Tomber pour mieux se relever !

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Comment aider son enfant à garder confiance en l’avenir et en lui lorsqu’il décide d’arrêter une année d’études. Parenthèse donne la parole à trois experts, coaches et psychologues pour vous donner quelques pistes de réflexion.

A Paris, Maria entre en prépa MPSI en septembre dernier et explose au mois de janvier, décide d’arrêter la prépa et se retrouve dès lors en plein désarroi. Elle qui avait eu une mention très bien au bac et réussi une scolarité sans accrocs, se retrouve désemparée après ce burn-out étudiant. Cet exemple parmi la fine fleur étudiante n’est que l’arbre qui cache la forêt des indécis, des déçus, des malheureux, des jeunes qui décident de quitter une année d’étude en cours ou qui, simplement ne souhaitent pas continuer leur cursus même en ayant validé leur année… Ce cas d’échec, d’abandon ou de procrastination par peur de la vie d’adulte serait le lot d’un étudiant sur trois en première année… Comment réagir face cette perte de repères  et d’estime de soi ?

Autant de motifs qu’il n’y ait de jeunes…

« Nos belles histoires sont nombreuses et souvent les surprises sont au rendez-vous. Mais parmi tous les jeunes que nous avons conseillés et accompagnés, demeure une constante : Avec le concours des parents, nous avons ouvert les yeux aux jeunes vers des perspectives positives qui leur ont permis de retrouver de la motivation », explique Arnaud Maynadié, fondateur de Talenvia, agence spécialisé dans la stratégie d’orientation.

Plusieurs cas de figure se présentent cela dit, en termes d’abandon d’études ou de volonté de changement en fin d’année : les conséquences malheureuses et tardives d’un harcèlement, l’abandon après plusieurs premières années, un manque de maturité, une mentalité de zappeur, la pression parentale ou la reproduction sociale sur un parcours, un diplôme qui ne servira à rien par rapport au projet professionnel voulu, l’angoisse de la vie active avec ses codes et ses normes, la peur de sortir de sa zone de confort, la perte de sens… Quel que soit la cause, la bienveillance est de mise pour éviter de faire culpabiliser votre enfant et de lui donner un goût des plus amers sur l’un des premiers échecs – ou expérience, à votre convenance – de sa vie. Sylvie Arnoux, coach et dirigeante d’Orientation et Réussite ajoute : « Dans ce type de situation, on peut parler généralement de démotivation qui recouvre différents motifs. Cela peut être lié au contenu de la formation qui ne convient pas. Le jeune peut ne pas s’être suffisamment projeté dans la réalité du métier visé. Cela peut être également lié au contexte qui ne convient pas, à la façon dont le savoir est transmis, aux enseignants ou à d’autres élèves. Ce n’est pas toujours lié à un problème spécifiquement scolaire. Il faut analyser l’historique du décrochage. Et surtout dédramatiser. C’est l’occasion pour le jeune de rebondir et retrouver une place qui lui convient davantage. »

Et Arnaud Maynadié  d’abonder : « Le premier réflexe revient à  écouter  la situation pour comprendre. Les jeunes ont souvent envie de parler et le plus mauvais réflexe est celui de vouloir  conseiller dans les premiers temps. Car le jeune pourra alors en vouloir à ses parents ou au professionnel de nier son altérité et son unicité au nom de principes généraux qui lui sont calqués ». Facile à dire mais pas facile à faire ? La pression n’est pas que sur les épaules de l’enfant, elle repose tout autant sur les parents qui ont cru au projet initial qui finalement tombe à l’eau. »

La place des parents

« La verbalisation est compliquée. Au départ il est souvent difficile de leur faire prendre conscience de leur problématique majeure. Donc nous passons par un travail de valorisation où les parents sont également mis à contribution », complète le co-fondateur et dirigeant de Talenvia. L’idée est ce faisant d’instaurer une relation de confiance pour préparer l’enfant à entrer dans une phase de projection. Cela passe par l’explicitation de ses talents et une nécessaire prise de recul et introspection sur ses derniers moi. S’il se raconte sans se dévaloriser, alors le jeune sera capable de dire pourquoi il est tombé dans cette situation.  Nous faisons de l’orientation mais ce n’est pas l’objectif premier. Nous ne souhaitons pas affirmer avec fermeté pour quel métier le jeune est taillé. Nous n’en sommes pas capables, et personne ne l’est car faire des choix et s’orienter est une question existentielle qui jalonne une vie… Mais nous faisons du storytelling et le but est d’écrire avec le jeune d’où il vient et quel but il souhaite atteindre pour ensuite écrire un projet et partir à la  rencontre de la bonne histoire, les bonnes expériences et les bonnes rencontres.

Que faire pour les parents ?

