Associations et fermes pédagogiques : tous sensibles à l’ESS* ?

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La ville ne nous nourrit pas ! Mais comment le faire raisonnablement ? Ou du moins comment inscrire autrement nos actes de consommation ? Les projets associatifs fleurissent pour mieux appréhender notre écosystème et permettre à chacun de réaliser qu’il peut être acteur d’un changement qui paraît inéluctable. Rappelons toutefois, au préalable, que les fermes pédagogiques ont été définies par une circulaire interministérielle publiée le 5 avril 2001 comme étant des structures présentant des animaux d’élevage et/ou des cultures, qui accueillent régulièrement dans un but pédagogique des enfants, des jeunes dans le cadre scolaire ou extrascolaire ainsi que d’autres publics, et qui souhaitent développer cette activité. On distingue plusieurs types de fermes pédagogiques. Elles ont été classées en fonction du chiffre d’affaires venant de l’activité d’accueil et de la production agricole.

Le paysan de Paris

Les formats varient selon les concepts et se développent en ville. La basse-cour peut par exemple s’improviser dans le tissu métropolitain. A Paris, le parc Kellermann dans le XIIIe arrondissement, est depuis peu l’heureux emplacement où vont paître des animaux plus connus du monde rural et étrangers au pigeon des villes. De même, un second arrivage de ces bêtes de ferme sera présent en lisière du parc Suzanne-Lenglen dans le XVe arrondissement, non loin de l’héliport. La Mairie de Paris souhaite multiplier les expériences de poulaillers, d’écopâturage. L’idéal pour les édiles parisiens serait même de dédier un terrain pour y créer une ferme de 2 500 m2. Comme quoi, la sensibilisation à notre environnement naturel et l’attachement à la terre ne sont pas seulement synonymes d’aquaponing, de potagers en rooftops ou de ruches urbaines. Le dispositif peut étonner par sa simplicité mais c’est bel et bien au contact des animaux que les Parisiens seront sensibilisés au bien-être animal. Une des vocations de ces fermes selon la Mairie de Paris. D’autant que l’objectif des fermes pédagogiques n’est pas d’aboutir à une activité d’élevage en tant que tel.

La création de ces fermes s’inscrit dans le programme destiné à promouvoir et développer l’agriculture urbaine en 2017. Entre autres mesures prises se sont concrétisées cette année la création d’un Quai fermier, d’une école de permaculture, de nouveaux jardins partagés et la mise en place de partenariats avec la Chambre interdépartementale d’agriculture d’Ile-de-France. Les initiatives pour sensibiliser sur la flore et la faune sont donc légions, d’autant plus à l’occasion des 48h de l’agriculture urbaine qui permettent aux métropoles de France et de Navarre de mobiliser leurs ouailles citadines aux modes de consommation et au développement durable. TempO’, par exemple, qui regroupe les occupations éphémères sur le territoire d’Est Ensemble est ainsi à l’origine du projet de ferme urbaine de l’association La Sauge qui s’est installée à Bobigny au printemps dernier. La Prairie, nom donnée à la ferme urbaine de La Sauge a ainsi multiplié les chantiers collaboratifs qui concernaient le semis en micro-serre, la création d’une houblonnière et les sensibilisations via la Maison des abeilles, qui prenaientt la forme d’un salon interactif et d’ateliers sur les bienfaits du travail des abeilles.

Sensibilisation à tout âge

D’autres concepts de fermes permettent de redynamiser le tissu économique en proposant de nouvelles offres de tourisme. «La vie à la ferme» à la Bergerie Nationale de Rambouillet, créée sous le règne de Louis XVI, est l’occasion de sensibiliser les plus jeunes au développement durable tout en découvrant le fonctionnement d’une exploitation agricole. Située au cœur de la Plaine de Versailles, la Ferme expérimentale de Grignon, elle, ouvre ses portes, en accès libre et gratuit, pour découvrir des vaches laitières mais aussi différentes races de brebis nourries avec les aliments issus des propres cultures de la ferme. Le Parc de Saint-Cloud avec l’incontournable Ferme du Piqueur aux environs de Marnes-la-Coquette permet de prendre part à la transmission de son savoir-faire en matière d’agriculture tout en veillant particulièrement au bien-être des animaux. Régulièrement, la ferme organise des ateliers manuels destinés au jeune public. Bien évidemment, le concept de ferme associative ou collaborative fleurit également hors de l’Île-de-France et accouche de concepts ESS atypiques, ô combien vertueux. Une nouvelle pédagogie semble éclore hors les murs de l’école classique.

