Il y a l’adolescence telle qu’on aimerait qu’elle se déroule… Et puis il y a la vraie vie. Quelques conseils pour réagir face aux situations délicates.

… il/elle multiplie les flirts

Ils appellent cela « pécho », c’est-à-dire « choper » en verlan. « Sortir avec quelqu’un » juste pour la soirée. Ces flirts d’un moment se répandent chez les ados au point de se transformer parfois en véritables petits concours. En boîte de nuit ou dans une fête entre amis, c’est à celui qui embrassera le plus de personnes en quelques heures. Si possible, des inconnus qui « ont l’avantage de disparaître de nos vies le lendemain », note Daphnée, 16 ans, de Paris. Le but ? « C’est un jeu, on se rassure sur son pouvoir de séduction », explique l’adolescente. « On recherche le plaisir d’être avec quelqu’un », renchérit Matthieu, 17 ans, qui fait partie de sa bande d’amis. « Après coup, il m’arrive d’être dégoûtée de moi-même et de l’autre, mais quand on est bourré, on a besoin d’affection », reprend Daphnée dans un sourire gêné.  L’alcool est souvent l’élément déclencheur de comportements contradictoires. « Nous faisons des trucs le soir que nous ne ferions jamais la journée », conçoit Matthieu. Le rôle des parents ? Transmettre la cohérence. Elle est valable dans la vie amoureuse comme dans la vie familiale, scolaire ou amicale… Comme il est difficile de réussir ses études si l’on n’a pas pris l’habitude de  travailler, on vit difficilement la fidélité lorsqu’on s’est habitué à rechercher l’excitation dans la relation amoureuse.« Allumer, c’est faire un calcul dans le but de se refuser, même si l’on n’en a pas conscience, explique Françoise Dolto dans Paroles pour adolescents. C’est dénier l’autre sans donner, l’utiliser pour sa satisfaction personnelle. » Tout l’inverse de l’amour. Au parent d’aider l’adolescent à réaliser que dans la vie affective comme dans les autres domaines, l’avenir ne se construit pas en dehors du présent.

… elle adopte un look Lolita

La guerre des parents aux pantalons taille basse et  jupes trop courtes est parfois rude. Une enquête effectuée par l’Union des familles en 2004 a révélé que 65% des parents sont en conflit avec leur enfant au sujet de leur tenue vestimentaire. Le « look Lolita », qui prend sa source dans l’univers de la musique, de l’image et des stars, porte une connotation sexuelle. « Je m’inquiète beaucoup pour ma fille, témoigne Michel, père d’une ado de 16 ans. Elle s’habille de plus en plus sexy alors qu’elle n’en a pas l’âge. J’ai essayé de lui en parler, en lui expliquant que cela pouvait être dangereux, mais elle continue. Je ne peux pourtant pas la laisser continuer à se forger une mauvaise réputation. » Les papas sont souvent plus conscients des effets d’une tenue provocante sur les garçons. C’est pourquoi il est impératif que la mère suive l’intuition du mari ou demande conseil à un homme de la famille, en cas de doute. « Je suis divorcé et sa mère, avec qui vit ma fille, ne lui dit rien, puisqu’elle s’habille de la même façon », déplore Michel. Comment demander de la pudeur à son enfant si l’on en manque soimême ? Entre fermeté et exemplarité, il reste de la place pour les petits conseils affectueux qui permettront à l’adolescente de se mettre en valeur sans tomber dans l’excès.

