Lycée, des choix à faire en seconde qui impacteront l’orientation post-bac

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Les élèves de seconde devront choisir quatre ou cinq spécialités en février-mars pour choisir leur fin de lycée en termes de contenus et d’orientation. De nombreux changements et aménagements seront ainsi à prévoir pour la rentrée 2019 pour les élèves de première et 2021 pour les élèves de terminale.

Sardou chantait avec nostalgie le bac G en 1995, peut-être en sera-t-il de même pour le bac S dès l’année prochaine avec une jeune pousse de la chanson française. Pour rappel, la réforme du bac prend source dans un rapport remis par Pierre Mathiot, directeur de Sciences Po Lille. Dans ce rapport, il est expliqué que le baccalauréat est devenu un examen trop lourd à gérer tant côté organisation que côté candidats. Autre argument pro-réforme, le choix de filière est devenu complétement artificiel. Les lycéens ne choisissent plus leur filière en fonction de leur orientation. Dans cette optique, le bac S est devenu la série la plus généraliste, au détriment des deux autres, considérées comme des filières au rabais. Notons que pour le bac technologique, les séries actuelles sont conservées. Idem pour le bac professionnel qui doit faire l’objet d’une réforme dédiée. En outre, l’examen est jugé durement par le ministère. Selon ses dires, « il ne prépare pas assez efficacement aux études supérieures auxquelles il donne pourtant accès. L’organisation actuelle de l’examen repose sur des épreuves finales beaucoup plus nombreuses que chez nos voisins européens ». La concentration d’un grand nombre d’épreuves dans un temps très court n’est pas satisfaisante non plus selon le ministère : « Elle ne récompense pas les efforts réalisés par les candidats dans la durée et pose des difficultés organisationnelles. Et si le baccalauréat est une clé d’entrée dans l’enseignement supérieur, il est loin d’être un tremplin vers la réussite. Le taux de réussite au baccalauréat général et technologique (environ 90 %) ne doit pas masquer une autre réalité : 61 % des étudiants ne parviennent pas au terme des études dans lesquelles ils se sont initialement engagés. » Cette réforme du bac supprimera donc les filières actuelles (S, L et ES) et instaurera un nouveau tronc commun qui permettra d’offrir plus de choix aux élèves et éviter la hiérarchisation entres les séries.

En quoi consistera l’examen final ?

Les élèves conserveront une épreuve anticipée de français – avec un écrit et un oral – en classe de première. Pour l’examen final l’année suivante, il ne restera plus que quatre épreuves contre une douzaine au minimum auparavant : une première épreuve de philosophie, deux épreuves portant sur des enseignements de spécialité choisis en fin de seconde et un grand oral d’une vingtaine de minutes. Pour cet oral, il s’agira de soutenir un projet débuté dès l’année de première en lien avec l’une des matières principales choisies par le lycéen. Côté système de notations, la réforme prévoit aussi l’introduction d’un contrôle continu. Les quatre épreuves précédemment décrites représenteront 60 % de la note finale. Les 40 % dépendront des résultats des lycéens à leur contrôle continu. 30 % seront issus des épreuves communes organisées au sein des établissements. Les 10 % restants seront des notes figurant sur les bulletins scolaires de ces deux années. Enfin, l’oral de rattrapage est maintenu.

Une refonte des enseignements pour orienter autrement

Bien évidemment, les programmes seront amenés à évoluer. Pour l’heure, les matières qui resteront dans le tronc commun sont les suivantes : français en première puis philosophie en terminale ; histoire-géographie ; enseignement scientifique ; enseignement moral et civique ; deux langues vivantes ; éducation physique et sportive.

Avec cette nouvelle formule, les élèves de première devront choisir entre trois matières parmi douze spécialités. Et les terminales devront en choisir deux. Cela représentera en volume horaires trois fois quatre heures hebdomadaires pour l’emploi du temps de première et deux fois six heures par semaine en terminale. Le ministère de l’Éducation a ainsi défini 12 spécialités : arts ; biologie-écologie ; histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques ; humanités, littérature et philosophie ; langues, littératures et cultures étrangères ; littérature et langues et culture de l’antiquité ; mathématiques ; numérique et sciences informatiques ; physique-chimie ; sciences de la vie et de la Terre ; sciences de l’ingénieur ; et sciences économiques et sociales.

