Le choix d’un sport pour son enfant

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Les questions fusent avant la rentrée : doit-on lui laisser la liberté de choix ? Quelle discipline lui est la plus appropriée ? Le sport a-t-il un genre ? Quelques éléments de réponse.

«Maman est-ce que je peux faire de la danse comme toi ? » Cette demande d’Arthur, six ans, a suscité une certaine stupéfaction chez ses parents. Sa mère, Émilie T., chef de projet dans une agence de communication digitale à Paris, aurait préféré le voir courir après un ballon rond comme 814 000 autres jeunes de moins de 14 ans, taper dans une petite balle jaune au moyen d’une raquette ou suer sur un tatami. Y a-t-il encore un genre dans le sport ? Est-il vieille école de le penser ?

Des vertus désormais prouvées

Quelle que soit l’activité physique choisie, qu’il s’agisse de danse ou de natation, d’athlétisme ou de karaté, les effets bénéfiques du sport sur les jeunes ne sont plus à démontrer, qu’ils soient psychomoteurs, mentaux, psychologiques. Ewan, dix ans, est désormais féru de judo. Ce jeune Bordelais monte sur les tatamis une heure par semaine depuis cinq ans. « Je ne pensais pas que mes enfants pouvaient être stressés. Je m’en suis aperçu avec Ewan, qui manifeste de l’anxiété depuis qu’il est à l’école. Dès le début les arts martiaux ont représenté un sas de décompression et un moyen de s’affirmer dans un environnement très cadré », déclare sa mère Angélique P., gestionnaire dans une société de vente automobile. Les parents, en quête d’épanouissement, de socialisation ou de défoulement pour leur progéniture, connaissent désormais sur le bout des doigts les avantages du sport. 40 % des licences sportives sont délivrées à des jeunes de moins de 14 ans, ce qui représente 6,4 millions de personnes ! Il importe pour le jeune d’éviter le surpoids, de renforcer le cœur et les poumons tout en gagnant confiance en lui. Et pourquoi pas, à terme, atteindre des niveaux de compétitions élevés ? « Cela reste pour certains enfants ou ados le meilleur moyen de se valoriser », rappelle Jean Curty, psychologue et psychothérapeute.

Naissance des envies et découvertes de son corps

« Les premières années sont synonymes d’éveil et de prise de conscience de leur corps. Je suis donc ouvert à tous les desiderata de mon fils de six ans en matière d’activité, du moment qu’il aspire vraiment à en faire une », affirme Aurélien Clerc, designer à Annecy. Un avis partagé par le spécialiste de l’enfance Jean Curty, selon qui la notion de plaisir doit prédominer, ce qui passe par un choix personnel de l’enfant. Et ce quel que soit le sport ! Certains ne l’entendent pas de cette oreille, et Grégory T., le père d’Arthur précédemment cité, a tout fait pour le dissuader de danser. « Je l’ai emmené à des matchs de foot et de rugby, lui ai montré les médailles que j’avais gagnées à son âge en pratiquant le judo, mais rien n’y a fait. Je sentais qu’il traînait les pieds et qu’il aurait très vite été démotivé, quand même les mouvements d’assouplissement des danseurs l’intriguaient », déplore celui qui a fini par abandonner la partie la mort dans l’âme, craignant par-dessus tout le côté trop « féminin » de cette activité. « Je dois reconnaître aujourd’hui que c’est ce qui correspond le mieux à son caractère. Arthur n’a pas besoin de canaliser son énergie comme d’autres, il s’inscrit plus dans les défis de concentration, de souplesse et d’agilité. Et puis j’ai été surpris de voir que deux de ses copains l’avaient suivi dans cette voie », raconte cet artisan de Boulogne-Billancourt. Les a priori sont légion en matière de sport, au niveau des genres, mais aussi de leur concordance avec certains caractères. Le basket, le hand, le volley ou le football ne conviendront pas forcément aux timides qui ne souhaitent pas se mettre en avant, les sports de combat ne sont pas toujours idoines pour l’enfant turbulent, et les sports individuels comme l’escrime ou l’équitation ne sont pas fait uniquement pour les indépendants. Parfois l’enfant cherche justement à pallier un manque, une faiblesse dans cette activité extra-scolaire. Parfois il se laisse attirer par le matériel, l’ambiance, l’exigence de rigueur, de sens tactique…

