Pour devenir un jour maître de son destin, votre enfant doit d’abord apprendre à être maître de lui en toutes circonstances. Pas facile ! Sachez pourtant que plus il s’entraînera tôt à dompter ses émotions en toutes circonstances… plus cela lui sera facile d’exercer cette qualité une fois adulte.

Depuis ces dernières décennies, de nombreuses méthodes d’éducation ont été appliquées. Education et plaisir pour l’enfant n’ont pas toujours été associés. C’est dans les années 1970 que la permissivité éducative a vu le jour. Éduquer a enfin pu rimer avec amour, jouissance, autonomie, protection, communication vis-à-vis de l’enfant. Mais aujourd’hui, selon de nombreux psychothérapeutes, la tendance est à l’enfant roi. Les enfants jouissent de plus en plus de plaisirs, tout va très vite. L’arrivée des nouvelles technologies impacte aussi l’équilibre entre le plaisir et la réalité des enfants. En effet, ils ont maintenant l’habitude d’avoir ce qu’ils veulent dès qu’ils en ont envie. Les parents, eux, sont moins disponibles : ils travaillent plus tard, sont fatigués, stressés et par conséquent prennent moins le temps pour recadrer les débordements de leurs enfants. Souvent culpabilisés de ne pas être assez présents comme ils souhaiteraient, ils ont du mal à émettre des contraintes. Résultat, les enfants prennent le pouvoir. Face à ce nouveau phénomène, l’enseignement de la maîtrise de soi est donc nécessaire. Voici quelques astuces pour apprendre à son enfant que tout n’est pas aussi facile qu’une requête Google, qu’il existe dans la vie des choses moins plaisantes et des difficultés.

La maîtrise de soi est primordiale car cela signifie avoir la capacité de réfléchir avant d’agir. C’est ce qui va permettre à votre enfant de faire les bons choix : de ne pas taper ses frères et sœurs pour la télécommande, de ne pas piquer une colère dans un magasin pour un jouet, etc. Mais c’est également la capacité à poursuivre un but que l’on s’est donné même quand on essaye de nous en éloigner. C’est finir son devoir à la maison même si son émission commence ou si son téléphone sonne. Selon le psychologue social et professeur d’université Walter Mischel les enfants qui ont un plus grand self-control réussissent mieux à l’école, ont de bonnes relations avec leurs camarades et sont moins susceptibles de prendre des drogues et de s’adonner à autres addictions…