… il/elle se masturbe

« ça rend sourd », « C’est sale »… Autrefois, les adultes tentaient de dégoûter les jeunes des plaisirs solitaires par des arguments culpabilisants. Si votre ado amorce la conversation, c’est le moment d’éveiller son esprit critique. C’est souvent par ce biais que les enfants découvrent leur corps, mais est-ce pour autant recommandable ? Jean-Philippe, père de trois enfants dont deux garçons, avait entamé une conversation à ce sujet avec l’un d’eux. « J’ai expliqué à mon fils que les pulsions des garçons sont parfois très violentes, raconte-t-il. S’il n’y a pas à s’en vouloir, il faut tout de même les gérer. Comme dans tout apprentissage, les chutes sont normales mais il est important de garder en tête que le plaisir sexuel ne prend vraiment tout son sens que lorsqu’il est partagé. » On peut réfléchir avec son enfant à la notion d’écoute à laquelle la sexualité se rattache. La masturbation peut rendre sourd… aux autres ! Françoise Dolto explique dans Paroles pour adolescents (éditions Gallimard Jeunesse) que « ce dont il est important de se méfier, c’est du cinéma imaginaire, des fantaisies mentales qu’on appelle les fantasmes et qui accompagnent la masturbation. Ils nous coupent des autres. On ne va pas vers d’autres ‘‘vrais’’ mais vers d’autres ‘‘imaginaires’’. » Apprendre à ne pas se complaire dans des rêveries est une première étape. Faire du sport pour libérer les tensions est aussi nécessaire. Quant à la maîtrise de ses désirs, elle est un moyen d’apprendre à se contrôler soi-même. Encore un bon terrain d’entraînement pour se préparer à réussir sa vie de couple.

… ils forment un Bébé-couple

Ils sont en troisième et s’affichent  en public comme un vrai petit couple. Dans les bras l’un de l’autre, ils marquent leur affection par des gestes tendres, se font des bisous et s’appelleraient presque « chéri(e) ». Le naturel avec lequel certains adolescents se considèrent comme étant « en couple » déconcerte plus d’un adulte. « Même les collégiens ont des petit(e)s ami(e)s », remarque Alain Braconnier, pédopsychiatre. Pour autant, il est indispensable de ne pas rentrer dans le jeu de ces « bébéscouples » qui exigent, parce qu’ils les imitent, les mêmes droits que les « grands » : partir en vacances ensemble, dormir l’un chez l’autre, participer aux repas de famille, etc. D’abord, par souci de ne pas laisser son enfant confondre l’amour avec les expériences amoureuses. « Aujourd’hui, difficile d’imposer sans discuter et sans évoquer le pourquoi,  estime Alain Braconnier, également auteur du Guide de l’adolescent de 10 à 25 ans (éditions Odile Jacob). Mais tout cela, les parents peuvent très bien l’expliquer. » Ensuite, par volonté de préserver l’éducation que l’on dispense aussi à ses autres enfants, « ceux qui suivent » – dans tous les sens du terme. « Il faut se demander quel modèle l’on souhaite donner aux petits frères et soeurs », rappelle le pédopsychiatre. En voyant leurs parents accorder du crédit à une relation immature, les membres de la fratrie risquent de prendre eux aussi l’amour pour ce qu’il n’est pas.

… il/elle est addict  à la pornographie

A 14 ans, deux garçons sur trois et 36% des filles ont déjà vu un film porno, selon le rapport 2007 de la Défenseure des enfants. Ce n’est pas parce que la pratique est répandue qu’elle ne pose aucun problème. Marie Choquet, directeur de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), a étudié les comportements des adolescents en matière de fugues, prise de drogue et consommation d’alcool. Les résultats sont inquiétants. « On note des comportements très proches entre les jeunes qui ont regardé des images pornographiques et ceux ayant subi des violences sexuelles, révèle-t-elle. Pour des adolescents en pleine construction, regarder des images pornographiques équivaut à les vivre. » L’installation des logiciels de contrôle parental s’impose absolument, sur l’ordinateur comme sur le mobile. Pour les plus grands ados, qui s’y connaissent mieux que leurs parents en informatique, interdire la pornographie devient plus compliqué. La meilleure sécurité réside alors dans le dialogue. Aborder le sujet sereinement permet de meilleurs résultats. Au parent de ne pas dramatiser, tout en faisant prendre conscience des enjeux à l’enfant. Certes, beaucoup sont passés par là sans devenir obsédés sexuels. Néanmoins, les images crues et violentes présentes dans la pornographie forgent des représentations faussées de l’amour.

Articlé réalisé par Florence Percevaut

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