15 ans. En France, c’est l’âge moyen du premier joint. Dans une classe de troisième, près d’un jeune sur trois a déjà expérimenté une substance illicite… Si vous ne prenez pas conscience du  danger, votre enfant ne quittera sans doute pas le collège sans y avoir touché… État des lieux.

Le cannabis est la substance illicite dont l’expérimentation est la plus précoce. Près de 13 %  des expérimentateurs déclarent avoir fumé leur premier joint entre  onze et treize ans. Ils sont     58,4 % à  15 ans… et 90,3 % à 16 ans. Et ne pensez  pas que ceux qui en font l’expérience si jeunes en restent au stade de la découverte… La précocité dans l’usage de cannabis est directement liée à l’installation dans une consommation importante.  Ainsi, parmi les garçons de 17 ans l’ayant expérimenté au plus tard à douze ans, près de la moitié sont devenus des consommateurs quotidiens. C’est 27 fois plus que parmi ceux ayant commencé à 16 ou 17 ans ! Côté fille, la  proportion est un peu plus faible. Si de tels chiffres ne permettent d’épargner  aucun établissement scolaire, sachez  que certains facteurs favorisent le passage à l’expérimentation…

Les facteurs favorisant un passage à l’acte

Les enfants de cadres en quête d’expérimentations

Le milieu social et familial n’est que très peu associé à l’expérimentation ou à la fréquence d’usage du cannabis.  Néanmoins, certains le sont plus  que d’autres… et pas forcément ceux que l’on croit ! Plus la catégorie socioprofessionnelle  des parents est élevée, plus l’expérimentation est fréquente.  Plus de 40 % des jeunes dont  le chef de famille est cadre ou exerce une   profession intellectuelle supérieure a consommé au cours de la vie du cannabis, contre 20 % des enfants d’ouvriers. Si la découverte de l’interdit  tente particulièrement les populations aisées, sachez que la mise en place d’une consommation régulière est la même dans tous les milieux…

 

Des consommateurs fréquents dans tous les milieux

Les usagers plus fréquents, voire réguliers sont présents de manière homogène dans tous les segments de la population. Exit, donc, l’idée reçue selon  laquelle la consommation de drogue   serait l’apanage des milieux populaires ou défavorisés.  Les régions inégales face à la drogue  S’il n’existe pas de milieu spécifiquement  exposé, des différences significatives entre les zones géographiques ressortent. L’ouest de la France, en particulier la Bretagne, est la région  où les adolescents consomment le plus de cannabis au cours de l’année…  mais ils ne sont pas les seuls ! Les  habitants du sud en font également une forte consommation. Enfin, les régions  Poitou-Charentes, Languedoc-Roussillon, Aquitaine, région PACA et  Franche-Comté consomment le cannabis dans un proportion supérieure à la moyenne nationale tandis qu’elle est  inférieure dans le Nord Pas-de-Calais, l’Ile-de-France et l’Alsace. Les jeunes   d’Outre-mer sont nettement moins  consommateurs que leurs camarades  métropolitains. La région Ile-de-France, elle, présente de grandes disparités.  Ainsi, les jeunes des départements
situés à l’ouest de Paris consomment davantage que ceux venant du nord ou de l’est. Enfin, les initiations sont moins fréquentes en milieu rural : difficultés pour s’en procurer et moindres influences incitant à la consommation obligent.

 

 

Pas de différence public – privé

La précocité de l’expérimentation est également liée à la nature de l’entourage amical : à l’adolescence, les jeunes sortent de la sphère d’influence  de leurs parents pour entrer dans une autre, la sphère des amis. Les copains ont un rôle primordial dans l’initiation et l’usage de cannabis. En effet, ce sont généralement leurs camarades déjà consommateurs qui les incitent à    essayer et les poussent à remettre en cause la perception dépréciative martelée par les parents depuis l’enfance. Inutile d’inscrire votre enfant dans un établissement a priori protégé, le cannabis est présent dans toutes les cours d’école. Public, privé, même combat !

