Semi-liberté

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Phase 2, 2-21 juin, à pas comptés.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

C’est devenu un rendez-vous rôdé, propre, sans fausse note, très pédagogique, sans affect, que ces apparitions professorales du Premier ministre Édouard Philippe, avec un ou deux ministres « virgules » pour détailler leur domaine. Le 28 mai, ponctuel, l’homme à la barbe à demi blanchie s’en vient face à quelques millions de demi déconfiné.es donner le détail des demi phases. Nous en sommes à la 2, du 2 au 21 juin, autrement plus libérée que la précédente, mais encore loin de la liberté retrouvée. Ce pays n’en finit pas de se tortiller dans ses droits, demi droits, quarts de droits grappillés plus que reconquis, avec ce fantomatique virus qui « circule toujours ».

On en a fini avec la vaine ségrégation sans vraie contrainte des régions rouges et vertes. À peine si l’Île-de-France se teinte d’orange quand le petit département du Val d’Oise, avec Mayotte, restent les seules taches rouges dans un pays où « la liberté redevient la règle » (presque). Le grand « Yes ! » poussé par tous les bars, restaurants de France et leurs clients frustrés s’est entendu, pas le « oooh » déçus des tenanciers de boîtes de nuit, des footballeurs, des boxeurs et autres lutteurs, toujours priés de ne pas se frotter la couenne. L’homme des « demis » qu’est le Premier ministre s’empresse de lister les contreparties, à coups de limitations (rassemblements de10 personnes au maximum, télétravail privilégié, gestes barrières plus que jamais sous l’empire du masque et sports encadrés).

On savait tout ça, mais la parole officielle est passée et les décrets suivront.

L’une des rares petites surprises de l’exercice, pour ma part, c’est le peu de cas que le Premier ministre aura donné à la mise à disposition de l’application StopCovid, ce choix volontaire d’enregistrer sur son smartphone le brouillard de passants croisés sur son chemin (à moins d’un mètre, des inconnu.es ou pas, auprès desquel.les l’on sera resté au moins 15 minutes, comme dans un transport en commun). Un « outil complémentaire », « un instrument parmi d’autres », auquel « j’invite nos concitoyens à s’inscrire ». Bref, de l’option. De deux choses l’une : ou bien Édouard Philippe n’a pas voulu renchérir sur le risque de « bigbrotherisation » d’un dispositif suspect de surveillance autoritaire, ou bien il n’a pas voulu insister sur le « joujou » présidentiel.

Et voilà en quoi se joue parfaitement sous nos yeux le ballet très Ve République d’un Président et d’un Premier ministre. Au premier, les discours généraux, affectifs, stratégiques, économico-politiques, emphatiques, engageants, dans les ors de l’Élysée, avec son lot d’idéologie et d’opposition, de jugements et d’adhésion. Au second le bénéfice des mises en œuvre « techniques », voire technocratiques, claires, assumées, concrètes, derrière des pupitres et des dias PowerPoint, avec leur lot de dates, de chiffres, d’études, de contraintes et de libérations.

Pas étonnant si au jeu des sondages, le Premier ministre résiste mieux que le Président. On respecte davantage le professeur que le général…

Olivier Magnan, rédacteur en chef

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