Bailleurs sociaux, nos TPE/PME comptent sur vous !

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Selon ce spécialiste de terrain, « ils peuvent faire mieux ».

Bernard Cohen-Hadad

Bernard Cohen-Hadad est président du think tank Étienne Marcel, président de la CPME Paris Île-de France et de la Commission du développement économique du Conseil économique social et environnemental régional (Ceser) en Île-de-France. Il siège au Conseil de Prud’hommes de Paris. Son blog http://www.bernard-cohen-hadad.com/ fait partie à nos yeux des contenus à valeur ajoutée.

Avec les conséquences économiques de la crise sanitaire de la covid-19, l’enjeu social, la qualité de vivre et de travailler à Paris et en Île-de-France vont faire partie des principales préoccupations des 12 millions de Franciliens. Plus de 2 millions de nos collaborateurs sont en chômage partiel et tous les secteurs d’activité souffrent. Ceux en lien avec le public sont à terre (tourisme, hôtellerie-restauration, commerce non alimentaire, artisans, services à domicile, événementiel…) et le maintien des mesures de fermeture, après le 11 mai, nous font craindre qu’elles se retrouvent sous terre.

D’autant que les indispensables précautions sanitaires et le manque de confiance qui risque d’accompagner la gestion de l’après-crise vont encourager une période d’incertitude qui va nourrir l’épargne et non la consommation.

Ils font déjà
Bien sûr, l’ensemble des grands bailleurs sociaux à Paris et en Île-de-France ont déjà mis en place des dispositifs, en partenariat avec certaines organisations, pour simplifier et faciliter l’installation en pieds d’immeubles d’activités de proximité portées par des entrepreneurs, des commerçants et des artisans. C’est notamment le cas du GIE Paris Commerces qui regroupe dans une structure unique les trois bailleurs sociaux de la Ville de Paris pour commercialiser les locaux d’activités qu’ils gèrent à des conditions de location supposées attractives. Dans cet esprit, les nouveaux locaux mis à disposition répondent aux normes de sécurité et d’accessibilité pour rendre attractif un parc de petites surfaces commerciales aux aspects vieillissants et qui étaient mal entretenues.

D’autres initiatives, à l’instar du dispositif Vital Quartier vont dans le bon sens pour revitaliser l’artisanat et le commerce de proximité. On attend pour la sortie de crise le nécessaire doublement du nombre des quartiers éligibles et le renforcement des moyens alloués au dispositif Paris Commerces, en particulier sur le nord et l’est parisiens. Il en est de même pour les « commerces éphémères », lancés pour tenter d’enrayer la désertification commerciale. Ils répondent à une volonté de revitaliser conjoncturellement une rue, un quartier et de donner une chance aux entrepreneurs qui veulent se lancer, tester une activité ou des produits en limitant les risques. Mais ces opérations trouvent rapidement leurs limites dans la complexité administrative, la distorsion de concurrence vis-à-vis des autres commerces et in fine le déficit de moyens, de volonté politique forte et durable.

Et dans la crise sanitaire, on peut se féliciter de l’annonce faite par les principaux bailleurs sociaux et organismes fonciers de suspendre sine die l’obligation de paiement de la quittance par leurs locataires professionnels, commerçants, artisans, indépendants. Mais, il ne s’agit que d’un « gel » et non d’une exonération.

Mais ils peuvent faire mieux
En période de crise, les TPE-PME doivent être puissamment soutenues, directement et indirectement. Elles sont les plus créatrices des emplois dont nous aurons collectivement besoin, demain, pour reconstruire le tissu économique régional. Y compris en matière d’insertion par l’activité économique. Il est donc crucial que les bailleurs sociaux aillent plus loin et fassent mieux en assumant pleinement « leur rôle social et leur mission de solidarité ». Le 16 avril, Bruno Le Maire a demandé aux grandes foncières d’annuler trois mois de loyers pour les TPE et PME contraintes à la fermeture. On espère donc dépasser les effets d’annonces et que toutes les foncières s’engageront « effectivement » pour cette exonération. Ce soutien est attendu par nos entreprises. L’État ainsi que les établissements financiers, devraient, du reste, encourager de telles initiatives solidaires en soutenant financièrement, aussi, les petits bailleurs privés dont les locataires professionnels indépendants ont une activité mise en sommeil. Et prévoir une déduction fiscale pour ceux qui refuseront de percevoir leurs loyers commerciaux.

Pour faire face à la prolongation du confinement annoncée par le Président de la République, l’ensemble des acteurs publics, l’État, la Région, l’Hôtel de Ville de Paris, les municipalités franciliennes doivent intervenir auprès des bailleurs sociaux franciliens, des organismes fonciers publics ou des offices municipaux de logements – qu’ils financent et dans lesquels ils siègent en tant qu’administrateurs – à prolonger, eux aussi, leur soutien aux locataires de surfaces commerciales que sont nos artisans, commerçants et travailleurs indépendants.

Trois mesures essentielles
Et prendre trois mesures fortes pour assurer pleinement leur mission de solidarité sociale. Tout d’abord, un « mois franc glissant » par lequel ils renoncent au recouvrement des loyers et des charges jusqu’à la fin du mois au cours duquel l’activité pourra effectivement reprendre. Ensuite, l’abondement d’un fonds de solidarité pour aider les commerces à redémarrer progressivement leur activité. Enfin, la modération renforcée des loyers afin de pérenniser le redémarrage et encourager la numérisation à 100 % des petites boutiques. Bailleurs sociaux, organismes fonciers publics, grands propriétaires de surfaces commerciales ou industrielles, nos TPE-PME franciliennes et leurs collaborateurs comptent sur vous ! Et si nous nous adressons à vous, aujourd’hui, c’est parce que nous mesurons le rôle que vous avez joué dans l’histoire du logement social pour la reconstruction, l’hébergement et l’accompagnement des Français/es démuni/es. Alors que nous devons, d’ores et déjà, penser l’après-crise nous sommes confiants dans votre capacité de garantir le maintien des activités de proximité dans nos rues et nos quartiers y compris les plus défavorisés.

Nous croyons qu’avec vous, avec aussi votre engagement dans les quartiers prioritaires, nous pourrons sauvegarder la vie économique de proximité et maintenir lien social pour lequel nos entreprises s’engagent au quotidien.

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