Surdoués : pourquoi certains réussissent, quand d’autres échouent…

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On entend souvent dire que le système scolaire français favorise les enfants dits «intelligents», au détriment d’élèves plus «faibles». En réalité, l’école est loin d’être une sinécure pour les élèves à haut potentiel.

La «surdouance» est soumise à un nombre incalculable de mythes. Le jeune à haut potentiel est souvent représenté en binoclard érudit aux résultats scolaires impressionnants. Pourtant, le haut-potentiel (HP) n’est pas toujours qui l’on croit. Avant tout repéré par des personnes formées à ses caractéristiques singulières, les professionnels aguerris savent que l’on peut très bien parler d’un «surdoué», sans jamais faire référence à la dimension quantitative de son intelligence. S’il n’est généralement pas non plus un enfant-catastrophe au bord de l’échec scolaire, il peut aussi être un enfant dans la moyenne. Autrement dit, ce ne sont pas les résultats scolaires en eux-mêmes qu’il faut regarder, mais le contexte dans lequel ces derniers s’inscrivent. Un tiers des enfants HP réaliserait de hautes performances scolaires, un tiers des moyennes, et l’autre tiers serait en difficulté, ce qui remet à plat l’idée de l’enfant excellent assis au premier rang.

Leurs points communs

Les personnes à haut potentiel sont hyper-stimulées. Elles entendent souvent dire qu’elles sont « trop » : sensibles, émotionnelles, anxieuses, avares, généreuses, énervées, réservées… Beaucoup en viennent à penser qu’elles ont des problèmes mentaux, ou bien des troubles de l’apprentissage. En réalité, leur fonctionnement intense n’est pas le fait d’un trouble, mais bien d’une physiologie différente. D’ailleurs, jusqu’à l’heure d’un diagnostic tardif, beaucoup de personnes à haut potentiel ne soupçonnaient pas leur particularité, et pensaient même parfois être stupides. Les normes et conventions sociales les poussent à agir d’une manière qui ne leur correspond pas, ce qui appelle forcément à une adaptation. En plus de l’intensité, Monique de Kermadec définit le HP au travers de deux éléments : la complexité, et l’urgence à agir. Par complexité, la spécialiste fait référence à la pensée fulgurante et intuitive de ces individus, à l’originalité et la divergence de cette dernière. L’urgence à agir désigne leur fourmillement d’idées, car ils pensent à toute vitesse. Ils peuvent ressentir l’envie puissante d’interrompre leur interlocuteur car les idées abondent dans leur esprit, qu’ils ont généralement envie de faire fructifier. Beaucoup les imaginent en être asociaux, incapables de nouer des relations avec autrui, alors qu’ils disposent d’une grande empathie, et de beaucoup de qualités humaines. Enfin, les personnes à haut potentiel vont droit au but : elles iront rarement se perdre en tergiversations, car elles ont la capacité à éliminer rapidement les éléments inutiles pour aller directement à l’essentiel.

Laminaires et complexes

Une étude menée par Olivier Revol au CHU de Lyon a permis de révéler, par l’imagerie, l’existence de deux types de haut-potentiels. Tous partagent hypersensibilité et haut QI : « Le quotient intellectuel (QI) standard est compris entre 85 et 110, on parle de haut potentiel à partir d’un QI de 130 », avait déclaré Olivier Revol sur le site Science pour tous de l’université Lyon 1. Mais il est essentiel de poser les différences entre les «laminaires» et les «complexes» (HP-L et HP-C) pour mieux comprendre les personnes à haut potentiel et saisir leurs nuances. Les premiers, les HP-L, obtiennent des résultats hétérogènes aux tests d’intelligence. L’école peut très bien se passer, puisqu’ils sont plutôt bien adaptés à son fonctionnement.

S’ils aiment apprendre, ils ne devraient pas être aussi dévorés par des passions que leurs pairs complexes. Ils représentent la majorité des HP, et sont plutôt épanouis et peinent rarement à s’adapter à la société. Les complexes, eux, sont clairement moins acclimatés système scolaire. Ils obtiennent des résultats inégaux aux tests d’intelligence, et contrairement aux laminaires, leur intelligence verbale n’est pas égale à leur intelligence non-verbale, qu’elle y soit supérieure ou inférieure. Ils révèlent plus difficilement leur intelligence, ce qui peut être très frustrant pour eux. Ils pensent en permanence, et peuvent peiner à trouver le sommeil pour cette raison. Ce sont surtout des créatifs prolifiques : ils ont une imagination débordante, et s’illustrent dans les tests de créativité. Du fait de cet univers intérieur très riche, ils ressentent souvent le besoin de prendre du temps pour laisser cette imagination se déchaîner. Les complexes peuvent se montrer plus sensibles encore que leurs cousins laminaires, leur sensibilité fine et prononcée étant une composante essentielle de leur imagination abondante.

Les raisons d’une inadaptation

Les pensées des individus HP-C fonctionnent en arborescence, alors que celle du commun des mortels fonctionne de façon séquentielle. Cette dernière est idéale pour réussir au mieux une dissertation : elle permet, par exemple, de résoudre un problème de mathématique par la voie classique, en appliquant un raisonnement qui a été appris à l’école.

Les choses peuvent être plus compliquées pour les «arborescents», car ces derniers les résolvent intuitivement, en posant leur démarche incompréhensible sur leur cahier. S’ils sont capables de parvenir à trouver le même résultat que les autres par cette méthode, ils paieront de ne pas être capables d’expliquer les différentes étapes de leur raisonnement juste. A contrario, respecter une simple consigne et l’appliquer à la lettre peut être très compliqué pour eux. Ce sont des innovateurs, ils pensent en dehors des sentiers battus et peuvent s’avérer incapables de respecter ce qui est demandé. Ils peuvent avoir des difficultés à se concentrer sur la lecture d’une simple consigne. A l’école, il n’est pas rare que l’ennui les prenne. Ils peuvent alors se mettre à rêvasser et à s’envoler ailleurs. Les haut-potentiels peuvent également voir leurs spécificités non-intellectuelles se retourner contre eux durant leur scolarité. Généralement très émotionnels, et désireux de s’intégrer au moule de l’école, tout en faisant plaisir aux professeurs et aux parents, ils peuvent facilement devenir les têtes de Turc de leurs camarades. Dans certains cas, les parents d’enfants à haut potentiel peuvent être contraints de changer leurs enfants d’établissement, parfois plusieurs fois, pour que leur enfant finisse par se sentir bien.

Singuliers

Mais toutes ces caractéristiques ne se retrouvent pas toujours. Dans la nébuleuse des termes remplaçant l’abhorré et politiquement incorrect «surdoué», le mot «zèbre» fait bonne figure. Il est d’ailleurs utilisé par Jeanne Siaud-Facchin, la célèbre psychologue qui a lancé les Instituts Zebra  pour accueillir des enfants à haut potentiel. Il permet d’évoquer certaines caractéristiques majeures occultées par l’emploi d’autres termes. Le zèbre a été choisi car il s’agit d’un animal impossible à domestiquer, et chaque rayure de chaque zèbre est unique.

Florian Barthès

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