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Les Français font de moins en moins de bébés. En 2024, 663 000 bébés sont nés en France, soit 2,2 % de moins qu’en 2023 et 21,5 % de moins qu’en 2010, année du dernier pic des naissances. Motifs économiques, causes sociologiques, écoanxiété… les raisons sont nombreuses pour expliquer ce choix (subi ?) des jeunes générations à ne plus vouloir donner la vie.
« J’ai toujours privilégié ma carrière et ma vie personnelle par rapport à mon conjoint. J’ai souhaité être totalement indépendante. Je voyais tous mes copains qui avaient des enfants à partir de 25 ans et je me sentais un peu à part », racontait en 2024 Sylvie, cheffe d’entreprise, pour nos confrères de TF1.
Ce type de témoignage, il en existe pléthore en 2025. D’abord parce qu’à l’arrivée d’un enfant, ce sont, hélas, le plus souvent les mères qui voient leur vie professionnelle la plus chamboulée et leur travail domestique augmenter. « La femme va ajouter cinq heures de travail domestique là où un homme n’en ajoute qu’une à ce qu’il faisait déjà », explique Lucile Quillet, autrice de l’essai Le prix à payer, ce que le couple hétéro coûte aux femmes, paru aux éditions Les Liens qui libèrent.
Ce poids de la maternité sur la vie professionnelle (et notamment la carrière) et la vie sociale pousse certaines femmes à renoncer à devenir un jour mères.
Des enfants de plus en plus tard
Bien entendu, l’inflation de ces dernières années et les difficultés économiques de certains ménages à boucler les fins de mois dissuadent nombre de jeunes de devenir parents. Ce sont le plus souvent les classes moyennes qui y renoncent. « On observe que les femmes qui gagnent le revenu médian ont moins d’enfants que celles qui ont un revenu élevé et celles qui ont un revenu faible », constate la démographe Anne Solaz.
Ce qui est assez simple à comprendre :
- Les femmes les plus riches ont les moyens de faire garder leur enfant si elles le souhaitent.
- Les plus pauvres les gardent elles-mêmes, car dépourvues le plus souvent de responsabilités professionnelles.
- Entre les deux, les femmes des classes moyennes ne peuvent pas garder leur enfant et peinent à pouvoir s’attacher les services d’un établissement comme les crèches pour le faire.
Les couples ont aussi moins d’enfants car, mécaniquement, ils ont déjà leur premier petit de plus en plus tard. Si en 1977, l’âge moyen de la mère au moment de son accouchement s’élevait à 26 ans, il avait gagné deux ans en 2000 pour atteindre 28 printemps. Et c’est aujourd’hui 31 ans, selon l’Insee.
Dans le même sens, dans les années 1980, 2 % des accouchements concernaient des femmes de plus de 40 ans contre 5 % de nos jours. Or plus vous avez votre premier enfant tard, moins vous en aurez…
Et demain ?
Les Français ne sont évidemment pas les seuls concernés. La Suède, par exemple, a vu son nombre d’enfants par femme passer de 1,67 en 2021 à 1,52 en 2022. Les taux de fécondité sont aussi bas en Corée du Sud, au Japon, en Allemagne, etc. Le monde fait moins d’enfants et la France n’y échappe pas.
Est-ce irrémédiable ? Bien sûr, l’éco-anxiété et le contexte géopolitique influencent aussi cette crainte de mettre un enfant au monde. Faut-il s’alarmer ? « À ce niveau-là, il n’y a rien d’inquiétant pour l’avenir. Nous avons déjà connu cette situation dans les années 1990 […] Il est important de comprendre pourquoi les personnes renoncent à avoir des enfants. Est-ce que c’est parce qu’elles manquent de moyens, parce qu’elles ne reçoivent pas assez de prestations sociales ou d’aide de l’État ? Le cas échéant, il faut mettre en place une action publique qui permette d’avoir des enfants », conclut Anne Solaz pour Public Sénat.
GEOFFREY WETZEL


































