Éducation positive : punir sans punir

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Un enfant qui n’en fait qu’à sa tête, un adolescent turbulent et insolent qui dépasse parfois les bornes. Face à un tel comportement, les punitions s’imposent. Mais sont-elles la meilleure solution ? Est-il possible de se faire obéir sans punir ?

Il fut une époque, pas si lointaine, où la punition aux yeux de la société était gage de bonne éducation. Les enfants étaient punis par leurs parents et même leurs enseignants en recevant des privations ou encore des châtiments corporels. Mais depuis, des scientifiques ont démontré que cette pédagogie ne sert à rien et peut même nuire à l’enfant. Dans une étude publiée en 2016 dans le Journal of Family Psychology, des chercheurs des universités du Texas à Austin et du Michigan ont analysé 50 années de recherches, portant sur près de 161 000 enfants. Résultat : ils n’ont jamais réussi à trouver de preuve d’amélioration du comportement des enfants par le biais d’une fessée. D’autres études récentes font état des effets très négatifs des fessées et des gifles sur le cerveau des enfants (certains sont visibles sur des IRM). En outre, les enfants à qui les parents ont infligé des punitions corporelles ou psychologiques ont tendance à développer des troubles de l’humeur, de dépression, de manie, d’anxiété, d’une dépendance à l’alcool et aux drogues, des troubles de la personnalité, en particulier des troubles dissociatifs. Tel est le constat d’une étude canadienne, menée en 2005 et portant sur 34 653 personnes. De nombreux pays ont d’ailleurs interdit la fessée, dont la France en novembre 2018. Mais alors, comment éduquer les enfants sans leur crier dessus, ni les punir ? Comment concilier l’autorité et la bienveillance de nos jours ?

Apprendre à réparer la bêtise

La punition n’est pas efficace car elle n’apprend pas à l’enfant à ne pas recommencer son geste ou comportement plus tard. Il est donc préférable d’opter pour la réparation des faits. Et pour que celle-ci soit éducative, c’est à l’enfant de proposer la forme de la réparation et de l’exécuter. Une méthode qui l’aidera également à apprendre la notion de responsabilité. La réparation peut-être matérielle ou symbolique (des excuses ou un service). Elle doit aussi être adaptée au type et à la gravité de l’infraction et peut s’effectuer une fois que l’enfant sera calmé. Par exemple, avant de réparer telle ou telle bêtise, si l’enfant est en colère et représente un danger pour les autres (la famille, la fratrie…) car il frappe, il peut être mis à l’écart. Cela l’aidera à se calmer. Il est d’ailleurs conseillé de prévoir un lieu où l’enfant très en colère pourra être extrait du groupe (de lui-même ou sur invitation d’un adulte). Il peut s’agir de sa chambre ou d’une chambre à jeux où les parents pourront mettre à disposition des balles anti stress, des crayons et des feuilles (pour mettre la frustration sur papier), des coussins à taper, etc. Une fois calmé, l’enfant pourra alors mettre les mots sur sa colère et sera apte à réparer les dégâts commis par son comportement. Afin que cette réparation ait un sens, il faut absolument rappeler les règles de la bonne conduite en lien avec la bêtise de l’enfant (par exemple, pourquoi on ne doit pas frapper ou insulter les autres, etc.).

Des stages de « parentalité positive »

Il s’agit de l’éducation positive. Cette dernière est surtout fondée sur l’écoute de l’enfant et sur l’empathie. Elle s’appuie sur des études qui ont montré que des attitudes positives et bienveillantes permettent au cerveau de l’enfant de bien se développer. Pour cela, un principe central : mettre des mots sur les intentions, motifs, malaises, souffrances ou besoins non satisfaits qui ont entraîné la bêtise. En effet, moins les enfants ou les adolescents ont de mots à leur disposition, plus ils risquent de parler par l’action violente. Certains linguistes parlent dans ce cas de « langue illettrée ». Or si l’enfant qui a commis la transgression est amené à parler de lui et de ses difficultés, il trouve plus vite, grâce à l’adulte, des solutions adéquates à son mal-être.
Enfin, les parents dépassés par le comportement de leurs enfants et ne sachant pas comment les aborder – même dans le cadre de l’éducation positive – peuvent suivre des stages de « parentalité positive ». Ils proposent un modèle d’éducation « bienveillante » à des adultes souvent en difficulté face aux problèmes de leurs enfants. En outre, un numéro vert gratuit, SOS Parentalité (0 974 763 963), a été créé pour les parents désemparés par Catherine Dumonteil-Kremer, pionnière de la parentalité positive et de la non-violence dans l’éducation, auteur de Une nouvelle autorité sans punition ni fessée (éd. Nathan) et créatrice du site Parentalité créative.

Anna Ashkova

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