Réussite scolaire : Et si tout était une question de confiance ?

« Je suis nul, je n’y arriverai jamais ! » Votre ado n’en démord pas :  cette année, il ne sera pas à la hauteur. Preuve à l’appui, il vous brandit sa dernière copie de math, estampillée d’un petit 7/20, en dépit de révisions sérieusement menées. Souriez, c’est la rentrée ! Vous allez devoir recruter à grands frais un prof particulier. A moins que vous ne réussissiez à convaincre votre mari de se replonger dans les tréfonds de la trigonométrie ?

La peur du ridicule, la certitude d’échouer ne font pas bon ménage avec la réussite scolaire

Pas si vite ! Et si, paraphrasant le slogan d’un organisme de soutien scolaire, « tout [était] une question de confiance » ? Qui vous dit que votre ado souffre, non pas d’une allergie aux mathématiques, mais bien plutôt d’un manque de confiance en lui ? « Je n’ose jamais prendre la parole en classe, confie Eva, 16 ans. J’ai trop peur de dire une bêtise. Pourtant, la plupart du temps, je me rends compte que je connaissais la réponse. » Angélique, 14 ans, panique à la seule perspective d’un devoir sur table : « J’ai mal au ventre deux jours avant. Je révise mais je suis certaine de ne pas comprendre le sujet ou de rendre un travail médiocre. » La peur du ridicule, la certitude d’échouer ne font pas bon ménage avec la réussite scolaire. Véritables poisons, ils finissent même par décourager les meilleures volontés. A quoi bon travailler si l’on est tétanisé à la seule perspective d’une interrogation ? Ce manque de confiance pousse même certains à réviser leurs prétentions à la baisse, refusant d’essayer de décrocher un diplôme pourtant à portée de leur main. D’autres iront peut-être jusqu’à se réfugier dans la consommation de cannabis ou d’alcool. Le mal vaut vraiment la peine qu’on s’y attarde !

La confiance en soi peut s’effriter à l’adolescence

Croire en soi, en ses capacités à réussir, voilà le carburant indispensable pour bien avancer dans ses études… et dans la vie ! Les sportifs de haut niveau en savent quelque chose. Préparer une compétition requiert un entrainement physique intense doublé d’une très bonne préparation mentale (voir notre encadré). « Une des clés du succès est la confiance en soi », disait le champion de tennis américain Arthur Ashe. Soit, mais d’où vient cette confiance ? Pour la pédopsychiatre Gisèle George, auteur du livre La confiance en soi de votre enfant (Ed. Odile Jacob) : « La confiance en soi n’est pas innée. Elle se construit dans les premières années de l’existence et est liée aux liens émotionnels lors des premiers apprentissages. Ce sont des bases qui restent tout au long de notre vie mais qui peuvent être fragilisées, notamment au moment de l’adolescence. » Que se passe-t-il exactement ? Ce n’est un secret pour personne : puberté ne rime pas nécessairement avec sérénité ! « L’adolescent peut être déstabilisé par son nouveau corps qu’il ne maîtrise pas bien, analyse le pédopsychiatre Stéphane Clerget, auteur de Réussir à l’école, une question d’amour ? (Ed. Larousse). Il devient maladroit, perd confiance en ses capacités physiques, ce qui explique, d’ailleurs, que de nombreux ados abandonnent une pratique sportive ou artistique. » La comparaison avec les autres peut aussi avoir des effets dévastateurs. « La puberté ne se déclenche pas au même âge pour tout le monde, poursuit le spécialiste. Certains sont plus avancés que d’autres sur le plan physique mais aussi intellectuel. Les maturités sont différentes et l’on peut se sentir inférieur à une classe d’âge. » Ce d’autant plus que certains camarades malintentionnés ne manqueront pas de le faire remarquer. Dans l’univers impitoyable d’une classe de collège ou d’une cour de récréation, les moqueries peuvent aller bon train quand elles ne tournent pas au harcèlement… Attention également aux chagrins d’amour ou aux situations familiales délicates, comme un divorce ou le chômage. « Une famille fonctionne comme une équipe, explique le Docteur Clerget. Lorsqu’elle perd, ses membres sont déstabilisés et leur confiance en eux peut s’effriter. »

La confiance en soi naît dans l’action

Voilà donc une toute autre façon d’analyser les difficultés scolaires de nos enfants terribles ! A nous parents d’être aux aguets (voir notre encadré « Manque de confiance : les signes qui ne trompent pas »), sans pour autant perdre courage, puisque la confiance en soi se travaille ! Comment ? En commençant par acquérir des compétences. « Une des clefs de la confiance en soi est la préparation », disait encore Arthur Ashe. C’est parce qu’il s’entraîne de manière intensive jusqu’à maîtriser le plus parfaitement possible sa discipline que le sportif de haut niveau osera se lancer dans la compétition. Une victoire ou d’honorables performances construiront progressivement sa confiance en lui. Un mécanisme qu’expliquent très bien Isabelle Pailleau et Audrey Akoun, auteurs de Apprendre autrement avec la pédagogie positive (Ed. Eyrolles) : « La confiance en soi naît dans l’action. C’est en travaillant, en s’exerçant, puis en réussissant que, petit à petit, on gagne confiance en soi. Prenons l’exemple du vélo : on a commencé par rouler avec des petites roues, puis nos parents les ont enlevées en restant à nos côtés pour nous aider. Nous avons d’abord avancé en faisant des zigzags, puis nous avons roulé tout droit, et ensuite sans les mains ! » Or, certains enfants n’acceptent pas de passer par les cases apprentissage, révisions, répétitions. Ils veulent franchir la ligne d’arrivée avant même d’avoir démarré ! « Mon fils de 11 ans rechigne à l’idée de revoir ses cours avant de faire ses exercices, témoigne Sophie, une mère de famille de 36 ans. Devant ses difficultés à résoudre un problème il conclut sans autre forme d’analyse qu’il est nul en classe et ne comprendra jamais rien ! » Mais parions que l’histoire du vélo avec ses petites roues, qu’ils ont tous vécue étant jeunes, les convaincra de renouer avec l’entrainement, la patience et la persévérance.

