Le vrai danger est l’épidémie de haine

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Les dictateurs vitupèrent et le virus tape sur le système des gens.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Gardons-nous de son effet secondaire, parfois tout aussi mortel : la bêtise. La stupidité. L’agressivité. La con(vid)erie. Il atteint les présidents comme les « citoyens » lambda.

Hier, je soulignais l’hostilité sourde qui commençait à poindre, en France, entre les masqué.es et les non masqué.es. Entre les gueules confinées et les tronches déconfinées. Plus tôt, j’avais relaté cet incident au resquillage quelque part en France : un homme qui avait tenté de passer avant tout le monde et s’était fait remettre à sa place était revenu avec une bande de casseurs pour démolir les vitrines du magasin. Aux États-Unis, on est passé à la phase « kill ». Un agent de sécurité dans un magasin du Michigan a perdu la vie face à un « antimasque ». Au pays du président qui refuse de porter un masque malgré les 100 000 morts dépassés, la guerre déclarée entre les négationnistes du virus et ceux et celles qui essaient de s’en protéger commence à envahir les JT. « Fuck you », hurle ce client refusé à l’entrée d’un magasin.

En France, on parle d’incivilité. Aux États-Unis, les contestataires du port du masque érigent leur bêtise en revendication prétendument politique : « Pour moi, c’est du communisme*, c’est à nous de décider ce que l’on fait avec notre corps », braille ce connard qui postillonne sur ses congénères et sera sans doute le premier à exiger qu’on lui sauve la vie s’il contracte la covid. Comme par hasard, ces Américain.es qui vitupèrent au nom de leur frénésie à gagner des dollars comme avant sont dans l’immense majorité des partisans de Trump**. Ils et elles nient le réchauffement climatique et portent des armes.

Sur le continent en dessous, l’Amérique du Sud, un autre braillard joue les dictateurs viraux en se moquant ouvertement des victimes qui n’arrêtent pas de tomber au champ d’horreur qu’il perpétue. Jair Bolsonaro, ce sinistre pantin pour qui l’économie (et sans doute sa propre fortune) passe avant la vie, éructe contre les gouverneurs qui, au Brésil, décrètent le confinement. On atteint là des sommets : ces « merdes de gouverneurs, crache Bolsonaro, je les vire, et s’ils ne partent pas, je vire le ministre, parce que c’est moi qui ai le pouvoir… »

La véritable nuisance du Sars-Cov-2 n’est pas tant biologique. Elle est mentale. Camus l’avait très bien décrit dans La peste. N’y aura-t-il pas un président, un Premier ministre, un ministre, quelqu’un dont la parole incarne la nation qui pourrait, au-delà des mesures et des chiffres, simplement délivrer un message positif ? On en a besoin.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

* On entend guère Poutine, au fait, qui a fui Moscou et laissé les gouverneurs s’empêtrer dans leurs mensonges…
** on a rarement noté que trump, en argot, désigne aussi bien un atout qu’un… pet !

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