Et si l’enfant roi était une victime et non un tyran ?

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Il domine la vie de toute la famille et pourtant, cet enfant serait plus une victime qu’un petit monstre qui ne laisse pas respirer ses parents et son entourage…

Tout son environnement a donné trop d’importance à sa personne. Il est surprotégé et survalorisé. Depuis, cet enfant est devenu un vrai petit roi. Il est au centre de la vie familiale. Comme l’explique la psychanalyste Simone Korff-Sausse dans son ouvrage  « L’enfant roi, l’enfant dans l’adulte et l’infantile », le concept d’« enfant roi » désigne un enfant maintenu « dans l’illusion de la toute-puissance infantile ». Cette puissance passe par des ordres et des caprices auxquels cèdent les parents. Et très vite, « l’enfant roi peut devenir ou apparaître tyrannique », explique Simone Korff-Sausse. « Les parents peuvent se sentir tyrannisés. Dans certains cas, mais c’est une exception, cet enfant peut même les frapper », explique-t-elle. De son côté, Didier Pleux, docteur en psychologie et auteur du livre « De l’enfant roi à l’enfant tyran », précise que l’enfant roi n’est pas appelé ainsi « parce qu’il est pervers, mais parce qu’il détient le pouvoir qui ne lui appartient pas ». « L’autorité parentale existe mais c’est lui qui a le pouvoir. L’alimentation est à la carte, tout comme les loisirs. C’est aussi lui qui décide de son rythme de sommeil. Les autres sont à sa merci, il les utilise pour son bien-être », ajoute Didier Pleux. Cet enfant est intolérant à la frustration, aux intimidations et aux menaces. De ce fait, il épuise son entourage. Mais selon des spécialistes, contrairement à ce que nous pouvons penser, l’enfant roi serait plus une victime qu’un petit tyran. En effet, son comportement peut avoir des conséquences à long terme sur son psychisme et sur sa vie.

Une vraie souffrance

L’enfant roi peut développer des pathologies comme « l’hypertrophie de l’égo (c’est-à-dire l’intolérance à la frustration), à l’adolescence, il peut être voué à l’échec scolaire et social, développer des addictions ou faire des crises d’angoisse car la réalité n’est pas soumise à ses désirs. Lorsqu’il comprend qu’il n’est pas au centre du monde, c’est un choc pour lui », explique Didier Pleux. Et d’ajouter : « Les adolescents peuvent devenir dépressifs car la réalité est trop dure pour eux. Ils ont la nostalgie de l’enfance où tout était permis ». Finalement ces enfants sont victimes d’une carence éducative. Ces petits despotes sont donc en grande souffrance.

« Si l’enfant roi existe, il faut le considérer comme une victime d’une négligence parentale, une comète propulsée à travers l’espace qui recherche des barrières que personne ne parvient à lui mettre », estime dans son livre « Punchlines des ados chez le psy » (Ed. First, parution mai 2018), Samuel Dock, psychologue clinicien.

L’autorité parentale

En effet, les parents ne sont pas pour rien dans cette transition de l’enfant dit ordinaire à l’enfant roi. « Certains parents ont une relation copain-copain avec leur enfant. Ils ont envie d’être aimés par lui et peuvent penser que s’ils vont imposer des règles, il ne les aimera peut-être pas. Mais l’éducation c’est beaucoup de contraintes mais aussi beaucoup de sentiments. Il faut que les parents soient en position de mettre des limites à leur enfant et puissent être fermes avec lui, surtout à l’adolescence. À cet âge, les enfants cherchent l’autorité et testent les limites », conseille Simone Korff-Sausse.

Ainsi, si votre enfant est un petit roi, il est urgent, pour le bien de votre famille et le sien, que vous repreniez une certaine autorité. « Il faut réinclure du conflictuel et du déplaisant dans son éducation sans oublier le partage et l’agréable. Il faut savoir lier le plaisir et le déplaisir », note Didier Pleux.  Il ne faut pas baisser les bras. Si vous pensez ne pas pouvoir rétablir votre autorité parentale tous seuls, faites appel à un coach professionnel.

Et surtout, il ne faut pas oublier qu’un enfant ne devient pas roi du jour au lendemain. C’est aux parents de veiller à ce que cela ne se produise pas. « Il faut valoriser son enfant mais ne pas le survaloriser, le protéger mais ne pas le surprotéger, le stimuler mais ne pas le surtimuler … C’est du bon sens éducatif ! Il faut montrer que l’adulte n’est pas à l’horizontale de l’enfant mais à la verticale. C’est-à-dire, il est  au-dessus de lui », conclut Didier Pleux, qui vient de sortir un nouvel ouvrage « Le complexe de Thétis : se faire plaisir, apprendre à vivre ».

Anne Ashkova

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