La question finalement secondaire de l’âge

Là encore il n’existe pas vraiment de règle absolue, chaque enfant ayant ses goûts, mais aussi son besoin d’activité intense ou non, et surtout son rythme de développement. Certains se dépensent plus que d’autres à la récréation, et n’éprouvent donc pas cette envie perpétuelle de se défouler. D’autres au contraire trouvent dans les activités physiques un moyen de brûler une énergie qui les submerge. Mais le plus grand risque pour les parents est de sauter les stades de développement de ces petits êtres en construction. À trois-quatre ans certains sont mûrs pour s’essayer à la natation ou au ski, quand d’autres en sont encore loin. À quatre ans, l’initiation à la gym ou à la danse semble un bon moyen de travailler la souplesse et le sens du rythme, quand le judo leur permet de mieux maîtriser leurs gestes. Mais là encore, une observation et un dialogue soutenu doivent permettre aux parents de déterminer si leur progéniture est prête. A cinq-six ans, il est possible d’envisager les sports collectifs, à des fins de psychomotricité et de socialisation. À six ans, les enfants peuvent s’adonner à tous les sports qui leur plaisent. En théorie toujours. Certains n’auront pas la vélocité, l’habileté ou l’envie de se lancer dans l’activité conseillée et espérée par les parents. L’entrain et l’état de fatigue sont de bons indicateurs…

La clé du dialogue permanent

On l’aura compris, il n’existe pas de règle absolue en la matière, surtout si l’enfant est en bas âge. L’important est d’être à son écoute, de le laisser choisir une activité et – exercice Ô combien difficile parfois – de s’empêcher de lui imposer celle qu’on aurait aimé faire à son âge. Passer en force reste la garantie de se tromper, et de faire passer des moments d’ennui à son enfant, ou pire de le mettre en mauvaise situation, s’il n’a pas les mêmes capacités que les autres et est rejeté. « À ce titre la visite chez un praticien peut-être bénéfique. Les conseils d’un médecin du sport par exemple, qui s’appuiera sur la morphologie et les capacités physiques, peuvent être une bonne base d’information complémentaire », ajoute Jean Curty. La communication avec le club de sport est également conseillée, afin de savoir s’il est possible d’effectuer un ou plusieurs cours d’essai avant un engagement à l’année. Les portes ouvertes et journées de découvertes sportives que peuvent organiser les municipalités sont aussi d’une grande utilité. L’enfant y teste de nombreux sports, et les parents peuvent le jauger. L’enfant a besoin d’essayer, de se tromper aussi, avant de trouver l’activité qui lui convient. L’essentiel est de maintenir un dialogue permanent, qui se perpétue au travers de l’activité. Car l’accompagnement aux manifestations sportives par la suite, l’aide en cas d’échec, restent les éléments essentiels d’un loisir créant du liant.

Inégalité

Encore des différences entre les sexes en sport

Le sujet paraît anecdotique. Tel n’est pas le cas, et « les parents feraient bien d’encourager leur fille à pratiquer un sport peu habituel », soutient Samuel Patelli, éducateur à Vénissieux. N’oublions pas que ce genre de loisirs contribue dès le plus jeune âge à la construction d’identités très marquées, voire stéréotypées. Ainsi la petite fille qui aspire à faire du rugby suscite encore la suspicion. « Le cas du petit garçon épris de danse classique sera encore pire, éveillant les soupçons d’homosexualité », déplore Samuel Patelli. Les garçons sont incités à développer des qualités de force et de résistance à l’effort, et les filles à être souples et gracieuses. Il va sans dire que l’éventail de choix est réduit pour la gent féminine, qui trouve donc dès le plus jeune âge moins de lieux d›épanouissement et de développement personnel que les hommes. L’appropriation de l’espace est donc considérablement amoindrie. Mais les conservatismes ne s’arrêtent pas là. La compétition sportive reste masculine dans les esprits, vue comme un moyen de canaliser un trop-plein d’énergie et, dans certains quartiers, de réduire la délinquance juvénile. « Les clubs sont mieux structurés pour organiser les matchs et tournois entre sportifs masculins, qui ont donc plus de chances de multiplier les confrontations le week-end », observe Jean Curty, psychologue et psychothérapeute. Ce qui n’est pas sans conséquence plus tard en termes de confiance en soi, et de carrière…

Julien Tarby

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