Adopter un enfant

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Créer une troisième histoire

Compliquée et longue, la démarche d’adoption n’est pas un engagement anodin tant chez l’enfant que chez l’adulte qui le décide. Comment écrire cette histoire familiale qui concilie deux passés inconnus voire redoutés ?

Les parents, souvent, tournent en dérision les années d’attente avant que l’enfant n’arrive dans leur foyer. On entend alors parler de grossesse qui dure des années. C’est dire si l’adoption relève du parcours du combattant. L’attente est longue. Souvent la gestation administrative dure effectivement entre cinq et dix ans. Parfois moins pour les chanceux. Il n’est pas seulement question de rentrer dans les clous des autorités afin d’obtenir l’agrément, ce fameux sésame pour accueillir l’enfant, il importe de rentrer dans un cheminement introspectif pour être prêt à devenir parent d’un enfant dans des conditions qui sont parfois loin d’être idéales.

Ne pas se décourager

Henri L., père d’une fratrie de deux enfants venus de Colombie témoigne : « Selon le pays d’adoption, la façon d’aborder l’arrivée des enfants n’est pas la même. Par exemple, nous nous sommes renseignés sur plusieurs pays. Finalement, la Colombie exerce un droit bien plus rigide qu’en France en matière de déchéance de parentalité. Sauf que les autorités colombiennes réalisent un vrai suivi psychologique des enfants pour mieux les préparer à l’adoption, y compris lorsque nos enfants étaient en France ».

Le traitement n’est pas seulement propre au pays d’accueil. Il dépend également du lieu ou vous habitez en France. Que ce soit pour la demande d’agrément ou pour d’autres aspects plus informels.

« Nous avons adopté en 2014 un enfant originaire de Chine. Nous nous sommes mariés en 2005, nous avions des difficultés à procréer et nous nous sommes tournés vers l’adoption en 2007. Nous vivions alors en Chine car nous y étions expatriés. Nous nous disions que cela serait plus facile car nous y étions mais en fait ce ne fut pas le cas car il a fallu revenir en France pour obtenir l’agrément en 2010. Nous avons beaucoup déménagé une fois revenus en France. Quand nous étions dans le Calvados, les démarches ont été compliquées avec une attitude que l’on pourrait qualifier de malveillante à l’égard des parents adoptants chez les personnes qui nous ont accompagnés. Nous avons eu un avis défavorable sur notre couple par le psychologue, rapport que nous n’avons jamais pu consulter. En changeant de département les démarches ont évolué. Aujourd’hui, nous sommes en Picardie. Nous y avons emménagé depuis 2012… Et Liam est arrivée huit mois après notre nouvel emménagement », précise Julia I., 42 ans, en train de réaliser une nouvelle démarche d’adoption pour trouver une sœur ou un frère au petit Liam. Coté administration, la règle est la même. Des réunions d’information. Un suivi psychologique par un travailleur social et un psychologue afin d’obtenir l’agrément. Et ensuite commencer les demandes pour adopter en France et à l’étranger.

Acte de foi ou comment aimer ce que l’on ne connaît pas

Pour rappel, la convention de La Haye, en vigueur depuis 1998 en France, concerne des champs d’application très larges mais elle s’applique dès lors qu’un projet d’adoption repose sur le déplacement d’un enfant de moins de 18 ans entre deux Etats contractants. Notons que toutes les formes d’adoption sont appréhendées dans la mesure où elles créent un lien de filiation ce qui exclut par exemple la kafala de droit musulman. La convention entend garantir que les adoptions internationales aient lieu dans l’intérêt supérieur de l’enfant et le respect de ses droits fondamentaux, ainsi que pour prévenir l’enlèvement, la vente ou la traite d’enfants.

Malgré ces garanties, l’enfant adopté est un souvent un enfant à risque. L’accompagnement se réalisera avec les enquêtes sociales et psychologiques.

