Le témoignage d’Yves Delhommeau, directeur général du musée Grévin à Paris, rend compte de la plupart des autres salles d’exposition.

La priorité est donnée aux « musées et terrasses », n’a cessé de rappeler Emmanuel Macron, jeudi 15 avril lors d’une visioconférence en présence d’une quinzaine de maires. Une réouverture très progressive serait privilégiée. Peu importe, la nouvelle a de quoi redonner le sourire aux conservateurs des musées : « Certes, on nous avait déjà évoqué d’autres échéances, à Noël ou en janvier, mais cette fois-ci on y croit […] Je pense que tout le monde a compris qu’il fallait s’organiser pour vivre avec le virus », souligne Yves Delhommeau, directeur général du musée Grévin. En outre impatient à l’idée de retrouver son public. « C’est terrible pour les familles qui ne savent plus quoi proposer comme activités aux enfants. Des gamins qui se retrouvent parfois simplement laissés derrière un écran. »

Rouvrir mais assurer la sécurité des visiteur·ses

Une réouverture dans les règles de l’art. Avec au menu l’attirail Sars-CoV-2 : masque obligatoire tout au long de la visite, gel hydroalcoolique et distance entre les visiteur·ses. Au musée Grévin, « on a l’avantage de la déambulation, normalement les personnes ne se recroisent pas », calcule celui qui sait traiter ses personnages de cire comme ses chalands : « Une centrale de traitement de l’air nous assure de ne pas respirer l’air confiné. » La réouverture du Grévin comptera sans doute moins de visiteur·ses qu’à l’accoutumée. Avant la pandémie, le musée accueillait 1 000 personnes à l’heure. Le chiffre fut ramené à 400 à l’arrivée du virus. Ce sera peut-être « une centaine » à la réouverture, anticipe Yves Delhommeau. Un moindre mal pour un établissement à l’arrêt depuis six mois. Il faudra toutefois gérer ce déficit de visiteur·ses alors que les charges fixes, elles, restent insensibles au virus.

Enfin, les musées n’auront a priori d’autres choix que de sacrifier certaines activités comme les spectacles proposés pendant le parcours. Au musée Grévin, « on devra aussi renoncer à la possibilité pour les enfants de se déguiser lors de la visite », concède le directeur.

Quelle place pour le virtuel post-covid ?

Au feu vert du gouvernement pour la réouverture des musées, la clientèle ne sera pas forcément la même – du moins dans un premier temps –, avec des visiteur·ses de proximité voire d’hyperproximité. Puisque la capitale ne retrouvera pas sa masse habituelle de touristes de sitôt. « Je pense aussi que les familles attendront un peu avant de revenir […] D’autant plus si les restaurants ne rouvrent pas tout de suite, car aller au musée en famille, c’est avant tout organiser une journée entière d’activités comme aller manger au restaurant avant ou après la visite d’un musée par exemple. » Une vérité propre à tous les musées.

Pendant cette crise, certains établissements ont voulu continuer à offrir des moments culturels… mais à distance. Le musée du Louvre a notamment mis en ligne ses collections que les passionné·es d’art pouvaient ainsi admirer à domicile ! Reste à savoir si ces visites virtuelles perdureront après la crise ? Yves Delhommeau apparaît sceptique, d’abord parce que le musée Grévin, à la tête de statues de cire, verrait ses œuvres « détériorées à distance », et puis surtout « la visite virtuelle va à l’encontre du désir d’être ensemble, de la convivialité, de l’expérience tout simplement, tout ne peut pas se transformer en virtuel ». 

Geoffrey Wetzel

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