 

La cohésion familiale, un rempart efficace

La cohésion familiale est très importante  dans la prévention de l’initiation au cannabis. 40,1% des enfants de parents séparés testent le cannabis contre 25,1% seulement pour les autres. Le fait de vivre au sein d’un foyer parental où les parents sont unis est fondamental. Attention toutefois, car une affection maternelle insuffisante, une trop grande permissivité des parents ou encore la consommation  de cannabis dans la fratrie sont  autant de facteurs prédisposant le passage à l’acte.

 

Caractère et sexe de l’enfant

Existe-t-il un profil type du fumeur ? Difficile d’apporter une réponse catégorique. En revanche, certains facteurs les prédisposent à une consommation précoce. Ainsi, les enfants ayant une faible estime d’eux-mêmes ou ayant une activité sexuelle précoce, ceux formulant un mépris de la réussite scolaire ou de mauvaises fréquentations, sont prédisposés à  l’expérimentation. La résistance au contrôle parental, le manque de sociabilité et la difficulté à gérer ses émotions sont autant de critères favorisant la première prise.

 

Halte aux sorties nocturnes !

Il est en outre prouvé que les jeunes ayant une vie sociale active fument plus que les autres. Un rythme modéré de sorties nocturnes multiplie par trois les risques d’usage, un rythme soutenu par six !

 

L’engrenage

Du 1er joint… au 2nd

Plus l’âge d’initiation est précoce, plus grande est la propension à devenir un consommateur régulier dès l’âge de quinze ans. 91 % des jeunes de dix-sept ans qui ont fumé leur premier joint avant douze ans deviennent des fumeurs réguliers de cannabis, et seuls 3 % d’entre eux parviennent à en abandonner la consommation. On estime en outre que 62 % des adultes de plus de vingt-cinq ans qui ont été initiés au cannabis avant l’âge de quinze ans consommeront de la cocaïne au cours de leur vie, 9 % de l’héroïne et 54 % des  médicaments psychotropes…  La précocité de l’usage est donc un facteur prédisposant à la consommation future de drogues dites « dures ». Une prédisposition aux  dépendances Les adolescents sont d’autant plus  exposés aux risques d’addiction que leur cerveau est en pleine transformation  et en phase de maturation. Il est donc particulièrement fragile et vulnérable. Les jeunes prenant l’habitude de fumer du cannabis ont besoin de quantités de plus en plus fortes pour obtenir l’effet recherché. En cas de diminution de la consommation, un syndrome de sevrage de faible intensité peut être observé : nervosité, anxiété, signes de tension intérieure, insomnie, perte d’appétit… Les conséquences d’une consommation régulière peuvent alors être dramatiques : affection des voies respiratoires, baisse de la fécondité chez l’homme, pertes de mémoire, dépression.

 

Dépendance psychologique

Dépendance physique et dépendance psychologique sont intimement liées et l’une ne va pas sans l’autre. La dépendance n’est pas l’apanage des drogues dures ! La dépendance psychologique est extrêmement importante et quasi systématique en cas de consommation régulière et précoce. Elle peut s’installer très vite. Chaque organisme est différent et certains peuvent se révéler plus sensibles au THC, la substance  psychoactive à l’oeuvre dans le cannabis. Votre enfant ne sera pas nécessairement accro dès la première prise mais s’il trouve l’expérience agréable, il la renouvellera et c’est ainsi, insidieusement,  que la dépendance s’installera. Le jeune dépendant ne parvient plus à se détendre et à s’amuser s’il n’est pas sous l’emprise du cannabis. Il a besoin du produit pour se sentir mieux, pour travailler, gérer les conflits, rencontrer d’autres personnes… Le cannabis devient un moyen de fuite et de compensation. Parmi les soins en centre spécialisé, 27 à 29% des patients sont là pour un problème de dépendance au cannabis. Un réseau offrant des consultations anonymes et gratuites, mis en place en février 2005, révèle par ailleurs que l’âge moyen des consultants est de vingt-et-un ans et que parmi eux, un tiers est considéré comme dépendant.

