça prend du temps, c’est comme une danse de salon, on s’adapte au pas de son cavalier », analyse le Docteur Fanny Cohen-Herlem.

Ce vécu n’est évidemment pas partagé par tous les parents adoptants, puisque chaque enfant réagit différemment. « Liam n’a pas manifesté de problème d’attachement. Nous avons eu beaucoup de chance, cela s’est réalisé tout à fait naturellement », témoigne Julia, mère adoptive de Liam, né en Chine.

Et l’enfant ?

Lors de l’arrivée de l’enfant dans le foyer, les professionnels conseillent aux parents de faire réaliser un bilan de son état de santé avec un médecin traitant ou dans une structure spécialisée. Sur le plan psychique, le Docteur Cohen-Herlem met en garde les futurs parents : il faut dire la vérité à son enfant pour ne pas faire de son adoption un tabou. « On lui explique son abandon en lui disant que la personne qui l’a porté dans son ventre n’a pas pu s’occuper de lui. Il faut en parler en des termes positifs pour ne pas déconsidérer la mère de naissance. »

Le passage à l’adolescence peut aussi raviver des traumatismes. « L’adolescence est difficile pour tout le monde, mais pour un enfant adopté, la prise d’autonomie peut le renvoyer à son abandon. »

Comment les parents doivent réagir lorsque leur enfant souhaite remonter la trace de ses origines ? « Rechercher ses origines est un cheminement tout à fait normal. J’anime des groupes de jeunes majeurs adoptés en recherche de leurs origines et j’observe une chose récurrente : ils ont seulement besoin que leurs parents adoptifs soient d’accord sans être intrusifs », prévient la psychiatre.

Quels conseils pour les parents qui souhaitent adopter ? D’après Thierry Garot, « il ne faut pas se dire que ça va être un parcours facile, accepter les obstacles, le regard des autres et être en capacité de prendre du temps pour soi ». Le docteur Cohen-Herlem ajoute qu’il ne faut pas hésiter à demander de l’aide à des associations ou structures d’accompagnement qui permettent d’échanger avec d’autres parents et des professionnels de l’adoption.

LISA BÉGOUIN

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