Pourquoi choisissons-nous tel ou tel prénom ?

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Quel choix ! Il engage un être dans la vie. C’est un jeu, une joie ou un drame. On en fait des blagues : Labrosse Adam, Élodie Matébon, Oliver Vintheur, Geoffrey Danledo, Trankilcom (Jean) Baptiste, (Jean) Eudes Éheffe, N. Hervé, Anne-Sophie Stiké. Plus sérieusement, Jade ou Léa ? Arthur ou Hugo ? Classique ou plus moderne ? Choisir le « bon » prénom tourne parfois à l’obsession chez certains couples qui peinent à se décider. Avant le fameux déclic et la tendance à naturaliser un processus pourtant social, « nous n’aurions pas pu l’appeler autrement ». Or, l’époque et le milieu dans lequel nous vivons influencent notre attrait pour tel ou tel prénom. Éclairage avec Baptiste Coulmont, sociologue des « prénoms ».

Comme à leur habitude, Stéphanie Rapoport et Claire Tabarly ont, grâce au traditionnel Officiel des prénoms, dévoilé les prénoms préférés des parents en 2020. À l’arrivée, l’hégémonie des Emma du côté des filles et des Gabriel pour les garçons. Ce qui s’apparente à une simple question de goût. Il est vrai que dire « tous les parents ont donné à leurs enfants des prénoms qu’ils aiment, concède le sociologue Baptiste Coulmont, en outre professeur de sociologie à l’ENS Paris Saclay, serait en réalité bien plus global ». Puisque nos goûts sont étroitement liés « au milieu dans lequel nous avons grandi », notre passé mais aussi nos habitudes culturelles présentes jouent un rôle majeur dans l’attribution de tel ou tel prénom.

L’influence du milieu social

Pourquoi ce prénom ? Question simple qui risque parfois d’embarquer les nouveaux parents dans un long monologue au terme duquel vous aurez droit à une anecdote franchement pas si singulière. Le récit d’une histoire qui atteste que Léo ou Hortense ne pouvaient finalement pas s’appeler autrement. « Nous avons entendu ce prénom pendant nos vacances », illustre Baptiste Coulmont, auteur de l’ouvrage Sociologie des prénoms, qui rappelle que nous n’entendons sans doute pas les mêmes prénoms lors d’un séjour « dans un camping populaire au nord de la France qu’au sein d’une station de ski huppée en Suisse ». Le choix du prénom traduit souvent notre milieu social et nos habitudes culturelles. En filigrane, des tendances de fond : « Les agriculteur·rices aiment les prénoms qui ont fait leurs preuves, parfois en décalage avec le reste de la société, les cadres abandonnent souvent les prénoms qui deviennent à la mode », constate Baptiste Coulmont.

Idem, les petits Matthieu et Mathieu n’ont pas les mêmes parents. Les premiers auront sans doute des géniteurs plus sensibles à l’écriture qui renvoie à celle pratiquée dans la Bible, par exemple. Dans le même sens, Baptiste Coulmont nous confie que les Yasmine ont généralement des parents plus élevés dans la sphère sociale et présents depuis plus longtemps en France que les Yasmina dont les parents viendraient d’arriver dans le pays.

Des prénoms de plus en plus nombreux

Souvenez-vous, au début du xxe siècle, vous aviez 20 % des filles qui se prénommaient Marie, chiffre notre sociologue… et ça ne dérangeait personne ! Puis le nombre de prénoms divers a grimpé. « Aujourd’hui, même les prénoms les plus donnés représentent à peine 2 % de l’ensemble des prénoms », remarque Baptiste Coulmont. Notamment parce que le prénom était à l’époque surtout utilisé dans un cercle proche. Plus de prénoms aussi en raison d’un brassage progressif des cultures. Les prénoms connaissent leur mondialisation, l’émergence d’une culture plus internationale et notamment anglo-américaine va influencer le choix des parents vers de nouveaux prénoms. Dis-moi comment tu t’appelles, et je te dirai qui tu es. l

Geoffrey Wetzel

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