6 signaux faibles d’après-covid

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Repérés par Philippe Cahen, spécialiste du genre.

Signal faible 1 : l’homme, l’animal, le climat et l’environnement

Vous avez lu et entendu sur les maladies animales transmises à l’humain (zoonoses) comme le Sars-Cov-2 (de la chauve-souris comme réservoir faunistique à l’homme via le pangolin comme hôte intermédiaire). Souvent à l’origine d’une zoonose, il y a un excès climatique comme une sécheresse ou des migrations d’animaux provoquées par leur perte de milieux naturels. On en arrive donc à l’environnement [créé par l’humain]. L’anthropocène (communément daté depuis la machine à vapeur, l’homme domine la Nature) serait en partie responsable des transformations des milieux naturels et de la sélection des animaux qui nous entourent dont les bovins. Pour cette part de responsabilité, il est indispensable de revoir rapidement notre action vis-à-vis de l’environnement et de la nature. Quelle que soit notre échelle. Il ne s’agit pas de planter un arbre, il s’agit de rapprocher la conscience de l’humain de son environnement puis à la nature.

Signal faible 2 : du chasseur-cueilleur au sédentaire

L’anthropocène a aussi débuté dès lors que le chasseur-cueilleur – qui a « colonisé » le monde et s’est donc mondialisé – est devenu sédentaire et donc agriculteur. D’une part, il a sélectionné la flore qu’il allait cultiver et la faune qu’il allait domestiquer. Jared Diamond (De l’inégalité parmi les sociétés) le détaille. À l’exception du chien – 17 000 ans – l’humain a sélectionné et domestiqué depuis, en gros, 10 000 ans, la faune et la flore qui l’entourent jusqu’aujourd’hui. Le reste est « sauvage ». Et la déforestation dans nos contrées a débuté dès lors que l’humain a eu besoin de terres agricoles au-delà de son habitat immédiat. L’anthropocène pourrait avoir 10 000 ans, 600 ans ou 200 ans, soit deux temps pré-anthropocènes (-10 000 et – 600 ans) dans le concept généralement admis. L’environnement de l’humain s’est donc construit en 10 000 ans. Impensable de revenir aux temps antérieurs. Si d’autres pandémies sont possibles et dans un temps plus proche que la précédente (8 ans), la surveillance des maladies animales est indispensable comme la surveillance de l’équilibre de la nature et donc de l’environnement. On ne peut plus hésiter.

Pour préparer le futur de votre entreprise, voici 5 champs successifs de réflexions nées des signaux faibles.

Signal faible 3 : spécial prospective post-covid

Le post-covid, c’est dans quelques mois : comment préparer le futur ? Chaque entreprise, chaque marché, mais surtout l’État doivent y travailler. Pour le faire, j’ai retenu une base de 5 champs successifs, du temps le plus proche au plus éloigné, sans oublier le permanent et le passé immédiat. Les champs 1, 2, 3 et 5 sont indispensables. Le 4 est optionnel selon les marchés. Les exemples dans chaque champ sont des prémices de matière à travailler. À partir de cette matière, vous élaborerez des scénarios. N’hésitez pas à aller fort et loin.

Un dernier conseil sur ce futur : rien ne prédit une catastrophe ! Au contraire, la crise de covid-19 est aussi l’opportunité de réinventer un monde nouveau où ce genre de pandémie ne sera qu’un mauvais souvenir.

Signal faible 4 spécial prospective post-Covid : 1. le confinement, creuset de la réflexion immédiate

Nous partons d’un temps de confinement qui a marqué profondément, avec notamment des informations contradictoires en France et entre chaque pays aussi bien pour confiner que pour déconfiner. Il faut s’interroger sur la durée de vie de chaque plan. 1. Sur le plan psychologique et social, c’est la distanciation physique, le masque, le regard de et vers l’autre. 2. Sur le plan social avec l’accélération de la transition numérique, c’est l’approche de la santé, du télétravail, de la famille, de la maison, de l’enseignement, de l’impression 3D à domicile, etc. Bref, le numérique est devenu le média (heureusement pas en panne !) pour tous et toutes les générations. Dès l’âge de 2 ans, il est devenu naturel. Que sera la génération covid : avoir 18 ans ou 20 ans en 2020 ! 3. Sur le plan strictement psychologique le confinement marque et les hésitations des gouvernants vont laisser des traces sur l’inquiétude, la peur, le doute tant vis-à-vis des autorités que de l’entourage familial, amical, professionnel, etc. 4. Sur le plan économique personnel : chacun a sa nouvelle organisation de satisfaction des besoins notamment alimentaires et sur le plan économique national et mondial, l’appréhension d’un effondrement. Bref, un contexte lourd et riche de réflexions immédiates dont certaines vont s’inscrire dans la durée, tandis que d’autres vont s’effacer.

Signal faible 5 spécial prospective post-Covid : 2. ne pas oublier le social de l’avant covid-19

Le monde d’avant ne s’est pas effacé avec la pandémie. Ce serait une grave erreur de l’oublier. Il y avait la crise sociale en France, crise très lourde avec les gilets jaunes, les grèves contre la réforme des retraites, les grèves des urgences des hôpitaux et de nombreuses réformes en cours comme celle du chômage, du logement. Il y avait les revendications environnementales dont la figure de proue est Greta Thunberg et les grèves de lycéens pour le climat, des mouvements plus radicaux comme Extinction Rebelle. Il y avait de profonds mouvements de contestations dans le monde (Chili, Liban, Argentine, Équateur, Inde, Chine, Brésil, etc.) significatifs d’un effondrement des attentes « légitimes » devant l’enrichissement du monde et des déceptions profondes de la réalité que j’ai généralisés sous le mot de solastalgie [une forme de détresse psychique ou existentielle causée par des changements environnementaux], emprunté à Glenn Albrecht.

Enfin, n’oublions pas qu’il y a des notions mondiales apparues pendant cette période comme une forme de revenu universel, le questionnement sur les écarts de salaires et de revenus, le concept de chute brutale et forte du PIB – ce qui n’est pas arrivé depuis 39/45 –, la remise en cause du transport en avion, des questionnements sur l’authenticité de l’information et les fausses informations officielles ou pas, négationnistes ou conspirationnistes.

Signal faible 6 spécial prospective post-Covid : 3. ce qui est techniquement indépendant du temps covid-19

Que cette pandémie ait eu lieu ou pas, de très nombreux sujets sont à l’ordre du jour comme : 1. tout ce qui concerne l’environnement (COP26 à venir, réhabilitation – notamment par perte des commerces – et « verdunisation » des villes, transformation de l’alimentation et de l’agriculture, etc. 2. Tout ce qui concerne les évolutions technologiques profondes en cours comme la 5G et l’informatique quantique, l’espace et le spatial, les transports de sol, aériens ou d’eau autonomes, la santé et la pharmacie évidemment, etc. 3. Tout ce qui concerne la recherche en général et son application dans une foultitude de domaines. Rien n’échappe à la transformation.

Phlippe Cahen, auteur de Méthode & Pratiques de la prospective par les signaux faibles – Détecter, libérer, créer le futur, éd. Kawa

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