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Psychologue clinicien, Jean-Baptiste Baudier a une expertise reconnue dans la promotion de la santé mentale. Enseignant en psychologie dans différentes universités, il est formateur aux Premiers Secours en Santé Mentale (PSSM), et s’engage activement pour la déstigmatisation des troubles psychiques. Investi dans l’éducation populaire, il est membre du conseil d’administration de l’UNOSEL. Il est également co-auteur de l’ouvrage « S’initier à la Psychologie Positive » (Eyrolles).

 

Quand un enfant tousse, a de la fièvre ou le nez qui coule, on réagit. Tout de suite. C’est presque automatique. On n’est pas médecin, mais on sait quand quelque chose cloche dans son corps. Ce réflexe, on l’a appris très tôt. Il fait partie de notre culture. Mais quand ça ne va pas dans la tête ou dans le cœur ? Quand l’élan se fige, quand l’âme flanche ? Là, on doute. On espère que ça va passer. On se rassure. Parfois, on n’ose pas voir. Parce que sur la santé mentale des enfants, on est encore mal outillés. Mal entourés. Et trop souvent, mal à l’aise. Et pourtant… c’est là que tout se joue. Le pic de bien-être émotionnel, chez un enfant, c’est autour de 10 ans. Ensuite arrive l’adolescence. Avec ses tempêtes, ses nuits agitées, ses premières blessures. L’estime qui vacille. Les peines qui marquent. Et un cerveau qui, lui, ne sera mature que vers 25 ans. Autant dire qu’ils naviguent longtemps à vue, parfois sans gouvernail. Dans ce chaos, le rôle des parents est immense. On n’est pas là pour surveiller. On est là pour veiller. Comme un phare qu’on allume dans le brouillard. Les signes de mal-être sont souvent discrets : un repli, une colère soudaine, une fatigue sans fin, une passion qui s’éteint. Mais au lieu de les prendre au sérieux, on les balaie d’un « c’est l’âge ». Non. Ce n’est pas juste « l’âge ». Souffrir n’est jamais anodin. Surtout quand on n’a pas encore les mots. Et il faut arrêter de culpabiliser. Non, ce n’est pas notre faute. Les troubles psychiques ont des causes multiples : biologiques, sociales, affectives. Ce n’est pas une affaire de volonté. Encore moins de bonne éducation. D’ailleurs, ce n’est pas rare. Un jeune de 10 à 19 ans sur sept dans le monde souffre aujourd’hui d’un trouble psychique. Un sur sept. Pas une exception. Une réalité. Alors que faire ? D’abord, écouter vraiment. Pas juste : ça va ? – en passant. Mais créer un espace où un « non » a le droit d’exister. Observer, sans fliquer. Poser des repères : le sommeil, l’alimentation, les écrans. S’interroger non pas sur ce que l’enfant regarde, mais sur ce qu’il ressent. Et se poser aussi, comme parents, quelques questions simples mais précieuses : Est-ce que ça dure ? Est-ce que ça fait souffrir ? Est-ce que ça empêche de vivre normalement ? Si la réponse est oui, alors il est temps d’en parler. Et de chercher de l’aide. Et surtout : ne pas attendre. On consulte bien pour une toux persistante. Pourquoi pas pour une angoisse qui s’installe ? Consulter, c’est mettre des mots, ouvrir une voie, éviter qu’un malaise ne devienne une blessure durable. Demander de l’aide, ce n’est jamais un échec. C’est un acte d’amour.

(1) Institute of health Metrics and Evaluation. Global Health Data Exchange (GHDx)

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