Julia I. ajoute: « On nous a vite expliqué qu’il était presque impossible d’avoir un enfant en bonne santé. Pour le premier enfant, nous avons eu un agrément pour un enfant nécessitant des besoins spécifiques et nous avons attendu sept ans, rencontré de nombreux psychologues. Nous nous demandions surtout si nous étions capables d’adopter et d’avoir la disponibilité affective quant à nos rythmes de vie et à notre histoire. Aujourd’hui, mon mari à 50 ans et moi 42 ans. Pour notre deuxième enfant, nous avons également lancé les démarches pour un enfant avec des besoins spécifiques car l’arrivée de Liam a été le début d’une belle histoire d’amour, non instantanée, non sans difficultés mais qui nous rend heureux au point d’en vouloir un second. »

Gare cependant aux spécificités locales. « Une première réunion d’information à l’échelle du département est obligatoire. Les potentiels parents sont renseignés sur les informations légales et administratives. Mais la qualité de l’information varie selon les départements. Certaines réunions vont plus loin et vont jusqu’à évoquer les profils d’enfants adoptables en France et à l’étranger tandis que d’autres ne divulguent que des informations basiques », tranche Nathalie Parent, présidente d’EFA, association enfance et familles d’adoption, fédération de 92 associations départementales regroupant 9000 familles, premier mouvement d’adoption en France.

Prendre en compte les spécificités psychologiques de l’enfant adopté et les vôtres

Le principal changement pour adopter aujourd’hui ? C’est celui de faire le distinguo entre la parentalité adoptive et la parentalité biologique. « Cela va de soi quand on le dit mais le discours pendant de longues années a été de taire les spécificités de l’enfant adopté qui selon les discours de l’époque n’était pas différent d’un enfant biologique. Pourtant, quelle que soit la prise en charge, les enfants ont été abandonnés, c’est une cicatrice qui reste présente. » Les études sont d’ailleurs nombreuses pour décrire la psyché des enfants adoptés quel que soit leur âge. Les écrits sur l’« abandonisme » et sur les actes autodestructeurs des enfants adoptés sont nombreux.

Julia I. illustre : « Liam, n’a pas manifesté de problème d’attachement. Certains enfants ont du mal à aller vers leurs nouveaux parents surtout quand ils n’ont connu que des structures d’accompagnement impersonnelles. Nous avons eu beaucoup de chance, cela s’est réalisé de tout à fait naturellement ». Elsa, 29 ans, adoptée à l’âge de 10 mois, ajoute : « Très vite, j’ai eu conscience de la chance que j’avais. Je suis d’origine Cambodgienne. Mais on grandit sans trop réaliser ce sentiment d’abandon qui est très fort. Cela dégrade presque toutes les relations qu’elles soient familiales, amicales ou amoureuses. J’ai décidé de faire un énorme travail introspectif quand j’avais 24 ans. Je sortais d’une relation longue, ma première histoire d’amour dans laquelle j’avais multiplié les comportements autodestructeurs pour prouver à mon compagnon que je n’étais pas digne de lui et qu’il serait naturel qu’il m’abandonne… Après avoir réalisé que cela pesait sur ma vie entière, j’ai décidé d’agir. »

Au regard des spécificités des enfants adoptés, l’ensemble des professionnels invite à multiplier les rencontres pouvant enrichir la vision des futurs parents. « Nous conseillons d’intégrer une association. Il faut beaucoup lire pour apprendre sur le profil de ces enfants, multiplier les conférences, rencontrer des parents adoptifs… , note Nathalie Parent. L’idée est de comprendre comment construire une histoire commune même si l’enfant a déjà construit une partie de son histoire avant d’arriver. Il faut se donner les meilleurs moyens d’écrire une troisième histoire, celle de la famille nouvellement créée. »

Assurer les bonnes bases à l’arrivée

Le bien-être et la santé de l’enfant prévalent bien évidemment. Lors de l’arrivée de l’enfant à votre foyer, les professionnels de l’adoption conseillent de faire réaliser un bilan de son état de santé avec votre médecin traitant ou dans une consultation de protection maternelle et infantile (PMI) ou encore dans une consultation spécialisée de conseil et d’orientation pour l’adoption. Cette consultation permet également à un professionnel de santé de constater des relations qui ont commencé à s’établir avec votre enfant et vous orientera si nécessaire vers des personnes compétentes pour un soutien à la parentalité. En parallèle, selon l’âge et l’histoire de l’enfant, il conviendra de réduire le fossé affectif, les différences culturelles et surtout comprendre comment l’enfant manifeste ses besoins, besoins qui ne s’expriment pas toujours comme un enfant biologique.

Geoffroy Framery

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