9 h La journée commence calmement, « comme c’est souvent le cas le lundi », glisse Catherine Dupont dans un sourire. Infirmière à Fénelon-Ste-Marie, elle est de ces femmes à la fois énergiques et maternelles. Une personnalité avenante qui depuis bientôt 25 ans veille sur les élèves de l’institution. « Certains sont là depuis le collège et j’ai parfois eu les cinq frères et sœurs d’une même famille !», constate Catherine. En ce début de matinée, rien de grave. Tout au plus quelques maux de gorge ou de tête. « Actuellement, les journées sont très calmes. Je fais beaucoup moins de soutien psychologique qu’à une époque, mais de plus en plus de bobologie », confie-t-elle, avant d’être interrompue par l’arrivée d’un élève. Un simple Efferalgan le remet d’aplomb. Jacques s’avance doucement dans l’embrasure de la porte. Il est tombé en sport et souffre du bras gauche et des genoux. « Tu es entier, il n’y a donc pas de souci ! », le rassure l’infirmière. Rassurer et dédramatiser avant tout, tel est son leitmotiv. A un autre élève qui lui parle de douleurs derrière les genoux, elle tient le même discours apaisant: « C’est normal tu sais, tu grandis ! Ne t’inquiète pas si cela tire un peu ». L’infirmerie est, aux dires de la responsable des lieux, « un endroit privilégié où l’enfant n’est ni dans le milieu familial, ni dans le milieu pédagogique ». Ils peuvent ainsi librement se confier à Mme Dupont et ne s’en privent pas.

10 h
La sonnerie retentit. Le bruit de centaines de pas dévalant les escaliers envahissent les lieux. Léa entre. « Tu as mal au ventre ? Sais-tu pourquoi ? Es-tu inquiète ? As-tu un contrôle aujourd’hui ? », questionne Madame Dupont qui ne donne jamais un médicament sans un diagnostic précis. Léa avale un comprimé avant de profiter des dernières minutes de récréation. Arrive une élève de 6e qui se plaint de douleurs aux oreilles. « Tu as mal depuis une semaine ? As-tu souvent des otites ? Es-tu allée voir le médecin ? », interroge l’infirmière, rappelant que sa présence ne dispense pas toujours d’une visite chez un généraliste.

11 h
Marie, élève en terminale ES, fait son entrée. Elle se plait de fortes douleurs au ventre : « As-tu bien mangé ce matin » ? Souvent le problème est là, constate l’infirmière. Les adolescents, par manque d’appétit ou de temps, sautent le petit-déjeuner. Erreur de taille, quand on sait que nombre d’entre eux ne déjeuneront qu’à 13 h. Il est 11h20. Le jeune Eloi quitte la salle d’attente. Il a un peu mal à la tête. Après quelques minutes d’entretien, Mme Dupont se rend compte que quelque chose ne va pas. L’élève se confie alors. «J’ai des problèmes de comportement, je n’arrive pas à me maîtriser et j’ai peur de me faire renvoyer», confie-t-il, le ventre noué. Avant tout, l’infirmière tente de le rassurer : « canalise-toi, pense à ton avenir… » A nouveau la sonnerie. le cadran tourne et les élèves défilent…

11 h40
Julie frappe à la porte. Elle est blême et tremblante. L’infirmière lui propose de s’allonger un moment, dans l’un des deux lits situés à l’étage. Pendant ce temps, Catherine Dupont tente de joindre les parents, en vain. « Je fais beaucoup de social , confie-t-elle. Pendant que je remplis la page réservée à l’infirmerie, j’en profite pour regarder rapidement s’ils ont des problèmes, scolaires ou autres ». Quelques minutes de repos suffiront à Julie pour se remettre sur pieds.

Midi
Mme Dupont s’accorde une pause d’une demi-heure pour déjeuner. « L’infirmerie doit rester ouverte le plus longtemps possible », rappelle l’infirmière. Même si pour cela, le repas est pris sur le pouce. Mais pendant ce temps, la salle d’attente ne se désemplit pas. Nez qui saigne, mal de ventre persistant… Appel des parents, gouttes dans les yeux, prise de température… les gestes s’enchaîne efficacement, mais non machinalement. Chaque adolescent fait l’objet d’une attention toute particulière.

14 h
Paul s’est heurté le visage contre une porte, quelques étages plus haut. Sonné, il arrive soutenu par ses camarades. Le diagnostique est clair… le remède aussi : de la glace sur le front et un repos dans un premier temps. Madmae Dupont n’oublie pas ses quelques mots rassurant. Mais lorsque l’élève parle de nausées et de vertiges, Mme Dupont préfère l’allonger dans une pièce voisine et prendre sa tension. Rien d’anormal n’est détecté. Elle conseille tout de même aux parents de venir le chercher et de réaliser une radio du crâne.

15 h
Une livraison est annoncée pour l’infirmerie. Il s’agit de médicaments en provenance de la pharmacie voisine. La note est élevée, mais le directeur laisse carte blanche à Mme Dupont pour réaliser les achats nécessaires. Pour lui, le bien-être des élèves est primordial. Toutefois, l’infirmière évite d’administrer les médicaments sans motifs sérieux. « Je préfère bien souvent donner un verre d’eau qu’un cachet, quitte à conseiller à l’élève de revenir si besoin »…

16 h
« L’après-midi est finalement assez calme », fait remarquer Catherine Dupont. Elle fait les comptes de sa journée et recense 47 passages. « Normal, nous sommes un lundi de la dernière semaine avant les vacances scolaires !»

Article réalisé par Mathilde Rambaud

 

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