Baccalauréat, un cru 2021 sous tension(s)

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Les défis de la nouvelle année 2021 seront nombreux, pour toutes et tous. Pour nos millions de lycéen·nes, premières et terminales, le bac approche. Son adaptation est même déjà sur les rails, réforme des lycées oblige. Ce baccalauréat édition 2021 s’annonce des plus incertains. Entre cours en distanciel, contrôle continu et retards accumulés, il embarque son lot d’inquiétudes. Pour les élèves comme pour les enseignant·es, l’équation est un casse-tête à plus d’une inconnue.

Le baccalauréat 2021 est celui de la réforme. Un diplôme et un cursus tout frais tout neufs qui misent sur l’association entre contrôle continu et examens finaux pour « redonner au baccalauréat son sens et son utilité ». Belle idée sur le papier, mais pour les principaux·les intéressé·es, les élèves et les enseignant·es, l’expérience n’est pour l’instant pas un long fleuve tranquille. Surtout, à peine ont-ils·elles eu le temps de commencer à s’adapter à la nouvelle formule que la crise sanitaire et tous les chamboulements qu’elle provoque se sont invités à une table déjà bien en désordre. Pour les bachelier·ères de l’année scolaire 2020-2021, le parcours est jalonné d’obstacles. Entre le premier confinement et les cours à distance, plus les récentes décisions du ministère de l’Éducation de Jean-Michel Blanquer, la coupe menace de déborder. « Je suis en terminale et je constate qu’aujourd’hui les lycéen·nes vont mal, nous souffrons face à des décisions qui nuisent à notre éducation et augmentent les inégalités entre élèves », explique amèrement Dianyce Ekani, secrétaire générale de l’Union nationale des lycéens (UNL) et lycéenne en Haute-Savoie. Elle regrette que les jeunes aient été « culpabilisés vis-à-vis de la circulation du virus, alors qu’ils·elles subissent la situation au même titre que le reste de la société ». Du côté du corps enseignant, on note également l’accumulation de stress pour les élèves en cette période. Particulièrement avec la nouvelle formule, comme le rappelle Pascal Ollier, responsable du secteur lycées au Syndicat national des collèges et lycées (SNCL) : « Le bac 2021 se fera à 60 % au contrôle continu, les élèves sont préparé·es, mais ce n’est pas du tout la même chose que de travailler pour une épreuve finale. »

Le temps de la réforme

Si l’enseignant admet que la notation au contrôle continu est plutôt « en faveur des élèves », il regrette toutefois l’esprit de cette réforme qui retourne le paradigme du baccalauréat en supprimant l’homogénéité de l’évaluation finale. « Nous nous sommes opposés à la réforme, finalement les E3C [épreuves communes de contrôle continu, devenues depuis EC, épreuves communes] nous ont été imposées, mais nous tenions à l’anonymat des copies et aux épreuves finales pour toutes les matières, de façon à conserver un niveau cible », ajoute le syndicaliste. Un avis qui fait écho au constat de Dianyce Ekani : « La réforme est très contestée par la communauté éducative, ce bac “local” est une source stress supplémentaire et d’inégalités selon les établissements. » De manière générale, la représentation lycéenne regrette de ne pas avoir été assez écoutée et à peine entendue en amont, et aujourd’hui en aval, de la réforme. Chez l’UNL, on déplore également la « rapidité de la réforme », qui n’a pas assez pris en compte les avis des principaux·les intéressé·es (élèves, enseignant·es, chef·fes d’établissement) et rend la transition difficile.

Pour les enseignant·es, le nouveau bac est synonyme d’une grosse charge de travail supplémentaire. La correction des épreuves communes sera assurée par les professeur·es des élèves directement, au fil de l’eau, et sans anonymisation. Selon Pascal Ollier, le sens que prend le baccalauréat n’est pas le bon : « Les épreuves terminales étaient une richesse, un facteur d’égalité. Aujourd’hui, il devient compliqué de maintenir une forme d’égalité quand l’enseignant·e peut piocher librement dans une banque de plus de 300 sujets pour l’épreuve, sans qu’il y ait même un sujet commun par établissement. » En cette année 2020 de crise sanitaire, et à l’approche d’une année 2021 de crise sanitaire et de nouveau bac, les sources d’inquiétudes déjà nombreuses se multiplient. Et les syndicats tirent la sonnette d’alarme.

