Depuis 200 ans, leur nom évoque la magie du spectacle, preuve que la dynastie Bouglione n’est pas près d’arrêter son cirque !

Tout commence au début du XIXème siècle. La légende veut que Scipion Bouglioni, ancêtre de la dynastie éponyme, soit tombé éperdument amoureux d’une jeune dresseuse de fauves. Il aurait alors quitté son commerce italien, pourtant florissant, pour la suivre. Ainsi serait né le cirque Bouglione. Quatre générations, et de nombreuses péripéties plus tard, un évènement change le destin de la petite troupe itinérante alors peu connue. Nous sommes le 28 octobre 1934. Quatre frères, arrière-arrière-petits-enfants de Scipion, rachètent un bâtiment unique de la capitale, le Cirque d’hiver. Alexandre, Joseph, Firmin et Sampion II, ne le savent pas encore, mais ils marquent par là un tournant décisif dans la renommée du cirque familial. Leur nom devient dès lors inséparable de cette salle mythique.

Quatre générations réunies dans un même lieu

Emilien, fils de Joseph et Rosa Bouglione, est issu de la 8ème génération des Bouglione. C’est dans une caravanne qu’il naît le 20 juillet 1934, à Coulommiers, ses parents sont alors en voyage avec le chapiteau. Surnommé le Prince du Cirque, le prodige touche  aujourd’hui à tout, ou presque. Il devient tour à tour, acrobate, trapéziste, clown, dompteur ou homme canon, selon les besoins du spectacle. Mais il se fait surtout connaître pour ses talents de dresseur équestre. Elégant, longiligne, il offre un regard franc derrière de fines lunettes. Ses yeux étincellent quand il parle du cirque. Porter le nom de Bouglione est pour lui une fierté, même si « cela peut parfois s’avérer lourd à assumer », avoue-t-il aujourd’hui. « Nous avons tous eu tellement de chance. Certes ce métier est difficile mais il rend tellement heureux… », confie Emilien, avant d’ajouter dans un sourire : « un ouvrier qui se rend à l’usine est content de rentrer chez lui le soir… Nous c’est le contraire ! Nous sommes toujours en vacances finalement ». Des bruits de pas se font entendre, dévalant les escaliers, de l’autre côté de la porte de son appartement. Ce sont les petits derniers de la famille nombreuse. Alessandro, Dimitri et Valentino Bouglione, respectivement âgés de 6, 7 et 12 ans, rigolent entre cousins en se racontant des blagues et en mangeant des bonbons. Des vacances simples, comme tout écolier qui se respecte. La seule différence est que dans quelques heures ils se présenteront devant plusieurs centaines de spectateurs.

Enfants de la balle

Si la scolarité est obligatoire, cela ne va pas sans mal. Et ce n’est pas Joseph Bouglione, aujourd’hui directeur artistique, qui dira le contraire. Fils d’Emilien, né au cirque également, il est funambule, avant de se tourner finalement vers le dressage des chevaux, comme son père : « C’est lui qui m’a tout appris. Je n’ai jamais été dans aucune école de dressage, si ce n’est celle de l’expérience. Tout ce que je sais, je l’ai appris en le regardant faire et en suivant ses conseils. J’avais cela dans le sang ». Pour résumer, aller à l’école est obligatoire… sans être vraiment une priorité : « Les enfants n’ont pas le choix, ils vont à l’école jusqu’à leurs 16-18 ans. Mais en sortant des cours, ils s’entraînent pendant deux heures puis, seulement après, ils font leurs devoirs ». Voilà leurs professeurs prévenus ! Les enfants sont d’ailleurs partout, passant de bras en bras, sans que l’on puisse réellement savoir qui sont leurs parents. Les Bouglione sont une seule et grande famille. A la ville comme à la scène, ils forment un ensemble indissociable. Et Joseph d’ajouter : « Regardez autour de vous… Honnêtement, qui voudrait aller vivre ailleurs » ? On se demande en effet pour quelles raisons ils quitteraient un tel univers. Et puis, pour les enfants, ce n’est pas un travail, ils s’amusent. Etre sur la piste est pour eux un jeu. Odette, fille d’Emilien, ajoute en riant : « Nous ne sommes pas obligés de faire du cirque, mais très vite nous ne sommes plus obligés d’aller à l’école ». Pourtant, lorsque quelques minutes plus tard Alessandro vient la voir, lui assurant qu’il est à l’agonie et qu’il ne pourra retourner à l’école, sa mère est catégorique. S’il n’est pas assez en forme pour aller en cours, il ne le sera pas pour entrer en piste ! « Savoir lire et écrire est important, mais pas suffisant. Dans un cirque ce n’est pas seulement le spectacle ! Il y a toute une organisation derrière, de l’administration ou de la comptabilité par exemple. Il faut aussi pouvoir gérer tout cela ». Alessandro retournera donc à l’école le lendemain.

