Parcoursup, vœux exaucés ?

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Contrairement à sa grande sœur Admission Post-Bac, Parcoursup, la nouvelle plateforme d’orientation, ne permet pas de trier les vœux par ordre de préférence. Une réponse a été donnée à chaque vœu sans prendre en compte les autres, laissant ainsi des élèves sans affectation. Ce qui ne devait pas constituer un tri à l’entrée du supérieur en est-il finalement un ?

Un choix en amont

Il revient à l’élève de savoir ce qu’il souhaite faire. Après s’être potentiellement fait conseiller par son entourage et l’équipe pédagogique de son lycée, il est en mesure de formuler ses vœux pour telle discipline, tel type d’établissement. Il est important qu’en amont du dossier pour Parcoursup le lycéen sache de quoi il est capable et ce qu’il ne veut pas faire, afin de mettre toutes les chances de son côté et de ne pas se trouver obligé de suivre une formation qui lui déplaît.

Le dossier

Qu’est-ce que les établissements du supérieur étudient depuis la plateforme ? Tout d’abord, la hiérarchie des vœux n’existant plus, ils traitent chaque demande de la même façon… suivant le dossier des candidats ! Ce dernier comprend autant les notes et la motivation que la correspondance du profil avec le vœu.

À chaque formation ont été associés des « attendus », sortes de critères en lien avec la discipline. Un lycéen conscient de ce qu’il sait et veut faire aura plus de chances d’obtenir l’affectation de son choix que son camarade qui aura postulé au hasard.

Concernant les notes, ce sont celles des épreuves anticipées au baccalauréat, et celles des années de première et terminale qui sont prises en compte. Ainsi, un élève aux moyennes respectives de 12 et 15/20 en anglais et espagnol, demandant une licence d’anglais et une d’espagnol, se verra orienté en licence d’espagnol, ses résultats étant meilleurs dans cette matière.

La fiche avenir joue également un rôle important, notamment parce qu’elle contient l’avis du conseil de classe concernant le projet de formation du lycéen. Encore un moyen de trier les élèves selon la cohérence de leur projet. Il en est de même pour la motivation qui peut être directement rédigée sur la plateforme.

Réaliser ses vœux

C’est en multipliant ses vœux que le lycéen augmente ses chances d’être accepté où il le souhaite. Bien évidemment certaines formations sont rares ou sélectives et donc n’offrent pas la possibilité de faire de nombreux vœux.

D’autre part, certaines formations sélectives voulant s’assurer de remplir leurs bancs pourraient accepter plus d’élèves que de places disponibles. Un problème qui rejoint celui de la suppression de l’algorithme d’APB à cause de laquelle des places sont bloquées par les élèves ayant été acceptés dans plusieurs formations.

Pour obtenir l’une des formations qu’il souhaite (dans le cas où aucun de ses vœux n’a été formulé par dépit), l’élève ne peut qu’espérer voir son dossier retenu dans plusieurs formations grâce à un meilleur dossier que les autres. En effet, un candidat au dossier dont la qualité est moindre par rapport à celle de ses camarades pourra se trouver sans affectation : de meilleurs dossiers ayant été retenus, d’autres bloquant les places potentiellement disponibles.

Un dilemme pour les établissements

Si certains lycéens se retrouvent sans affectation, cela est donc dû à l’absence de possibilité des autres candidats de se désister. Par ailleurs, les formations sélectives veulent s’assurer de remplir toutes les places qu’elles ont. Pour cela, les établissements ne veulent généralement pas se contenter d’accepter seulement 50 candidats pour 50 places (par exemple), car si leurs candidats ont été acceptés dans une formation qu’ils préfèrent, l’établissement risque de se retrouver avec des places vacantes à la rentrée.

Une autre facette de Parcoursup permet de s’assurer que la formation fera son plein d’étudiants. Les candidats n’ont pas accès au nombre de places restantes mais uniquement au nombre de places proposées par les formations. Cela bloque les bacheliers dans leurs choix, mais aussi les établissements. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit d’une réflexion sur ses priorités et sur les concessions à faire.

Des cas spécifiques

Obtenir une affectation dans un établissement de son secteur semble déjà compliqué, mais qu’en est-il des lycéens cherchant à quitter leur département ? Dans le cas des licences, tout comme avec APB, les élèves du secteur sont prioritaires. Cependant, certaines formations d’Île-de-France se sont désectorisées pour donner sa chance à chaque candidat. Une autre mesure, cette fois-ci appliquée sur tout le territoire, offre la possibilité aux candidats hors secteurs d’être pris : après discussion avec chaque formation, les rectorats ont fixé des quotas de bacheliers venant d’autres académies.

Que ce soit en raison d’un tri de la part des établissements ou d’un nombre de places trop faible, les candidats issus des banlieues sensibles ont du mal à se trouver une place. Le problème est également démographique : plus la population est nombreuse, plus les candidats seront nombreux et le peu de places proposées prises par les meilleurs dossiers (notamment en formations courtes et professionnalisantes). Autre point de discrimination : quelques formations ont choisi parmi leurs critères de sélection le lycée d’origine des candidats. Résultat, les candidats sortants de lycées moins cotés voient leurs chances fortement diminuer. Ceci est une nouveauté de Parcousup, car avec APB les établissements du supérieur n’avaient pas accès au dossier des élèves.

Un quota d’étudiants boursiers a également été fixé par les rectorats pour chaque formation. Cela concerne toutes les formations, sélectives ou non. Conséquence, un élève non boursier présentant un meilleur dossier qu’un élève boursier devra laisser sa place à ce dernier si le quota n’est pas rempli.

La plateforme du camouflage

Le passage d’APB à Parcoursup cache l’échec des gouvernements quant à l’orientation des lycéens. Et cela se traduit tout d’abord par la disparition de la hiérarchisation des vœux : sans indication de premier vœu, il est désormais impossible de déterminer un pourcentage de lycéens acceptés dans leur « premier vœu », et cela cache la difficulté à les affecter où ils le souhaitent. Nombreux ont été ceux qui ont postulé à des formations qui ne leur plaisaient pas forcément, mais pour s’assurer une place à la rentrée.

D’autre part, comme nous l’avons vu, le système de Parcoursup permet une sélection, contrairement à APB. Dossier scolaire, lieu de résidence, etc., sont désormais pris en compte. Le problème est que les bacheliers ne sont pas responsables de ces critères : ils n’ont pas toujours eu le choix de leur lycée, et encore moins de leur lieu d’habitation. Le mieux à faire reste donc de travailler durant toute sa scolarité pour avoir le meilleur dossier possible.

Aude Charbonnier

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