Délinquance

Parmi les consommateurs réguliers de cannabis, 9% des filles et 18% des garçons en ont un usage préoccupant.  Ainsi, une étude menée en 2006 révèle-t-elle que pour 74% des personnes pharmacodépendantes interrogées, le cannabis est le produit le plus largement consommé, et pour 18% d’entre elles, il est le premier produit ayant entraîné la dépendance. Une entrée précoce dans la consommation se trouve en outre liée à des problèmes psychiatriques ou sociaux tels que le chômage, l’échec scolaire ou la délinquance. Entre quinze et dix-huit ans, les fumeurs ont trois fois plus de risques d’abandonner leurs études.

 

Une prise de conscience récente

Les pouvoirs publics aux abois

Si le cannabis est classé parmi les stupéfiants depuis longtemps et que son usage est interdit depuis la loi du 31 décembre 1970, les pouvoirs publics n’ont pleinement réalisé que  récemment que la lutte contre le cannabis était un véritable enjeu sociétal. Il était temps ! La  loi a été durcie  en 2003 : toute personne ayant conduit sous l’influence de stupéfiants (cannabis ou autre drogue) est désormais passible de deux ans d’emprisonnement et 4500 euros d’amende, la somme étant majorée en cas de consommation simultanée d’alcool car conduire sous l’emprise du cannabis multiplie par 1,8 le risque d’accident mortel de la route et ce risque est multiplié par 15 en cas de consommation conjointe d’alcool.

Les autorités ont pris toute la mesure du problème, les consommateurs de cannabis ne représentant pas seulement un danger pour eux-mêmes mais aussi pour les autres ! On estime en effet que, chaque année, 230 décès par accidents de la route sur 6000 sont dus à la consommation de cannabis. Les pouvoirs publics ont également pris conscience que des actions devaient être menées en matière de prévention, de soins et de recherches. Un plan gouvernemental de lutte contre les drogues et la toxicomanie 2008-2011 a ainsi été mis en place pour faire reculer les consommations de drogue et d’alcool.

 

L’opinion publique

La population globale semble également avoir pris conscience de la dangerosité du cannabis, peut-être grâce aux actions et campagnes de prévention menées dans les médias et à l’école. La proportion des 15-75 ans considérant la substance comme dangereuse dès la première prise est passée de 52 à 60%  entre 1999 et 2008. En outre, 74% sont convaincus du risque d’escalade après une première consommation. Autre point rassurant : 85% des Français sont contre la dépénalisation et 73% contre la mise à disposition de locaux spécifiques pour les utilisateurs. Si tout le monde est aujourd’hui conscient des dangers du cannabis, reste à comprendre pourquoi la plante continue d’attirer les plus jeunes …

 

La consommation de cannabis chez les jeunes Européens (15- 16 ans) :

La consommation des Français est l’une des plus élevée d’Europe ! 5e place pour le nombre  d’adolescents de seize ans ayant déjà fumé du  cannabis ! Les pays les plus expérimentateurs  ont dans l’ordre : la République tchèque, l’Ile de Man, la Suisse, la Slovaquie et la France. Concernant la consommation  régulière (un usage par mois minimum), nous trouvons : la  République tchèque, l’Ile de Man puis  la France. Les pays les moins expérimentateurs et consommateurs sont  la Roumanie, l’Arménie, la Suède, la Grèce et Chypre.

 

Comment se procurent-ils de la drogue ?

Le produit est très largement disponible  en France, notamment sous forme d’herbe car le phénomène d’autoproduction est relativement important, nombre de  consommateurs cultivant eux-mêmes le chanvre  (10%). La majorité des consommateurs se procure le cannabis auprès de proches, un tiers auprès de  dealers. Les garçons sont plus nombreux que les filles à acheter le cannabis ou à le cultiver. Les filles se le font généralement offrir. 85,9% des fumeurs quotidiens  déclarent l’acheter, 31,4% le cultiver.

 

Article réalisé par Laetitia MARCELLESI

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