Comment le remettre sur les rails de la confiance pour qu’il prenne à  nouveau le risque de choisir un nouveau parcours ? « Parler, lâcher nos convictions de parents, dédramatiser, faire confiance à son enfant c’est déjà lui donner l’autorisation implicite de s’être trompé de voie », explique Fabienne Carlin-Zayan, psychologue spécialisée dans spécialisée dans la prise en charge du stress, de l’anxiété, des phobies et problématiques liées à la concentration et au sommeil. Arnaud Maynadié  ajoute : « Le meilleur conseil que nous pourrions faire aux parents ?  Il s’agit en quelque sorte d’une injonction contraire : Réagissez vite mais  ne vous précipitez pas ! » Dit autrement, il convient de  vite trouver du conseil qui va valoriser pour ne pas laisser végéter votre enfant qui va alors s’isoler socialement. Mais il faut être patient sur le phénomène de résilience et sur les futurs choix de votre jeune. « Surtout, il faut montrer du respect pour son choix, sans se braquer, ni adopter une posture agressive. Il est important d’écouter et de comprendre les raisons qui le font abandonner, pour éviter que la même problématique ne se pose à nouveau dans un autre cursus », complète  Fabienne Carlin-Zayan. S’en suivent une salve d’interrogations à laquelle il faut trouver des réponses… Votre enfant se sent-il débordé ? Ne se sent-il  pas « à sa place » ? Les cours ne l’intéressent-ils pas ? Et pourquoi ? Lui faut-il un cursus plus concret ? A-t-il des lacunes dans un domaine ? Connaît-il les bonnes stratégies d’apprentissage ? Se sent-il exclu ?

Quels risques court votre enfant ? Sylvie Arnoux estime que le principal écueil est la perte d’estime. Elle note : « Le rôle des parents est de limiter ce sentiment. La première chose à faire avec un étudiant est de lui affirmer que l’échec présente des vertus. Le but est donc de rebondir. Le spécialiste coach peut ici jouer un rôle si les parents connaissent une relation difficile sur le plan de la communication voire si la relation est de nature conflictuelle. Mais tous n’ont pas besoin d’être accompagnés et certains parents s’en sortent très bien à deux avec leur ado ou leur jeune adulte.

Le contraindre à continuer ou l’occuper pour ne pas gâcher l’année, les fausses bonnes idées ?

« L’occuper, oui tout prix !», pensent à tort les parents. D’autant que trouver une nouvelle voie exige du temps, de l’abnégation et du travail. « Faire un petit job n’est pas la meilleure solution surtout si l’idée est celle de ne pas gâcher du temps », explique Arnaud Maynadié. Et là est la plus grosse chausse-trappe.  Nombreux sont les parents à avoir oublié ce qu’était être jeune – d’où souvent le conflit intergénérationnel qui survient, et combien il était difficile d’autonomiser ses choix de jeune adulte pour la première fois. Une pensée également qui s’éloigne de celle cultivée par de nombreux parents qui consiste à voir la vie de son enfant comme une courbe linéaire et positive de progrès… Oui l’apprentissage pour marcher, être propre, s’exprimer intelligiblement est souvent une question de temps… Mais rien ne prépare à l’orientation, ni à l’échec. Tant que l’enfant cultive des liens sociaux corrects et a de bons résultats, les parents sont souvent indifférents à la capacité d’introspection de leur enfant…et à celle de faire le choix juste, jusqu’à la première gamelle… Faire un « ptit’ job », oui s’il est corrélé avec son futur projet et s’il n’est pas chronophage sur la phase de réflexion. « Sinon, cela ne lui permet pas de réfléchir et de prendre du temps pour échanger avec des personnes dans les milieux qui l’intéressent et derrière de construire un projet. La composante temps est essentielle. L’occuper aveuglément pour ne pas gâcher une année ne fait que repousser la réflexion… », martèle Arnaud Mayndié de Talenvia. Le style directif n’est bien évidemment pas la solution préconisée. Obliger le jeune à finir le diplôme ou l’année en cours contribue à entretenir un réel état de souffrance. Le défaut des parents peut être aussi de sous-estimer la profondeur du changement à initier sans recourir à un professionnel de santé ou de l’accompagnement. Mais gardez espoir car tout est question d’état d’esprit : « Le parent peut être aidant s’il parvient à rester positif, confiant, encourageant. Il s’agit avant tout d’identifier les causes du découragement, puis d’aider le jeune à devenir autonome, confiant et à se motiver. Cette démarche passe parfois par un travail sur les différentes stratégies à mettre en place (stratégies de  motivation,  de confiance en soi, d’apprentissage).  Là aussi, une aide extérieure peut être bénéfique », conclut Fabienne Carlin-Zayan, psychologue.

Geoffroy Framery

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