Croire en soi, en son enfant et en l’institution : Pari impossible ?

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Echec scolaire, moments sensibles du secondaire pour le jeune, gestion de la différence de l’enfant… Toutes ces thématiques abordées par Marie Levard, enseignante pendant 42 ans et chef d’établissement pendant 24 ans.

De cette expérience en tant que mère, enseignante et proviseure, elle a constaté que les parents, quel qu’ils soient, posaient toujours les mêmes questions, nourrissaient les mêmes doutes. « J’ai voulu écrire ce livre pour rassurer les parents et les mettre en confiance. Ils sont souvent trop jugés et parfois critiqués violemment. L’ambition de ce livre est donc de délivrer un message d’espoir et d’humilité », explique Marie Levard qui nous distille en dix chapitres les secrets de la réussite. Rien n’est joué d’avance. Et l’auteure nous en convainc par le biais d’astuces et de retours d’expérience notamment en ce qui concerne les enfants à haut potentiel. L’occasion pour Parenthèse de revenir sur la pédagogie et les valeurs que met en valeur ce livre. Entretien.

Quels sont selon vous les moments les plus sensibles à gérer durant la scolarité ?

L’entrée en 6e fait partie de ces moments délicats à gérer : plusieurs choses sont à faire, d’abord les aider à faire un planning de travail, leur apprendre à gérer. Il y a tellement peu de parents qui aident les enfants à s’organiser pourtant il est tellement plus facile de revoir le soir même ce qu’on a vu pendant la journée. Et la veille, il ne doit idéalement que s’agir d’un travail de relecture. L’aide à l’organisation doit aussi passer par l’apprentissage à faire son cartable. Puis au fur et à mesure, il faut savoir lâcher du lest, selon le degré d’autonomie de l’enfant. Certains sauront le faire au bout d’une semaine. D’autres auront besoin de plus de temps.

Le passage de la seconde au lycée est également à surveiller avec plus d’attention. Car dans les faits, le jeune doit être autonome en fin d’année de troisième. Idéalement, il s’est instauré une vraie relation de confiance qui permet de lui faire réaliser qu’il travaille pour lui et son orientation personnelle et non pour ses parents ou les professeurs. Il faut lui faire comprendre que s’il est au lycée, c’est uniquement pour son bien.

Au lycée, par exemple, il ne faut pas vérifier si le travail est fait de façon unilatérale. Cela dessert l’enfant. En revanche, il faut être capable de répondre aux besoins des enfants si cela émane d’eux.

Un lycéen doit être autonome. En ce sens, établir un système de sanctions ou de récompenses n’est pas non plus le bienvenu car ce dernier n’est pas au service du plaisir d’apprendre. Punir, c’est apprendre à un enfant à ne rien faire pendant des heures dans sa chambre. Et récompenser ne signifie par reconnaître ni mettre en valeur ce qu’il a appris.

Quid de l’orientation ?

La question de l’orientation est bien évidemment centrale tout au long de la scolarité. L’accompagnement des parents est primordial. Mais il faut surtout faire la chasse aux idées reçues. Oui, on peut réussir sa vie sans faire un bac S en 2017. Chaque parent doit comprendre que chaque enfant possède sa voie royale. Le problème de l’orientation est qu’il répond souvent à des schémas d’orientation qui sont valorisés et qui ne mettent pas en valeur la voie royale de l’enfant.

Bien évidemment, c’est compliqué pour les parents de se tenir au courant mais aujourd’hui Internet, les salons, la rencontre avec les professionnels et les nouveaux outils numériques sont très bien faits pour se renseigner. Je conseille toujours de parcourir les publications de l’ONISEP qui demeurent de très bons moyens de se renseigner. Dans mon livre, j’invite également les parents à engager leurs enfant sur des analyses de personnalité et des tests d’orientation. Mais l’orientation reste le fruit d’une dialogue en triangle entre les parents, l’établissement scolaire et le jeune. Chaque partie prenante doit être intégrée au processus et cela s’institutionnalise dès la troisième avec les premiers choix en la matière. La réflexion doit donc être menée en amont.

Le sujet de l’autonomie est centrale dans votre livre, comment la cultiver chez le jeune ?

Commençons par un exemple, celui du téléphone portable. S’il est considéré à maints égards comme un outil permettant davantage d’autonomie pour les parents, dans la réalité, on constate que donner un téléphone ne rend pas le jeune plus responsable dans la mesure où il devient un outils de tracking pour les parents sans pour autant régler les problèmes lorsqu’ils surviennent.

Aujourd’hui, une chose est sûre. Les parents sont sous pression. Les parents font moins d’enfants et veulent être des parents parfaits qui concilient vie privée et vie personnelle. Si l’intention est bonne, souvent dans les faits, cela se révèle moins constructif car les parents en font trop et font surtout à la place de leurs enfant. Cela crée un double problème de confiance. Les parents doutent d’eux dans leur mission d’éducation en en faisant toujours plus. Et faire à la place des enfants donne le sentiments à ces derniers qu’ils ne sont pas capables de faire certaines choses qui leur sont accessibles et réalisables. Cela crée également un problème de confiance chez les jeunes.

Pourtant, tout le monde le sait. La confiance vient avec la responsabilisation. Si cette responsabilisation doit se faire hors les murs de l’école, il faut aussi qu’elle soit cultivée en ses murs. Dans l’établissement où j’occupais la fonction de proviseur, nous avons créer un cadre qui responsabilisait les jeunes. Par exemples pour les décisions importantes concernant la vie scolaire, il existait une vraie parité entre l’avis des élèves et celui des enseignants et de l’établissement. Nous avons crée un cadre de référence pour responsabiliser l’enfant entre le négociable et le non négociable.

