L’utilité sociale, une obsession qui reconnaît que « tous les métiers ne se valent pas »

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Face au fléau Sars-CoV-2, certains métiers ont retrouvé un intérêt soudain grâce à l’utilité qu’ils procuraient. Un succès en trompe-l’œil ?

Geoffrey Wetzel
journaliste à la rédaction

Ces invisibles devenu.es indispensables le temps d’un instant. La crise aura eu le mérite de mettre en avant à leur avantage des métiers jusqu’ici relégués au second plan. Nos « héros en blouse blanche », avait décrit, un rien lyrique, le Président de la République. Un héros ne s’oublie pas, il s’ancre dans nos mémoires. Celui-ci s’effacera aussi vite qu’il a été construit de toutes pièces. L’ère covid fait face à l’hypocrisie de l’utilité sociale.

Dans un papier intitulé L’éboueur devrait-il gagner plus que le trader ? dont la profondeur du contenu se révèle diamétralement opposée à son titre racoleur, l’économiste Jean Gadrey lance les prémices de l’utilité sociale. Faut-il mieux rémunérer les métiers qui contribuent le plus à la collectivité ? Oui… mais non. Tout le monde peut difficilement s’élever contre, personne ne croit profondément et sincèrement en l’utilité sociale comme un principe pour déterminer un salaire. Hypocrite et utopique. L’économie feint la justice, elle se veut plus pragmatique.

« Il n’y a pas de sot métier. » Une politesse bien maladroite ! Prononcer ces mots, c’est transmettre l’idée inverse de notre discours. Non, tous les métiers ne se valent pas. Ils suivent une hiérarchie inamovible. L’utilité sociale s’affiche comme un leurre pour bousculer un ordre établi, mais personne n’est dupe ! À commencer par les agent.es de propreté de l’hôpital de Valenciennes, consolé.es avec une prime de 150 euros, « une prime de la honte », ont-ils scandé. Alea jacta est : le gouvernement ne semble pas prêt à récompenser ce qu’il a instrumentalisé sans retenue durant la crise.

En attribuant l’étiquette de héros aux infirmier.ères, aides-soignant.es, ou caissier.ères, nos dirigeants ont par la même occasion effacer le statut de travailleur.euses de toutes ces femmes et hommes. Un héros, lui, ne demande rien en retour. Il ne manifeste même pas !

La société, elle non plus, n’y croit pas. Un concept abstrait voué à l’échec. Être utile n’a pas de saveur à l’époque moderne. Je croirai à la reconnaissance de l’utilité sociale comme valeur fondamentale pour chacun.une d’entre nous lorsqu’un parent encouragera son.sa fils.fille à devenir homme.femme de ménage ou éboueur.euse parce que c’est utile.

Elle n’y adhère pas puisque le système se façonne de sorte à ce qu’il y ait celles et ceux qui réussissent, et les autres « qui ne sont rien ». Avec, au premier chef, le scrabble scolaire, un mélange d’acronymes et d’abréviations, CAP, BEP, bac, BTS, DUT… qui détermineront la « valeur » de votre avenir. Rétablir une école où filières professionnelles ne riment pas avec choix par défaut résoudrait l’équation du temps passé à persuader les gens « utiles » qu’ils le sont.

Geoffrey Wetzel

PS : la « prime » Castex – 1,5 milliard de plus que les 6 promis par le ministre de la Santé – devrait améliorer tous les salaires du personnel soignant de 180 euros (300 espérés). L’utilité sociale a un prix. Minime.

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