L’Institut Montaigne en appelle à la sauvegarde des entreprises françaises sur le continent.

L’Afrique a beau avoir été, dans son ensemble, relativement épargnée par la pandémie (3 % des cas de contamination recensés dans le monde au 26 juin), il n’empêche qu’aucun de ses 54 pays ne sort indemne.

Pire, le nombre de cas a doublé : de 100 000 à 200 000 en moins de 20 jours, selon l’OMS. Le secteur informel – plus de 80 % des emplois – et les conditions de vie – bidonvilles surpeuplés – laissent entrevoir peut-être une catastrophe prématurément annoncée mais en devenir. La Banque mondiale table sur une récession – la première en 25 ans – de l’ordre de 2,1 % et 5,1 % (contre une croissance de 2,4 % en 2019). L’Institut Montaigne évoque pour l’expliquer « la forte baisse des cours des matières premières dont les économies de plusieurs pays africains comme le Nigeria sont dépendants. De même, l’interruption brutale des activités touristiques, industrielles et des transferts d’argent depuis l’étranger dus à la crise, heurte sensiblement les économies du continent ».

Entreprises françaises en difficulté sur le continent
Les entreprises françaises en Afrique affrontent des menaces sécuritaires : mesures restrictives, menace djihadiste, contrebande, piraterie, etc. Or, relaie l’Institut, « les expatriés français n’ont pas eu le réflexe du départ ». Il faut que les maisons mères assurent leur sécurité. Y compris alimentaire. La production subit de plein fouet la crise. Et la protection – masques, écrans, gants, surblouses… – se révèle insuffisante. Il faut, souligne l’Institut Montaigne, que « les autorités françaises [soient] au rendez-vous auprès de nos entreprises, afin de pérenniser les relations commerciales entretenues par les groupes français qui opèrent en Afrique ».

L’Institut établit dix recommandations dont la mise en œuvre passe par l’assistance des autorités françaises.

1

Encourager la réouverture rapide des vols vers et depuis l’Afrique pour motif professionnel, en soutenant une étroite coordination intra-africaine en raison des escales fréquentes pour ces vols.

2

Intégrer les risques liés à la crise de covid-19 dans les conditions traditionnelles des ambassades et consulats français de rapatriement des ressortissants français.

3

Mettre en place une ligne de financements afin de soutenir les initiatives agricoles locales, accompagner l’agriculture vivrière et former des agriculteurs locaux pour en faire de véritables agri-entrepreneurs.

4

Permettre aux ambassades d’encourager l’investissement, notamment français, dans des industries locales de production de masques, gants, visières et blouses, dont pourraient bénéficier les entreprises implantées localement. Envisager de faire de l’Afrique un espace supplémentaire de production de ce matériel permettant d’en diversifier l’approvisionnement pour les pays européens.

5

Prévoir un mécanisme de garantie exceptionnelle post-crise abordable pour le lancement de projets déjà mûrs afin de « dérisquer » les investissements. Dans cette vision, élargir les mécanismes existants de Bpifrance et d’autres organismes, en prenant en compte la possibilité pour ces financements extérieurs (Banque mondiale, BEI, AFD) de passer par des organismes internes aux États, voire les banques centrales.

Outre les investisseurs historiques concernés par ces garanties, proposer des aides spécifiques aux primo-investisseurs pour les encourager.

6

Orienter les financements existants français et européens en priorité vers les entreprises africaines et européennes, dont françaises, tout en accélérant le montage des projets par une simplification des procédures de passation de marché.

Encourager la création d’une ligne spécifique de financement pour les entreprises françaises.

À moyen et long termes : relancer durablement les économies.

Parallèlement, alors que les mesures restrictives liées à la covid-19 sont progressivement allégées des deux côtés de la Méditerranée, des impulsions doivent faciliter un redémarrage durable de l’activité et des échanges.

7

Soutenir, via le pouvoir politique et les ambassades, les entreprises françaises implantées en Afrique pour les prémunir contre des politiques fiscales confiscatoires.

8

Prôner une plus grande formalisation de l’économie et une meilleure gouvernance par la numérisation, que la crise a poussé certaines administrations africaines à adopter.

9

Cibler les investissements et les financements des bailleurs tels que l’AFD vers les secteurs énergétique, alimentaire et numérique, et non seulement sur le secteur sanitaire, en donnant la priorité à une articulation public-privé en rendant le risque acceptable pour les investisseurs.

10

Créer un poste de commissaire européen à l’Afrique au sein de la Commission européenne, en proposant une réciprocité au sein de l’Union africaine.

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