A la maison, bien évidemment, ce cadre peut épouser de nombreuses problématiques. Ce cadre répond également aux principes et valeurs des parents, à la pédagogie et à l’éducation souhaitées. Si l’on prend l’exemple du temps d’écran, certaines familles sont anti-télé, d’autres sont plus laxistes quant au temps passé devant la télévision ou l’ordinateur. Il n’y a pas de conduite unique car tout dépend de la sensibilité des parents à ce sujet. Mais une fois un cadre instauré, il ne faut pas y déroger. Les parents fixent un nombre d’heure. C’est ensuite au choix de l’enfant de le gérer en toute autonomie, de tester et de trouver un rythme qui le contente.

Quels signaux interpréter pour éviter le décrochage de son enfant lors du secondaire ?

La note demeure toujours un bon un indicateur. Il faut que les parents ne jugent pas l’enfant. « Ton devoir est nul mais toi tu ne l’es pas… ». C’est le type de phrase à tenir car face à un mauvais résultat l’enfant se sent rapidement jugé et s’identifie à cette étiquette de nul qui est souvent tenace ensuite pour s’en défaire. Il importe d’identifier les causes du mauvais résultat qui sont à la fois scolaires et extra-scolaires.

Car généralement, un enfant qui va bien a des résultats satisfaisants.

A l’adolescence, il importe d’être vigilant sur le comportement du jeune, de sa relation avec les autres, de son côté introverti, de ses comportements alimentaires. Si un parent estime qu’une discussion est ensuite nécessaire sur un sujet en particulier, il faut être vigilant à respecter les propos et ses envies sans pour autant céder à tout. Le parent doit également écouter ses besoins. Par exemple, vouloir discuter très tard dans la nuit signifie pour le parent qu’il doit s’oublier, ce qui n’est pas obligatoirement la meilleure manière d’agir. Dans l’analyse transactionnelle, on parle de rapport gagnant- gagnant. Les deux parties doivent être dans de bonnes dispositions. Du moment où il existe une relation de confiance, il s’agit juste de ne pas rompre le dialogue.

Comment faire lorsque les parents sont peu disponibles ?

Les parents ne doivent pas assumer seuls cette responsabilité du dialogue. S’ils sont désarmés face à une question ou s’ils manquent de temps, il faut que d’autres adultes référents prennent le relai ; qu’il s’agisse d’un parent proche, d’une ami de la famille ou d’un enseignant avec qui le jeune dialogue sereinement. D’autant que les dernières réformes, malgré un manque de moyens, ont mis en place un système tutorat durant la scolarité.

Bien sur il y autant de cas que d’élèves. Dans les cas plus spécifiques que l’on peut rencontrer tels que ceux de l’autisme ou de la précocité, il faut savoir que des dispositifs existent.

Le principal obstacle est de se dire que l’enfant est dans une situation de handicap. Ce mot fait peur. Mais la prise de conscience est nécessaire sous peine que l’enfant connaisse davantage de difficultés. Il faut faire reconnaître l’handicap via les MDPH notamment, même si ce mot effraye les parents et que le mots est connoté péjorativement. Ayons seulement en tête que chacun porte sa croix, chacun possède son handicap de façon plus ou moins visible. Pour la précocité, il faut savoir que ces élèves malgré leur potentiel souffrent d’un manque de confiance et d’un rapport au savoir souvent perturbé. Mon conseil est de faire passer des tests et des analyses au jeune pour faire reconnaître la précocité. Rappelons également que la précocité peut se maquiller de problème d’apprentissage. Outre l’ennui et les problèmes de comportement, l’enfant précoce peut aussi souffrir de troubles tels que la dyspraxie – trouble qui concerne l’exécution de gestes, NDLR -, ou la dyslexie.

Comment distinguer la formation qui sera utile pour plus tard, l’éducation qui donne des valeurs pour toute la vie, et les relations qui transmettent ces notions et qui sont toujours mêlées d’affect à ces différents âges ?

On ne peut pas séparer ces notions. Précisions, par exemple que 90% de la communication est non verbale. La façon de se tenir est déjà un message du professeur envoyé à l’enfant. Pour qu’un élève puisse apprendre il faut qu’il soit sécurisé dans la relation éducative. On ne peut pas former un cerveau sans le cœur et l’âme. Le spirituel ne va pas sans l’affect et la formation. On le voit fortement chez les précoces. Leur zone de sécurité affective doit être très forte entre eux et l’enseignant : s’ils n’aiment pas le prof, ils seront en échec toute l’année. Travailler sur la précocité présente de nombreux avantages notamment celui de progresser sur sa relation avec l’ensemble de la classe.

Par ailleurs, les situations conflictuelles avec un enseignant doivent être gérées avec le concours d’un médiateur afin de dédramatiser et ne pas laisser la situation s’envenimer.

Je conclurais que toutes les solutions ne viennent hélas pas de l’éducation nationale. Le changement peut venir des parents ou de solutions alternatives (écoles hors contrat, école à la maison,…). Il existe aujourd’hui une multitude de façons d’enseigner qui font leur preuve pour que l’enfant trouve sa voie royale. Car il faut reconnaître, aujourd’hui encore, que le système empêche et freine les directeurs d’établissement à mettre des choses en place pour responsabiliser l’enfant et le mettre en confiance.

Propos recueillis par Geoffroy Framery

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