Pas d’excuse pour ne pas être acteur

Face à l’ampleur des défis environnementaux et humains, d’autres initiatives émergent. Certains projets associatifs souhaitent devenir des acteurs d’une société qui puissent s’ancrer localement afin de proposer des alternatives pour un mode de vie durable (permaculture, alimentation et santé, économie solidaire, démocratie réelle, éducation alternative…) et pour faire renaître et renforcer les liens humains intergénérationnels. Constance Barbe, présidente de l’Air des Pichoulis circonscrit : « J’ai découvert la permaculture durant un voyage en Amérique Latine. C’est une philosophie de vie et une méthode de conception qui est souvent présentée de façon révolutionnaire alors que de nombreux aspects relèvent du bon sens et de la logique. Mais c’est avant tout une réponse pour vivre autrement et être acteur de la transition avec les moyens dont chacun dispose. Cela ne nécessite ni d’avoir un grand jardin, ni de posséder des hectares de terrain. Surtout, cela dépasse le champ de l’agriculture et propose une manière de vivre en lien avec le social, l’économie, l’habitat, les modes de gouvernance. C’est un concept complet et harmonieux. » Les objectifs de ces associations sont variés. Entre autres, il s’agit de créer un lieu de production, de loisirs et d’événements culturels, de diffuser les valeurs et des techniques issues de la permaculture, de démontrer les intérêts des modes de vies durables ou encore de proposer des formations, animations, rencontres, stages, chantiers participatifs, conseil en aménagements « permaculturels » tout en réduisant leur empreinte écologique. Une mission d’envergure que se fixent les fermes collaboratives L’Oasis des Hirondelles, située à Bard dans le département de la Loire ou encore l’Air des Pichoulis, ferme expérimentale portée par l’association éponyme située dans les Hauts de France, non loin de Lille. La première propose ainsi du woofing à qui le veut. Cette mini-ferme associative met en lumière la permaculture. La plus-value sociale du lieu est de pouvoir proposer un lieu dynamique de cohésion sociale accessible à tous, permettant à des jeunes porteurs de projet (individuel ou d’équipe) de se rencontrer et de confronter leurs idées tout en apprenant à coopérer pour innover. L’Air des Pichoulis quant à lui fonctionne aussi de façon collective où bénévoles et membres de l’association mettent la main à la pâte. « La permaculture est plus développée dans le Sud de la France. Mais elle devient de plus en plus dans l’air du temps. Nous sensibilisons des personnes de 7 à 77 ans, issus de tous les milieux sociaux. Ce faisant, nous avons deux volets d’action : la formation et le maraichage en agro-écologie », complète Constance Barbe, également permacultrice certifiée, à l’origine du nom de l’association qui évoque le Pissenlit en ch’ti pour faire un clin d’œil aux savoir-faire oubliés mais également à la volonté de l’association d’essaimer ses idées tel un pissenlit lorsqu’il se coiffe de sa boule plumeuse. Dit autrement, la ferme des Pichoulis invite tout public à venir se former sur le sujet de la permaculture lors d’un week-end. Le site est même le récipiendaire d’une formation certifiante de 12 jours proposée par l’Université populaire de permaculture. « Il y a un an, s’est présentée l’opportunité d’exploiter trois hectares à proximité du site de l’association. Cela nous a permis de développer un volet maraichage en agro-écologie avec des formations possibles en agro-écologie et en maraichage selon les techniques de permaculture », se réjouit la présidente, heureuse de concrétiser ses valeurs hors de ses journées occupées par sa profession d’éducatrice spécialisée.

* Economie Sociale et Solidaire

Geoffroy Framery

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