De nombreux psychologues donnent des conseils pour les parents qui souhaitent développer cette qualité chez leurs enfants. Todd Cartmell, psychologue pour enfants et auteur de livres sur l’art d’être parent, recommande d’encourager les bonnes habitudes. Une bonne habitude ne vient pas toujours naturellement ou facilement. Ainsi, chaque fois que votre enfant fait l’effort d’une bonne habitude (se brosser les dents, ranger ses jouets, etc.) encouragez-le car les bonnes habitudes sont les premières composantes de la maîtrise de soi. Aidez-le à prendre ses responsabilités. Votre enfant a perdu le jouet que vous lui aviez demandé de ranger plusieurs fois, ne lui en rachetez pas un autre de suite, laissez-le tirer ses propres conclusions. Pour les plus petits, établissez des routines qu’ils seront capables de répéter et de respecter seuls. Les plus grands peuvent être chargés d’une corvée, raisonnable, et on peut leur donner la responsabilité de s’en rappeler par eux-mêmes. L’un des conseils les plus importants, mais aussi difficile pour certains, est de savoir donner des limites à son enfant. En tant que parents, nous sommes toujours dans la crainte d’en faire trop ou d’être trop sévères. Cependant, « un enfant sans limites n’est ni libre ni heureux », rappelle la psychanalyste Claude Halmos. Il est l’otage de ses pulsions, et ce n’est pas un enfant « heureux » car il vit dans l’angoisse. Livré à lui-même, en effet, l’enfant est l’esclave de sa satisfaction. Très tôt, les parents doivent alors poser des limites. Par exemple, il est recommandé d’imposer des règles raisonnables même à son bébé. Ce dernier touche à tout, il sait ce qu’il fait, n’ayez pas peur de lui dire « non » et « stop » de façon très claire. Attention à ne pas lui poser des interdits qu’il ne serait pas capable de comprendre ou de réaliser (lui imposer le pot alors qu’il ne sait pas encore marcher). Lorsque l’enfant est jeune, il n’est pas nécessaire d’expliquer ces interdits. Et pour cause, les enfants ont besoin de sentir des parents sûrs d’eux. Une explication serait peut-être interprétée comme un vacillement. Ainsi, l’envoyer réfléchir dans sa chambre calmement aidera votre enfant à comprendre sa bêtise, et que se maîtriser est toujours la meilleure solution. Apprendre à dire « non » peut être bénéfique. Il est conseillé aux parents de ne pas toujours dire oui à leurs enfants. Le « non » est utile pour que les enfants réalisent qu’ils ne peuvent pas toujours avoir ce qu’ils veulent. Cela les aidera à gérer la frustration. Commencez par leur apprendre quelques valeurs humanistes comme le partage. Dans son ouvrage « Développer le self contrôle de son enfant », Didier Pleux, docteur en psychologie du développement et clinicien spécialiste de la psychothérapie cognitivo-comportementale, nous explique l’importance de définir les limites afin que les enfants acceptent les frustrations et arrivent à se maîtriser. Ainsi, l’auteur évoque des situations du quotidien pour mettre en œuvre ses conseils. Ici, il s’agit d’apprendre quelques valeurs humanistes comme le partage à son enfant dès sa tendre enfance. Il n’est pas rare d’entendre son enfant ne pas vouloir prêter son jouet ; « C’est à moi » est souvent une de leurs phrases préférées. Si cette affirmation de caractère peut parfois faire sourire, le spécialiste nous conseille vivement de réagir : « Si nous, parents, nous pensons qu’il se forge un sacré caractère (…) nous risquons de l’enfermer dans son égocentrisme, il ne découvrira pas que savoir donner et partager donne tout autant de satisfaction que recevoir ». En effet, un enfant en bas âge n’a pas de conscience morale ni d’empathie naturelle. Cela ne fait pas d’eux des monstres, mais en tant qu’enfant, ils mangent car ils ont envie de manger, et désirent un objet sans se soucier de s’il est possible de l’avoir ou non, etc. Si les parents ne définissent pas de limites, cela fera plus tard des adultes rois qui vivront sans se préoccuper des autres. Des adultes inadaptés à la vie sociale ne pouvant respecter les règles de groupe. Alors, pour tenter de maîtriser cet égocentrisme naturel, il faut l’aider à ressentir ce que l’autre peut ressentir : « Tu vois quand tu ne donnes pas ton jouet, ton petit copain est triste » mais aussi « quand tu joues avec lui, il est heureux ». L’enfant va assimiler cette volonté de faire plaisir à autrui : « Il va accepter de différer son désir d’immédiateté, tolérer la frustration pour donner à autrui un plaisir ». Les parents ne doivent pas avoir peur d’user de leur autorité. Pour Didier Pleux la bonne autorité, c’est d’aimer, de stimuler, d’accompagner, de protéger, pour favoriser l’éclosion de la personnalité. Mais c’est aussi d’exiger, de frustrer, de contrôler et de sanctionner ! Ainsi, la discipline n’est pas un gros mot. C’est le point de vue défendu dans le livre « La Discipline sans drame », co-écrit par le Dr Daniel Siegel et la pyschothérapeute Tyna Payne Bryson. Dans cet ouvrage, une méthode d’éducation bienveillante mais ferme, basée sur la connaissance du cerveau des enfants, est proposée. Les auteurs se sont appuyés sur la connaissance du fonctionnement du cerveau humain. Ils expliquent ainsi que lorsqu’un enfant est submergé par une crise de colère, c’est son cerveau primaire, qui prend le dessus. Le cerveau du haut, où résident l’empathie et la raison, est provisoirement court-circuité par cet état émotionnel passager. Les parents doivent alors se « reconnecter » avec leur enfant pour réactiver cette zone. L’enfant reprendra progressivement le contrôle de ses émotions et pourra être réceptif à l’autorité parentale. À savoir que le cerveau du haut n’est complètement formé qu’à 25 ans…

Jouer avec son enfant en inventant des jeux de rôle tels que « Qu’est-ce que tu ferais si… » ou « Bonne ou mauvaise décision » aide à mieux comprendre, de façon amusante et détournée, qu’il vaut mieux être maître de soi qu’impulsif. En effet, ensemble vous allez pouvoir discuter sur certains choix potentiels qu’il ferait et les qualifier de « bons » ou de « mauvais ». Le jeu permet aussi de l’initier au goût de l’effort. Un enfant qui joue à construire un château de sable avec des briques va très vite trouver une autre occupation quand celui-ci se sera effondré. Les parents peuvent intervenir pour le pousser à rester concentré sur ce premier jeu et à aller plus loin. Pourquoi ne pas construire le même château mais le monter encore plus ? Cela permettra de lui apprendre la ténacité.

Enfin le dernier conseil vous fera travailler, vous, les parents. En effet, vous êtes les modèles de votre progéniture. En plus de vous ressembler, ils essayeront toujours de vous imiter. Ainsi, vous vous devez de montrer l’exemple. Les réactions agressives et impulsives sont donc à bannir dès à présent. Pour ne pas perdre votre crédibilité, vous devez vous aussi appliquer l’art de la maîtrise de soi.

Élisa Casson

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