En piste les Bouglione !

Cette année, « seulement » six d’entre eux font partie du spectacle. Regina, Odette et Marion, les filles et belle-fille d’Emilien, ainsi que les trois cousins Valentino, Dimitri et Alessandro. Point commun entre les deux numéros ? Les animaux. Les premières proposent un show équestre, au cours duquel les chevaux dansent et virevoltent au rythme de la musique. Emilien, sur le bord de la piste, n’en perd pas une miette… et n’hésite pas, au cours de leur prestation, à prodiguer, haut et fort, ses conseils de spécialistes : « Plus haut la tête ! Lentement je te dis… ». L’œil du maître, exigeant et impitoyable. Leur succède ensuite la jeune génération. Ils proposent, pour leur part, un numéro de dressage de chèvres et de cochons. Quand on leur demande s’ils sont tendus avant d’entrer en piste, ils rétorquent au quart de tour : « On ne stresse pas, on s’amuse » ! Pour le moment, ils s’essaient au dressage mais plus tard, Valentino veut être équilibriste ou dompteur, Dimitri acrobate et Alessandro diaboliste. Affaire à suivre. Même s’ils ne sont pas tous sur la piste, les Bouglione sont partout. « Tout le monde aide. A chaque poste clé, dès qu’il y a danger ou responsabilité, il y a un Bouglione. », précise Odette. « Et dans chaque cirque du monde, il y a un Bouglione vous savez », ajoute, non sans fierté, Emilien. Sur la piste ou en coulisse, en France ou à l’étranger, les Bouglione ont la passion du cirque dans le sang et pas un n’envisagerait sa vie loin des chapiteaux. La dixième génération Bouglione fait ses premiers pas, prometteurs, sur la piste. La relève est assurée, pour la plus grande joie des plus anciens. Emilien, 77 ans passés au cirque, reste confiant quoi qu’il arrive, ayant la certitude que « le bon Dieu (les) a faits pour le cirque ». Ce spectacle 2011, aux dire de ce grand artiste, n’est pas comme les autres. Depuis 14 ans ils sont tous bons mais celui-là a quelque chose en plus que les autres n’avaient pas. Le Prince Rainier II de Monaco, grand amateur de cirque et ami de la famille, lui disait souvent : « au cirque, on rêve les yeux ouverts ». C’est exactement ce qui se passe au Cirque d’Hiver depuis bientôt une quinzaine d’années.

 

EN PRATIQUE

Cirque d’Hiver
110 rue Amelot
75011 PARIS
01 47 00 28 81

Horaires en période scolaire

  • Mercredi : 14 h
  • Vendredi : 20 h 30
  • Samedi : 14 h, 17 h 15 et 20 h 30
  • Dimanche : 14 h et 17 h 15
  • Tous les jours pendant les vacances de Noël

Un siècle de souvenirs

Rosa Bouglione, 101 ans passés au cirque, vient de sortir un très bel ouvrage, intitulé Un mariage dans la cage aux lions, éd. Michel Lafon. Elle qui dansa au milieu des fauves, a vécu de merveilleux moments, ainsi que de plus difficiles. Elle se confie avec pudeur et non sans humour sur cette vie unique dont elle ne regrette rien.

Le musée de la Famille

Créé par Emilien Bouglione il y a une quinzaine d’années, l’histoire de ce lieu commence par un hasard extraordinaire. Joseph Bouglione, son père, lui demande de jeter de vieilles malles remplies de bibelots. Réalisant le trésor qu’elles contiennent, il décide de tout conserver et ouvre un petit musée. Ce dernier pourra bientôt découvrir des costumes réalisés pour les précédents numéros de la famille, des photographies d’époque, des bronzes, des figurines, etc.

Article réalisé par Mathilde RAMBAUD

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