Loin de sonner le glas de plusieurs années de vie commune, les disputes conjugales seraient le signe d’une bonne communication au sein du couple. À condition toutefois qu’elles soient menées avec maestria. Des experts nous expliquent comment devenir des querelleurs émérites.

Sauriez-vous chiffrer la fréquence annuelle de vos disputes conjugales ? Réfléchissez bien et inutile de prétendre que, chez vous, c’est le monde des Bisounours. Une enquête britannique nous a pris la main dans le sac l’année dernière (1). Résultat ? Une vraie performance puisque nous nous disputerions, en moyenne, 312 fois par an ! Télécommande accaparée, lunette des toilettes relevée, squat interminable de la salle de bain, rouleau de papier toilette vide, arrivent en tête des tragédies quotidiennes qui déclenchent les hostilités. À se demander qui sont les ados à la maison…

Vive les disputes !

Quoiqu’il en soit, soyons rassurés, tous les spécialistes l’affirment : les disputes conjugales sont normales. « Elles font partie de la vie de couple et ne remettent pas en cause l’amour profond que l’on éprouve pour l’autre », assure la psychothérapeute Carolle Vidal-Graf, auteur du livre Comment bien se disputer en couple (Jouvence). Mieux, pour le psychologue Yvon Dallaire, elles sont même nécessaires. « Si personne n’exprime son amour ou sa colère, on devient alors deux colocataires », prévient-il. Avouez d’ailleurs, mesdames, qu’il n’y a rien de pire qu’un mari mutique face à nos attaques (légitimes). Ce n’est pas moi qui le dit mais encore Yvon Dallaire : « Le silence est la pire violence que l’on puisse faire à une femme. » Plus d’hésitations ! « Les disputes permettent à chaque membre du couple d’extérioriser ses attentes, ses besoins, enchérit Lise Bellet, avocate et médiatrice familiale à Paris, encore faut-il qu’elles soient constructives ! »
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Non aux « jamais », aux « toujours », au « tu » qui tue

Se disputer, oui, mais pas n’importe comment. Comme il existe un droit de la guerre, sachez qu’il existe une déontologie de l’escarmouche matrimoniale. Vous tombez nez à nez avec une paire de chaussettes (sales) au beau milieu du salon ? Carolle Vidal-Graf vous conseille en premier lieu de rester aux commandes de votre colère : « Quel que soit l’état dans lequel vous vous trouvez, n’ayez recours à aucune violence, qu’elle soit physique ou verbale ! ». Attention au « bal des mots dits », avertit en effet le psychiatre Alain Braconnier. Bannissez de votre vocabulaire les « toujours », les « jamais » et surtout le « tu » destiné à viser la personne plus que son comportement. « Si vous dites à votre conjoint « Tu es paresseux », il va se bloquer parce qu’il va se sentir agressé et stigmatisé, poursuit Carolle Vidal-Graf. Dites-lui plutôt avec douceur « Je suis fâchée parce que tu n’as pas rangé tes affaires ». Une stratégie gagnante. Il est effectivement plus facile de ramasser une paire de chaussettes que d’opérer sur soi une révolution copernicienne ! Et parler à la première personne du singulier ouvre la voie à une analyse salvatrice de nos ressentiments. « Ce qui nous fâche, c’est de n’avoir pas existé pour l’autre puisqu’il a fait quelque chose qui nous a fait de la peine, analyse la psychothérapeute ; parler de soi, c’est refaire surface. » Inutile également de saisir l’occasion pour ressortir les vieux dossiers ! La dispute doit être circonscrite. « N’en profitez pas pour vider votre sac », suggère Yvon Dallaire.

Savoir désamorcer

En cas d’attaque, nos experts conseillent plusieurs stratégies de désamorçage de l’ire de notre conjoint. Darling Chéri vocifère dans la Laguna, chauffé à bloc par vos hésitations vestimentaires qui ont décalé d’une petite demi-heure votre départ chez les Machinchose ? Écoutez-le sans l’interrompre. « L’écoute silencieuse est une potion magique à consommer sans modération pour le plus grand bénéfice de la relation de couple. Elle permet d’éviter les échanges stériles », estime Carolle Vidal-Graf. Si vous sentez que la discussion risque de s’envenimer, proposez à Darling Chéri de la reprendre plus tard. Vous éviterez ainsi d’entrer dans une surenchère d’agressivité. « Ne perdez jamais de vue le principe de la « balle au mur » : c’est la même balle qui revient et elle revient avec la même force à laquelle vous l’avez expédiée sur le mur », met en garde Yvon Dallaire. Ou alors rangez votre orgueil dans la boîte à gants et reconnaissez vos torts. « Validez ce qui a provoqué sa colère ou son insatisfaction, conseille Lise Bellet ; si la personne se sent écoutée, la pression redescendra ». Et si jamais ces techniques ne fonctionnent pas, il reste toujours votre humour inénarrable. Une arme efficace qui vous a déjà sauvée à maintes reprises des situations les plus dramatiques.

L’épilogue

Passer maître dans l’art de la dispute conjugale ne supprime pas pour autant les sujets de discorde. À grand renfort de mots choisis, de douceur et d’écoute silencieuse, vous venez de débattre sur l’opportunité de passer le week-end chez Tatie Danielle, la marraine de votre mari qui-vit-seule-la-pauvre. Comment faire ? Pour Carolle Vidal-Graf, une négociation s’impose. Il est nécessaire de « trouver un compromis satisfaisant pour les deux partenaires qui ont des points de vue différents ». Votre mari partira donc dès samedi chez sa tantine, et vous le rejoindrez avec les enfants pour le déjeuner dominical. Un avis que ne partage pas Yvon Dallaire : « Le consensus, c’est perdant-perdant. Faire un pas chacun l’un vers l’autre mène à une solution qui ne satisfait ni l’un ni l’autre, souligne-t-il. Mettre de l’eau dans son vin, c’est le rendre moins bon ! » Pas faux non plus ! Le psychologue prône donc l’alternance : « Pour viser le gagnant-gagnant, chacun doit décider à tour de rôle, étant entendu que certains conflits sont insolubles ! » Voilà qui laisse la voie à de nouvelles disputes. De quoi vous occuper le jeudi soir à 20h, moment de prédilection des couples pour se quereller (2). Une bonne dizaine de minutes pour évoquer vos cheveux qui bouchent les canalisations, le laxisme de votre mari avec vos ados ou l’intérêt d’offrir à vos beaux-parents un abonnement à Parenthèse pour leurs noces de vermeil.

(1) et (2) Enquête menée en janvier 2011 par Betterbathrooms.com

Article réalisé par Elisabeth Caillemer du Ferrage

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