Séries, films, livres… Ces foyers remodelés au gré des séparations et divorces fascinent parce qu’ils ont de quoi déstabiliser leurs membres. Pourtant, quelques ajustements suffisent parfois…

En France, 250 000 enfants connaissent chaque année la séparation de leurs parents. On dénombre environ 720 000 familles recomposées au sein desquelles la majorité des enfants vit avec un parent et un beau-parent… Un contexte qui peut évidemment prêter à tensions, confusions mais aussi bonheur pour peu que certaines conditions soient réunies. « J’ai reçu de nombreuses familles recomposées et j’ai moi-même vécu cette situation. Il suffit parfois de peu de changements dans le savoir être pour que les relations s’améliorent », remarque Stéphanie Assante, coach en développement personnel qui a écrit sur ces nouvelles tribus où les rôles et territoires doivent être déterminés pour éviter jalousies et manques d’autorité.

Des enfants déboussolés

De prime abord, l’enfant qui arrive dans une famille recomposée est soumis à un conflit de loyauté. Il craint de trahir sa maman ou son papa s’il accepte l’amour de ce nouveau foyer. Et secrètement, il garde l’espoir que ses parents d’origine se remettent ensemble. « J’étais sans repères et je me sentais aussi coupable de leur séparation », se souvient Jean-Maxime R. à Mâcon, dont les parents ont divorcé alors qu’il avait 8 ans et ont très vite retrouvé des compagnons qui avaient déjà des enfants. « Je suis parti vivre avec ma mère et son nouveau compagnon, père de deux garçons de 12 et 8 ans. J’avais peur d’eux et j’ai d’emblée rejeté ceux que je considérais comme des rivaux », reconstitue-t-il. La jalousie s’invite souvent dans les débats puisque le parent d’origine s’occupe aussi de ces nouveaux enfants. Faute de place, les demi-frères et demi-sœurs partagent souvent leur chambre et la complicité n’est pas toujours de mise.

Des attentions à ne pas négliger

Les obligations ont alors peu de chances d’être fructueuses. « Ma mère, qui essayait de créer une complicité artificielle entre nous, insistait pour que nous restions tous dans la même chambre. Je ne le supportais pas », se remémore Jean-Maxime R. Mieux vaut respecter les envies de chacun. Un parent confronté à une telle aversion de l’enfant – qui peut n’être qu’éphémère heureusement – doit rester à son écoute. Il peut installer – si la promiscuité est nécessaire – un paravent ou un rideau pour introduire une séparation dans la pièce et faire en sorte que tout le monde dispose d’intimité et se sente chez soi. Un petit arrangement qui évite à l’enfant de se sentir « en trop », d’autant plus s’il vient seulement le week-end… Là encore rien de très original, mais un dialogue continu est requis pour mettre en place les petites attentions qui font toute la différence. Ainsi l’enfant qui réside le moins longtemps à la maison doit sentir qu’il est attendu. Toute la famille peut, par exemple, sortir ensemble, à chacune de ses visites. Mais une écoute attentive peut aussi conduire à privilégier les moments de tête-à-tête s’il en éprouve le besoin.

