Parents-enfants-écrans, une cohabitation en creux et bosses ?

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Entre subordination et complicité…

Les écrans, membres de la famille à part entière ? Les nouvelles technologies s’immiscent de plus en plus au sein de la sphère familiale : télévisions, ordinateurs, smartphones, tablettes… Un phénomène qui ne se réduit pas à une offre toujours plus abondante sur le marché, mais qui se révèle avant tout caractéristique d’une transformation de la relation parent-enfant. De quoi interroger l’influence des nouvelles technologies sur le lien intrafamilial. Ou révéler ce lien familial même.

Les yeux rivés sur le téléphone pendant le repas. Des échanges qui s’écourtent pour cause de SMS. À l’ère du numérique, la relation parent-enfant se retrouve à rude épreuve. Le défi : s’adapter à un monde qui s’accélère, avec, en filigrane, le désir de maintenir un lien familial profond. En fonction de ce qu’on en fait, les nouvelles technologies vont détériorer ou soulager la relation parent-enfant. Autant en tirer le meilleur.

Nouvelles technologies, un lien de subordination…

Les enfants disposent de leur propre smartphone de plus en plus tôt : environ 53 % des bambins américains en possèdent un à l’âge de 11 ans (étude Common Sense Media, 2019). En France – bien que les chiffres soient moins éloquents –, le chemin apparaît tout tracé. Là où les enfants croient en une autonomie de plus en plus précoce grâce aux nouvelles technologies, ils n’ont en réalité jamais été aussi dépendants de leurs parents. Un constat partagé par Marie Danet, psychologue et maîtresse de conférences à l’université de Lille : « Un enfant pas très rassuré et vite inquiet va appeler son parent au moindre souci. » Pire, « ce lien permanent avec les nouvelles technologies risque de retarder le processus d’autonomisation à l’adolescence », dit-elle.

La bulle dans laquelle croit se retrouver un enfant en usant des nouvelles technologies relève d’un fantasme. La société d’aujourd’hui n’a jamais été aussi fâchée avec la vie privée. Tout est public. Les parents, eux aussi, en profitent, ils n’hésitent pas à surveiller leur enfant via la technologie. Utile pour soulager une inquiétude légitime – demander à l’enfant d’envoyer un texto à son arrivée quelque part –, le téléphone portable se transforme aussi en parfait allié d’une surveillance accrue pour les parents. Des logiciels de tracking – outil de géolocalisation – deviennent des gardes-chiourme, excessif certes, mais « les peurs des parents se définissent comme irrationnelles », remarque Marie Danet.

Attention aussi à ce que les nouvelles technologies ne tendent pas à devenir le relais de l’éducation parentale. Tellement plus simple de poser son enfant devant une tablette plutôt que d’éveiller par soi-même sa curiosité, parvenir à l’occuper ou à lui parler. Tout est question d’équilibre. « Mettre les enfants devant les écrans juste pour avoir du temps ne doit pas devenir une habitude », prévient la spécialiste de l’attachement, qui souligne en outre le bénéfice tiré par un.une petit.e « à manipuler concrètement » afin qu’il.elle optimise son développement.

Les écrans prolongent la relation parent-enfant, bonne ou tendue

Difficile de faire abstraction du numérique dans la société actuelle. Alors tâchons d’en faire bon usage. Les écrans sont ambivalents : ils favorisent aussi un moment de partage entre les générations : « Regarder des écrans en famille et ainsi connaître des échanges autour du contenu visionné », estime Marie Danet, c’est passer un moment convivial à travers les nouvelles technologies.

Une aubaine aussi pour combler des relations familiales à distance. Lorsqu’un enfant et ses parents se retrouvent éloignés géographiquement, l’écran joue alors un rôle essentiel dans la perpétuation du lien familial, utile pour « partager des expériences, des moments, des affects, pouvoir continuer à se confier », énumère la psychologue. Selon Marie Danet, à travers le virtuel, « on ne ressent pas moins, mais différemment », l’empathie reste possible. Simplement, les protagonistes devront faire preuve de plus « d’attention et de concentration » pour saisir les informations non verbales. Bien entendu, l’échange virtuel ne remplace en aucun cas une rencontre physique, mais s’affiche comme un remède ponctuel au mal de distance.

Pourtant, les nouvelles technologies ne peuvent de façon unilatérale bouleverser la relation parent-enfant. Le numérique produit des tensions et des conflits dans des familles où – à la racine –, les relations souffrent déjà d’une mauvaise communication et d’un climat général tendu. Dans ce cas, la technologie aggrave des tensions déjà existantes. Sinon, « s’il existe, de base, une communication dans la famille, des échanges fluides et apaisés, l’usage des nouvelles technologies ne va pas forcément être négatif », conclut, positive, l’observatrice des comportements. Avant de raccrocher… son téléphone.

Geoffrey Wetzel

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