Harcèlement scolaire comment contrer le fléau

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Vos enfants sont en danger. Peut-être sont-ils/elles, en ce moment même, la proie de harceleurs/euses venimeux. À vous de détecter les signes parfois discrets de leur souffrance. Et d’agir.

Le chiffre pour la France claque comme une défaite : quelque 700 000 écoliers/ères, collégiens/giennes, lycéens/nes souffrent d’une année sur l’autre d’une forme de harcèlement à l’école. Sous toutes les formes savamment recensées : harcèlement moral (des insultes, souvent sur la mère et la sœur de la victime, des menaces, des disqualifications, des moqueries sur la taille, le poids, une particularité physique, « gueule de singe », supportait une gamine). Physique (tapes, croche-patte, gifles, coups, morsures, pire…). Matériel avec ou sans appropriation (affaires endommagées, vols – trousse, cahier, argent…). Sexuel (« Tu me s… » répétait un crétin de 14 ans à Fleur, clé dans le dos, une gamine de 11 ans est sommée de se traiter de p… par un môme du même âge, gestes obscènes, organes génitaux cités à toutes les sauces, mains aux fesses, aux seins, du garçon à la fille, entre mecs et entre filles…). Cyberharcèlement (photos intimes, commentaires moqueurs ou dégradants, sur mobile ou réseaux sociaux).

On se souvient tous et toutes de ces avanies intrinsèques à l’école – avant Jules Ferry, le « maître » ne se privait pas d’une autre forme de harcèlement, la punition corporelle. Mais ce qui se montrait déjà insupportable dans le système éducatif a pris un tour monstrueux quand les agressions devinrent mortelles ou qu’elles portèrent au suicide. Celui de Pauline, 12 ans, à l’aide du fusil de chasse paternel, le 2 janvier 2012. La mort de Jonathan qui s’est immolé par le feu à 16 ans, l’abominable calvaire de cette ado transformée en torchère par une « camarade » en Haute-Savoie, au collège Le Semnoz d’Annecy, parce que la victime, paraît-il, aurait harcelé l’agresseuse…

Pour mesurer le fléau

Les chiffres tombent en 2011 « seulement », quand Éric Débarbieux, directeur de l’Observatoire européen de la violence scolaire, membre de l’American Society of Criminology, publie un rapport inquiétant : sur les 700 000 victimes estimées, la moitié sont harcelées « sévèrement », dont 5 ou 6 % au moins une fois par semaine. On affinera : 12 à 14 % des écoliers, 12 ou 13 % des collégiens, 2 ou 3 % des lycéens. La part grimpe à 20 % dans le cas du cyberharcèlement (qui vise une majorité de filles). Il existe en France un délégué ministériel chargé de la prévention et de la lutte contre les violences en milieu scolaire, André Clavel. Lui estime qu’un élève sur dix est harcelé, dont 5 % le sont (très) sévèrement.

Croyez-le ou non, ces chiffres n’accablent pas la France à l’échelle mondiale.
Selon l’enquête internationale HBSC (Health Behaviour in School-aged Children), menée tous les quatre ans dans 42 pays auprès de collégiens, le harcèlement scolaire aurait diminué en France de 15 % au collège entre 2010 et 2014. La baisse atteindrait 33 % en sixième. L’enquête Pisa de 2015 le confirme : ces pourcentages apparemment élevés de harcèlement en France sont parmi les plus faibles au monde où quelque 130 millions d’enfants et d’ados, 1 sur 3, seraient agressés selon les termes de la fameuse définition du psychologue norvégien Dan Olweus, relayé par le professeur de psychologie britannique Peter K. Smith : le harcèlement se caractérise par un rapport de domination asymétrique. Autrement dit, « un élève est victime de harcèlement lorsqu’il est soumis de façon répétée et à long terme à des comportements agressifs visant à lui porter préjudice, le blesser ou le mettre en difficulté de la part d’un ou plusieurs élèves. Il s’agit d’une situation intentionnellement agressive, induisant une relation d’asservissement psychologique, qui se répète régulièrement ». De quoi ne pas confondre harcèlement et bagarre, agression répétée et chamaillerie.

Selon l’OCDE, le phénomène ne vise aucune catégorie socioprofessionnelle particulière. Le harcèlement survient dans les milieux urbains et ruraux, auprès de populations aisées ou populaires, dans les quartiers sensibles ou pas. Et le/la petit/e issue d’une famille favorisée ne subit pas plus le phénomène que des individus de familles socialement modestes. À vrai dire, le harcèlement est à ce point répandu qu’il touche, pour les élèves eux-mêmes, à la « normalité » : pour un tiers d’entre eux, il est « inutile d’en parler ». Ce qui serait la pire des choses.

Comment agir ?

Ces constats chiffrés établis, que faire ? Avant tout, surveiller et détecter. Du côté des autorités, des campagnes de prévention, composées de films, de sites, ont été mises en place depuis 2012, un « plan de prévention », Non au harcèlement, activé depuis 2013 (www.nonauharcelement.education.gouv.fr). On a vu en 2015 se mettre en place une journée de mobilisation nationale. Depuis peu dix nouvelles mesures ont été mises en place (lire plus loin). C’est chez les parents qu’une partie de la réponse doit prévaloir. Face à un fils, une fille souvent replié/e sur lui/elle-même (« c’est de ma faute… »), mère et père doivent repérer les signes (affaires détériorées ou volées, traces de coups…) et interroger de façon indirecte : « j’ai appris, j’ai entendu, je me demandais si, dans ton lycée… » Mot-clé : bienveillance…

Puis agir. Le harcèlement à l’école ne doit pas se classer au rayon des inconvénients incontournables de la vie scolaire.

Olivier Magnan et Anna Ashkova

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