Un futur problème d’offre de spécialités ?

Tous les établissements ne pourront pas proposer l’ensemble des spécialités ce qui va amener à des situations très différentes d’un lycée à l’autre.
Cela dit, sur les douze spécialités, Jean-Michel Blanquer a promis de faire en sorte que les élèves aient un choix d’au moins sept spécialités dans leur établissement ou à proximité. L’actuel ministre visait les spécialités suivantes : histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques ; humanités, littérature et philosophie ; langues, littératures et cultures étrangères ; mathématiques ; physique-chimie ; sciences de la vie et de la Terre ; sciences économiques et sociales.
Les limites de cette réforme sont nombreuses : d’abord, les cinq autres spécialités ont déjà fait l’objet d’arbitrages au niveau académique afin de garantir l’accès des élèves à ces enseignements dans un périmètre géographique raisonnable selon le ministère. Des lycéens devront donc se déplacer afin de suivre une spécialité qui n’est pas proposée dans le lycée auquel ils sont rattachés. Une carte provisoire des enseignements de spécialité par académie et par lycée a été publiée par le ministère.

Le choix d’une spécialité ne sera ensuite pas toujours suffisant pour pouvoir suivre les cours dédiés. Dit autrement, pas question d’ouvrir une spécialité si les élèves ne sont pas assez nombreux dans une zone géographique définie.
Il y aura donc de profondes disparités entre académies d’autant que chacune n’a pas retenu le même mode de répartition dans les spécialités. Par exemple, certaines ont choisi la mutualisation : plusieurs établissements se regroupent pour offrir davantage de spécialités en précisant à l’élève que certaines disciplines seront dispensées dans un autre lycée que celui de rattachement. Autre limite, le nombre de possibilités qui permet finalement d’aboutir à 120 combinaisons de contenus d’enseignement. Imaginez les conséquences en termes de matériel et d’organisation.

Enfin, de nombreux d’établissements régulent les choix des élèves et recréent plus ou moins les anciennes filières. En ne proposant que certaines spécialités (souvent les plus classiques), on peut s’attendre à la reproduction des séries L, ES ou S. Ce qui rend finalement la réforme inopérante…

Quid de Parcoursup ?

Parcoursup comme vous devez le savoir est la plate-forme qui recueille désormais les vœux des futurs bacheliers et la procédure qui permet aux étudiants d’accéder à l’enseignement supérieur. Conséquence : le choix des spécialités devient conditionné à Parcoursup, déplorent certains syndicats. Par exemple, les facultés de médecine estiment que la spécialité sciences de la vie et de la Terre est incontournable pour entrer en première année de médecine.

Horizons 2021, pour y voir plus clair ?

Horizons 2021 vient d’être lancé par l’Éducation nationale. Le but ? Ce nouveau site doit permettre aux élèves de seconde d’y voir plus clair dans le choix de leurs spécialités. Il propose d’associer les spécialités et de découvrir les formations et métiers correspondants. Le site a été officiellement lancé à l’occasion du déplacement de Jean-Michel Blanquer et Frédérique Vidal dans un lycée de Saint-Maur-des-Fossés, en Île-de-France. Les deux ministres ont signé également une charte visant à garantir l’accompagnement de chaque lycéen pour lui permettre de faire, pendant sa période d’études au lycée, des choix d’orientation progressifs, éclairés et motivés, base d’une réussite ultérieure dans l’enseignement supérieur. Ce site permet donc de tester les combinaisons de spécialités en fonction des appétences des élèves afin de découvrir les formations et métiers qui correspondent à des choix de spécialités. Du côté des débouchés, sur le site Horizons 2021, on trouve neuf horizons (« arts et industries culturelles », « lettres, langues et communication », « sciences humaines et sociales », « sciences économiques et de gestion », « droit et sciences politiques », « sciences du vivant et géosciences », « santé », « sciences, technologie ingénierie et mathématiques », ou encore « sciences informatiques et industries du numérique »), et en cliquant sur chaque, l’univers des formations et des métiers correspondants.

Geoffroy Framery

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