Covid-19 et baccalauréat, gare aux turbulences

« En cette période covid, le bac, en plus de constituer une source de stress, est incertain », constate la secrétaire générale de l’UNL. Durant l’année scolaire 2020-2021, crise sanitaire et lycées ont rimé avec cours à distance et aménagements pédagogiques. Autant de sources d’incertitudes donc, comme l’exprime notre jeune syndicaliste : « Nous partons du principe que nos épreuves de spécialités se feront en présentiel, mais nous ne sommes sûr·es de rien, nous ne pouvons pas bien nous préparer dans le contexte actuel. » Au-delà du manque de visibilité, les voix s’élèvent pour dénoncer les inégalités induites et accentuées par la situation. « Ce qui a créé beaucoup d’inégalités, c’est le distanciel, qui a pénalisé beaucoup d’élèves, et le contrôle continu amène son lot d’arbitraire, évidemment tout le monde ne note pas de la même façon », résume Pascal Ollier. Conséquence de l’instabilité de la situation et du manque de continuité, les enseignant·es prennent du retard sur leurs programmes. Difficile de s’organiser dans la nouvelle formule « hybride » qui alterne cours en présentiel et cours en distanciel au bon gré des décisions de chaque établissement et de chaque conseil pédagogique. Dit plus simplement, personne n’est logé à la même enseigne, et c’est là tout l’obstacle. En outre, le rythme et l’alternance présentiel/distanciel varie selon l’établissement. Là encore, pour l’égalité, il faudra repasser.

Conséquences de la situation, le décrochage scolaire s’accélère chez certain·es et l’impact psychologique de la crise, les cours à distance et l’isolement sur les élèves se précisent. « Certain·es élèves sont très assidu·es et s’adaptent bien aux cours hybrides, d’autres décrochent ou sont en rupture », constate le syndicaliste du SNCL. Face à cet état de fait, le calendrier de ce baccalauréat 2021 pose question. Et fait débat. Entre augmentation du contrôle continu et dates des épreuves de spécialité, les lycéen·nes voient encore flou, moins de deux mois avant de devoir commencer à se positionner via Parcoursup.

Alerte au bac inégalitaire

Dianyce Ekani, notre jeune lycéenne, insiste, les lycéen·nes méritent d’être entendu·es : « C’est bien de dire que la situation des lycéen·nes est difficile, mais au bout d’un moment, il faut composer avec nous. Nous infantiliser ne rendra pas moins légitimes nos revendications. Notre inquiétude est légitime et nous sommes tout à fait conscient·es de la gravité de la situation actuelle. » Pour aménager l’évaluation finale des bachelier·ères, le ministère de l’Éducation a décidé l’annulation des EC (épreuves communes), comme l’an passé, au prix d’une plus grande importance donnée au contrôle continu. On l’a compris, le sens de cette décision, qui découle de l’esprit de la réforme du baccalauréat, inquiète le corps enseignant. D’autant plus que les épreuves de spécialité (deux par élève en terminale), sont jusqu’à présent bien maintenues pour la mi-mars, pendant qu’on « bataille dans les lycées en enseignements hybrides pour garder le rythme et finir les programmes à temps ». La course est lancée, on se doute que pour beaucoup, l’objectif ne sera pas atteint, tant le retard accumulé au fil de l’année est important.

Beaucoup de syndicats d’élèves et d’enseignant·es se retrouvent sur ce point : il faut réaménager le calendrier du Bac 2021. Un groupe de syndicats (SNES-FSU, SNALC, Sud-Education ou FIDL côté enseignant·es, et UNL côté lycéen·nes) a signé une pétition contre la réforme du bac et pour le report des fameuses épreuves de spécialité au mois de juin. Une évidence pour beaucoup, mais qui pose problème : les résultats de ces épreuves, chacune coefficient 16, sont directement comptabilisés et déterminants pour les vœux des élèves sur Parcoursup. Or, le report des échéances de la plate-forme vers l’enseignement supérieur paraît peu envisageable. Chez l’UNL, on va plus loin en demandant l’annulation du grand oral qui prend appui sur les épreuves de spécialités. « On ne peut pas ignorer les inégalités dans la préparation, tous les élèves ne pourront pas s’y présenter avec les mêmes armes », s’inquiète Dianyce Ekani.

En somme, le bac 2021 sera, à l’image de la réforme qu’il incarne, à la carte. Selon chaque établissement, chaque classe et parfois même, chaque élève, la préparation sera plus ou moins suffisante. Mais comme son prédécesseur en 2020, la saveur est déjà est déjà amère. Nos aspirant·es bachelier·ères peinent à regarder vers leur futur scolaire avec sérénité. Qu’importe, le ministère de Jean-Michel Blanquer tient sa feuille de route en cette crise sanitaire et s’arc-boute sur sa réforme. Après tout, les élèves et les enseignant·es n’ont qu’à s’adapter. Joyeux bac 2021, et puisse le sort vous être favorable.

Adam Belghiti Alaoui

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