Etre le supporter de son enfant

Cet exemple éloquent du vélo souligne par ailleurs un autre point important : le rôle primordial des parents dans l’accompagnement de leur enfant. Etre là, près d’eux, toujours disponibles et prompts à les encourager. Regardons à nouveau du côté des sportifs. Les encouragements du public ne portent-ils pas les champions vers la victoire ? A tel point que les matchs de football sont organisés de sorte que deux mêmes équipes s’affrontent à tour de rôle dans leur villes respectives ! Soyons, nous aussi, les meilleurs supporters de nos enfants ! Ils ont besoin de sentir que nous les aimons et que nous croyons en eux. Or, il semblerait que notre soutien inconditionnel s’amenuise avec le temps. Perte de courage ? Exaspération ? Pour Audrey Akoun et Isabelle Pailleau nous agirions de la sorte sous l’effet de la pression sociale : « Le stress autour de la réussite scolaire de son enfant augmente avec les années, au collège, puis plus encore au lycée, parce que les parents se confrontent au regard social et à ses jugements normatifs ». Une dictature de la réussite à tout prix, selon un schéma bien conventionnel qui exclut le moindre incident de parcours ! Pourtant, nous font judicieusement remarquer nos observatrices, lorsque notre enfant était petit, « nous accueilliions avec bienveillance ses échecs et gardions confiance en ses capacités. Lorsqu’il a appris à marcher et qu’il est tombé nous n’avons jamais dit c’est terrible il ne marchera jamais, poursuivent-elles. Nous l’avons relevé, encouragé. Nous avons valorisé ses progrès, puis à l’adolescence, nous nous sommes transformés en parents détecteurs de fautes, brimant ainsi leurs élans explorateurs ! » Le Docteur Stéphane Clerget remarque également que les parents s’énervent d’autant plus facilement contre un ado en difficulté scolaire que celui-ci ne semble guère s’en soucier. « Méfions-nous des apparences trompeuses, tempère l’expert. Il arrive qu’un adolescent dissimule un manque de confiance en lui derrière une certaine désinvolture, une prise de distance avec la réussite scolaire à laquelle il aspire pourtant. Comme le disait Cocteau « puisque tous ces mystères nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs » ! Vous hébergez un clone de Christophe Lepic sous votre toit ? Ne désespérez pas et réendossez vos habits de coach inconditionnel. Le Docteur Clerget nous met cependant en garde contre les encouragements excessifs : « Dire à un enfant que rien n’est impossible, que tout est une question de volonté, l’empêche de faire un point objectif sur ses capacités et ne lui enseigne pas la patience, prévient-il. L’enfant qui ne réussit pas tout de suite se persuadera alors qu’il ne veut pas réussir ! »

Valoriser ses réussites

Dernier point important : valoriser ce qui fonctionne bien et mettre en sourdine nos remarques négatives. « Nous entretenons le manque de confiance en soi de notre enfant en ne soulignant que ce qui ne va pas. Nous le conditionnons négativement ! », explique Christiane Larabi, auteur de Aidez votre ado à avoir confiance en lui (Ed. InterEdition). A notre décharge, la psychothérapeute reconnaît que nous sommes influencés par le système scolaire français qui met sans arrêt l’accent sur les erreurs de nos enfants. « L’année dernière, en sciences physiques, notre fille est passée de six de moyenne au début de l’année à dix à la fin du troisième trimestre. Son professeur n’a pas daigné souligner sa progression et s’est contenté d’un « résultats encore trop justes » sur son bulletin », déplore Térésa, mère de trois ados. Haro, donc, sur les compliments ! Parlons-lui de ses réussites ! Il revient tout penaud avec un 8/20 en SVT ? Regardez son 14 en anglais et analysez avec lui comment il a fait pour réussir. Il lui suffira ensuite d’adopter la même stratégie gagnante pour les matières en difficulté. « Mieux vaut savoir comment j’ai réussi plutôt que de savoir pourquoi j’ai raté, conseille Christiane Larabi. Quand le cerveau sait comment s’y prendre, ce sera facile ensuite de reproduire la recette. » Pour Gisèle George, il est urgent que l’école change son mode de fonctionnement : « Les professeurs doivent arrêter d’utiliser le rouge sur les copies pour signaler ce qui est faux. Ils devraient signaler en bleu ce qui est bien et en vert ce qui est à améliorer. » Une petite révolution à portée de main ! Et pour tous ceux qui n’osent pas lever le doigt en classe, pourquoi ne pas suggérer aux professeurs d’inscrire en lettres capitales en haut du tableau cette phrase pertinente d’Albert Einstein : « Pose ta question tu seras idiot une seconde, ne la pose pas, tu seras idiot toute ta vie » ? Un argument de choc, faites-moi confiance !

Article réalisé par Elisabeth Caillemer du Ferrage

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