Covid 19 et idées (mal) ancrées

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Une chose est sûre… rien n’est certain.

Sacré virus, au cœur de nos discussions et débats quotidiens, source infinies d’idées reçues, d’affirmations, d’infirmations et de certitudes éphémères remises en cause aussitôt qu’elles font surface. Entre immunités supposées, port du masque et chaleurs estivales, état des lieux du moment.

Idée n° 1 : l’immunité est acquise une fois que l’on guérit
Un présupposé voudrait qu’une personne infectée par la covid-19 développe des anticorps la protégeant d’une nouvelle infection une fois la guérison atteinte. Mais du présupposé, aucune certitude ni consensus ne ressort. Le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, affirmait 22 avril : « Aujourd’hui, les personnes qui ont fait une infection virale développent des anticorps plusieurs semaines après et qui paraissent de qualité. Il y a bien une immunité. » Propos infirmés quelques jours plus tard par l’Organisation mondiale de la Santé : « il n’y a actuellement aucune preuve que les personnes qui se sont remises de la covid-19 et qui ont des anticorps sont protégées contre une deuxième infection. »
Le recul et les données manquent encore pour affirmer scientifiquement l’assurance d’une immunité, n’en déplaise à la communication du gouvernement. Mais l’optimisme est permis, plusieurs études récentes jugent peu probable une réinfection dans les semaines suivant la première exposition au virus (aucun cas n’a été recensé). En revanche, la durée d’une potentielle immunisation reste inconnue. L’observation de la quantité d’anticorps produits par les personnes atteintes pourrait durer plusieurs années.

Idée n° 2 : le port du masque n’est pas utile pour les personnes saines
Voilà une idée tenace, véhiculée directement par le gouvernement dans les premières semaines de circulation du virus entre nos frontières. En février, le ministre de la Santé, Olivier Véran, affirmait : « Le port du masque n’ayant pas voyagé dans les zones à risques n’est pas recommandé car son efficacité n’est pas démontrée. » Dans le même temps, l’OMS estimait que le port du masque était inutile pour les individus non porteurs du virus. Trois mois et quelques milliers de contaminations et de décès plus tard, le masque s’affirme comme l’accessoire incontournable du déconfinement. Le gouvernement aura fait volte-face en rendant obligatoire le port du masque dans les transports publics et en sollicitant l’industrie textile et médicale pour la production massive de masques filtrants destinés non plus aux seuls personnels médicaux mais à tout un chacun.
Plus encore, l’Académie de médecine, dans son communiqué du 22 avril justement savamment intitulé Aux masques citoyens ! fait du masque le seul moyen de lutte efficace contre la transmission en l’absence de vaccins et regrette que le gouvernement n’ait pas rendu son port obligatoire dans tout l’espace public. Et si on disait qu’on écoutait nos médecins ?

Idée n° 3 : le virus va disparaître avec les chaleurs de l’été
La supposée et spéculée faiblesse du virus aux chaleurs estivales, voilà bien une source de discussion de choix en ces temps troublés. Entre affirmations maladroites et prudence scientifiques, on s’y perd. La grippe et le rhume sont bien moins tenaces en été, la covid-19 infecte également les voies respiratoires, à première vue on devrait pouvoir compter sur la météo pour nous aider à combattre ce fichu virus. Mais malheureusement, les choses ne sont pas si simples.
En avril, nombre d’études affirmaient déjà que la maladie ne disparaîtra pas grâce à la montée du mercure, mais laissaient supposer une potentielle saisonnalité du virus. Les espoirs étaient donc permis, mais se heurtent aujourd’hui à une nouvelle étude, publiée en ce mois de mai par des chercheurs de l’université de Toronto  (Canada).
Selon l’étude, menée à partir de données de 144 zones géographiques dans le monde et 375 000 cas d’infection, l’été ne fera pas disparaître la covid-19 et aucune corrélation n’existerait entre la chaleur et le virus. De plus, les auteurs mettent en garde contre la systématique comparaison des coronavirus avec la grippe, contre laquelle la plupart des gens sont au moins partiellement immunisés grâce au vaccin. Selon le Dr Peter Jüni, auteur principal de l’étude, « les interventions de santé publique sont très importantes car c’est le seul moyen aujourd’hui de ralentir l’épidémie ». Autrement dit, arrêtons de compter sur la météo sans certitude et concentrons-nous sur le respect des gestes barrières.

ABA

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