Préparation et tact essentiels

Imposer du jour au lendemain le nouveau conjoint n’est évidemment pas recommandé. « Il importe d’impliquer l’enfant dans des tours de table et réunions familiales, il faut qu’il exprime ses émotions, parfois auprès d’une personne extérieure à la famille. La précipitation et l’obligation sont contre-productives », insiste Stéphanie Assante. Ainsi au début une relation à distance avec le conjoint donne à l’enfant l’occasion de s’habituer à son futur beau-père ou sa future belle-mère. La cohabitation progressive et la multiplication des activités en commun avec les membres des deux familles permettent aussi de définir la place et le rôle de cet adulte dans l’éducation de l’enfant. « Cette période d’adaptation réciproque m’a manqué. J’ai été surpris par le cadre d’éducation différent imposé par mon beau-père, largement plus sévère que celui de ma mère. Je devais même réduire le temps passé devant la télévision alors que j’étais plus âgée que mes demi-sœurs. J’ai tout rejeté en masse », analyse Delphine V. à Chartes qui a connu le grand bouleversement à 13 ans. Cette définition du cadre général commun passe bien souvent par une sorte de charte familiale, qui permet de dégager des compromis, d’officialiser le rapprochement mais aussi de mieux connaître la manière de fonctionner et les desiderata de chacun. L’enfant et son beau-parent doivent apprendre à se connaître sans précipitation. Ceux qui imposent ou au contraire veulent séduire d’emblée font fausse route. Avant les périodes d’apprivoisement mutuel et d’affinités, il doit y avoir une prise de connaissance de la place de chacun. L’enfant doit comprendre que l’adulte qui lui fait face n’est pas un copain ou un égal, mais un adulte sur lequel il peut compter en termes d’éducation et de protection et à qui il doit respect et obéissance. Ce n’est pas une mince affaire pour lui, encore déboussolé par le changement de vie, apeuré par le risque que ce nouvel arrivant se substitue à son père ou sa mère. La retenue, la pudeur et l’observation sont donc de mise pour à terme créer de nouveaux liens. Bien sûr, l’appellation « papa » ou « maman » n’est pas souhaitable, mieux vaut privilégier le prénom ou, encore mieux, le surnom choisi par l’enfant. Il a l’avantage de marquer le statut particulier de cet adulte-là qui ne doit surtout pas tomber dans une relation copain/copain, et d’être porteur d’une charge affective. Dans cette définition des rôles, le parent présent est primordial, puisque c’est lui qui accorde ou non une certaine marge d’initiative à son/sa conjoint(e).

Justice mais respect des différences

Harmoniser totalement les styles d’éducation n’est pas possible, mais faire comprendre aux jeunes esprits en construction que les mêmes normes et valeurs sont défendues est envisageable. Les consignes de vie de la maison (tâches ménagères, respect des autres, interdictions non négociables…) doivent être formalisées. « Si des conflits surviennent, mieux vaut alors gérer ses propres enfants pour éviter les démonstrations d’autorité du beau-père ou de la belle-mère », conseille Jean Collez, psychothérapeute à Nice. L’adulte doit se montrer juste au quotidien, a fortiori avec ceux qui ne sont pas ses enfants. « Je sentais que mon beau-père me jugeais et me comparais à ses fils », s’agace encore Jean-Maxime R. Trouver l’équilibre se révèle épineux. L’exercice s’appuie sur l’expérience, les disputes, le dialogue. Il est par exemple insensé de nier que l’adulte a une relation particulière avec son propre enfant. Le cadre défini doit prendre en compte cette évidence et organiser les moments privilégiés.

Limitation maximale des conflits

Bien souvent les adultes sont surpris par la capacité d’adaptation des enfants. « Si la séparation se gère en bonne intelligence, il n’y a pas de raison pour que le changement soit mal vécu. La pire des erreurs pour le père ou la mère légitime est de critiquer le beau-parent dans l’autre foyer – et inversement », met en garde Stéphanie Assante. La dévalorisation de ceux qui l’aident à grandir est très perturbante pour l’enfant, qui va s’interdire des relations privilégiées, rester dans la réticence, engranger de la rancœur. Tous les adultes ont donc une partition à jouer pour que l’enfant vive sans heurts sa nouvelle vie. « Ce contexte est aussi bien souvent l’occasion de complicités et d’enrichissements insoupçonnés », rassure Stéphanie Assante. Les familles recomposées sont de mieux en mieux appréhendées. Et au-delà des réglages nécessaires et mieux connus, c’est évidemment l’instauration de rites agréables – fêtes, discussions, sorties… – qui seront gages d’une culture familiale et de succès ; tout comme dans les foyers dits « traditionnels »

Julien Tarby

 

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