L’humain urbain a besoin d’architecture… et de concertation avec les élus locaux

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Par François de Mazières, maire de Versailles, ancien président de la Cité de l’architecture et du patrimoine.

Développer de nouveaux modes de vie implique une conception nouvelle des villes, estime le maire de Versailles. Et donc une concertation avec les élus locaux

« Les villes devraient être construites à la campagne, l’air y est tellement plus pur. » L’écrivain Alphonse Allais (1854-1905), dans cette phrase pleine d’humour, résumait l’un des plus grands défis qui se posent à nos sociétés contemporaines. Comment concilier les avantages de la ville avec ceux de la vie proche de la nature ? Au terme de ces deux mois de confinement, nombre de citadins ont pu toucher au rêve d’Alphonse Allais grâce au télétravail, mais beaucoup plus nombreux sont ceux.celles, notamment en région parisienne, qui ont souffert de l’exiguïté de leur appartement.

Cette prise de conscience qu’un nouveau mode de vie est non seulement possible, mais nécessaire pour affronter les défis de notre société aura des conséquences majeures sur la conception des villes et, partant, sur l’architecture.

La première est la remise en cause de l’hyperconcentration urbaine. La mode, en ce début du xxie siècle, est aux mégalopoles. Le Grand Paris, le Grand Londres, le Grand Moscou, les gigantesques villes chinoises, la course aux tours toujours plus hautes, plus spectaculaires emplissent nos journaux. Ces hypervilles, non seulement paraissaient indispensables dans la grande compétition économique internationale, mais inéluctables de surcroît.

L’épidémie de covid-19 aura montré la fragilité de ces colosses et en aura souligné les limites sanitaires, alimentaires et sociales. La promiscuité des lieux publics et des transports, mais en même temps l’isolement des personnes, car la grande ville distend les liens de voisinage, l’exiguïté des pièces des nouveaux immeubles, le gigantisme des centres commerciaux, tout semble soudain contraire à nos aspirations pour cette nouvelle ère qui s’ouvre.

Matériaux naturels, locaux
À l’inverse, la province, les villes moyennes, les villes de grande banlieue permettent, avec leurs logements moins chers et plus spacieux, un contact plus immédiat avec la nature, facilitent les solidarités de voisinage, redeviennent brusquement modernes.

Dès lors, dans un pays comme la France, au taux de densité heureusement faible, l’aménagement du territoire redevient une indispensable priorité. Une politique d’autant plus nécessaire que l’on voit clairement se dessiner la nécessité de préserver à la fois des grandes réserves bioclimatiques et de repeupler des territoires qui se désertifient.

Menée en très étroite concertation avec les élus locaux, cette politique devra autoriser la relocalisation d’activités essentielles comme le textile et la pharmacologie, la diffusion de l’économie numérique, la meilleure utilisation de nos voies navigables, un maillage ferroviaire et d’autoroutes adapté, en résumé, tous ces équipements d’infrastructures indispensables au développement économique.

Deuxième conséquence de la crise, le mouvement en faveur d’une architecture durable va s’accélérer. Depuis le Grenelle de l’environnement, en 2007, la prise de conscience est réelle. Une attention accrue est portée au climat, aux spécificités du site, aux matériaux plus naturels, plus locaux. Mais parallèlement, sous la contrainte de la rentabilité immédiate, renforcée par l’hyperconcentration de notre secteur de la construction, la standardisation des logements et une diminution de la taille des pièces se sont poursuivies dans les agglomérations urbaines.

Jardins familiaux
La crise que nous traversons va pousser à mettre la pratique en conformité avec le discours. Elle renforce en effet l’aspiration de nos concitoyens à la maison individuelle. Avoir un habitat doté d’un espace en plein air, de pièces de taille suffisante, d’un éclairage naturel suffisant est devenu non seulement un luxe mais, aux yeux de beaucoup, une nécessité.

Mais comme, à l’inverse, cette crise souligne l’urgence de limiter l’étalement urbain pour préserver les zones agricoles périurbaines, la résolution de cette contradiction devient de fait la question majeure de la construction.

Selon l’expression qu’affectionnent les architectes, la bonne architecture naît de contraintes. Il ne faut donc pas désespérer des résultats que l’on peut en attendre. En ville, les terrasses, un temps bannies, vont redevenir modernes. L’habitat en bande permettant à la fois l’individualisation du logement et une certaine densité est également un compromis qui devrait prospérer, en espérant qu’il se double d’une ambition dans la qualité de sa réalisation.

De même, il faudra penser l’articulation de l’architecture et du paysage comme un préalable à nos nouveaux quartiers, remettre au goût du jour les cités-jardins, avec leurs jardins familiaux qui sont non seulement un apport important pour les familles aux petites ressources, mais aussi un rôle d’exutoire efficace aux tensions sociales.

Proximité du lieu de travail
Le troisième enseignement de cette crise est que l’on doit réapprendre à gérer le temps long. Depuis quelques années, la politique du logement a fait place à des annonces successives rarement suivies d’effets sur la durée. Il paraît désormais indispensable de freiner cette frénésie d’annonces au plan national et redonner toute sa place aux élus locaux, proches des préoccupations de leurs concitoyens.

Prenons un exemple très concret : la politique du logement social a dérivé, ces dernières années, vers toujours plus de concentration et une politique d’attribution établie selon des algorithmes nationaux, dans laquelle le critère de proximité du lieu de travail n’est quasiment jamais pris en compte.

Si l’on veut limiter les déplacements, commençons par autoriser les villes à conserver, sur leur territoire, les personnels des hôpitaux, des services sociaux, d’entretien, de police, parfois contraints à habiter très loin de leur lieu de travail. Le logement social n’en sera que mieux accepté.

La crise du coronavirus doit nous réapprendre à remettre l’homme au cœur de l’urbanisme et de l’architecture. De cette catastrophe sachons au moins en tirer cette leçon.

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